Au Congo-Kinshasa, le passage de Moïse Katumbi dans l’opposition continue de faire des vagues. Le 29 septembre, le riche gouverneur de la riche province du Katanga a annoncé son départ du parti au pouvoir PPRD. Le 2 octobre, sur RFI, il a expliqué qu’il partait à cause de la volonté du pouvoir de ne pas respecter la Constitution et de retarder les élections à venir. Aujourd’hui, le pouvoir en place réagit par la voix d’un autre Katangais, Richard Muyej, membre du bureau politique de la majorité présidentielle. En ligne de Lubumbashi, l’ancien ministre congolais de l’Intérieur (2012-2015) répond, sans langue de bois, aux questions de Christophe Boisbouvier.
Richard Muyej : C’est un procès d’intention, mais lui-même est membre du PPRD. Je me pose la question de savoir si Moïse Katumbi, en fouillant sa mémoire, se rappelle qu’une seule fois on s’est réunis pour décider d’une telle stratégie. Ça m’étonnerait qu’il dise oui. Nous n’avons jamais débattu de cette question.
Il y a des difficultés réelles et le chef de l’Etat a raison d’inviter la classe politique à un dialogue, c’est d’ailleurs à la demande de l’opposition. Au lieu de glisser dans les spéculations, il est important que les acteurs politiques se retrouvent et débattent calmement de cette question. C’est tout simplement un procès d’intention.
Personne n’en a parlé. Il faut qu’on se retrouve autour de la Céni [Commission électorale nationale indépendante] pour décider de ce que nous voulons, ce qui est prioritaire dans ce calendrier, par quoi devrions-nous commencer. Mais il faut débattre.
C’est constitutionnel, mais c’est un processus qui a des difficultés et le peuple le saura et nous le dirons à temps. Le chef de l’Etat a encore la possibilité de s’exprimer parce qu’il s’exprime sur l’Etat de la nation une fois par an au mois de décembre devant le Congrès, il le fera. S’il y a quelque chose de nouveau, nous le saurons.
C’est une vérité. J’étais sur la même liste que lui en 2006. Il a eu énormément de voix. Mais je voudrais vous rappeler que j’ai reçu Moïse Katumbi quand il est revenu d’exil. Le PPRD existait et il survivra après son départ. C’est moi qui l’ai encadré pour son avènement en tant que gouverneur du Katanga. C’est moi. Il le sait. Je sais ce qu’il était et je sais ce qu’il est devenu aujourd’hui. Un minimum d’humilité et de reconnaissance. Le pouvoir l’a rendu fort. Je l’ai entendu parler de fortune, je ne voudrais pas en rire, mais je sais que ce sont des carabiniers qui l’ont rendu riche et c’est l’avantage d’avoir été administrateur de la Gécamines. C’est l’effort du président de la République pour aider la jeune génération des Congolais. Il avait demandé à l’époque que nous ne puissions pas donner des gisements uniquement aux investisseurs étrangers, qu’on puisse favoriser aussi des opérateurs économiques congolais. Nous l’avions fait. Moïse Katumbi est de cela. Mais il ne faudrait pas qu’aujourd’hui, il puisse cracher sur la main qui l’a alimenté, sur la main qui l’a nourri.
Je ne crains rien du tout. Moïse Katumbi, je sais qu’il est populaire. Je sais que c’est le dirigeant d’une grande équipe de football. Nous sommes tous Katangais et je crois que les gens ne sont pas naïfs. Je ne crois pas que tous les Katangais le suivent aveuglément.
Je ne voudrais pas entrer dans ce débat d’attaques personnelles, mais je voudrais juste rappeler, parce que vous avez parlé de magistrats, qu’il est vrai qu’il y a eu une commission d’enquête de magistrats pour enquêter sur la fraude fiscale, sur la fraude douanière. Et les autorités provinciales à l’époque avaient empêché la réalisation de la mission. Je vous confirme que je connais certains de ces magistrats parce qu’à l’époque, j’étais moi-même ministre de l’Intérieur et j’étais informé.
Non, je ne suis pas au courant de ce qui se prépare à ce niveau, mais cela m’étonnerait qu’on en arrive à cela.
Je ne sais pas. Ne vous laissez pas impressionner par ces gens. En 2006, au premier tour, Mwando Nsimba a été dans l’opposition, contre Joseph Kabila. Ça n’a pas empêché Kabila d’être le premier au premier tour. Au deuxième tour, comme il a l’habitude de ce genre d’acrobatie, il s’est retrouvé derrière Kabila. Donc nous sommes habitués à ce jeu.
Il y a eu énormément d’intoxications avec la démarche du G7 au niveau de l’opinion. Il nous appartenait de venir pour donner l’autre son de cloche.
Ce ne serait pas honnête à mon avis, à mon niveau de ne pas reconnaître ce danger. Il est tout à fait important que nous puissions nous battre pour préserver cette majorité. Nous venons de réussir à le faire au niveau de l’Assemblée nationale. Les députés ont compris que leurs responsables étaient dans l’erreur et qu’ils agissaient sans les associer. Nous venons expliquer à la base pour qu’elle comprenne où se trouve la vérité.
On n’en est pas encore là. Si mon parti me désigne comme candidat de ma province de Lualaba, je ne dirais pas non.
J’attends cette réplique et je resterai au Katanga le temps qu’il faut que mes frères comprennent où se trouve la vérité.