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Sacre du CHAN Rwanda 2016 : KABILA, MOBUTU ET LA GUERRE DES LEOPARDS !

Sacre du CHAN Rwanda 2016 : KABILA, MOBUTU ET LA GUERRE DES LEOPARDS !

C'est ce qui s'appelle, marquer un but dans le temps additionnel. Joseph Kabila debout, sur le perron du Palais de la Nation, entouré des héros de Kigali. L'image a redonné le sourire à la famille politique du chef de l'État malmenée depuis plusieurs semaines. Elle a fait aussi basculer un match mené tout au long du CHAN par l'opposition congolaise. Par leur présence dans la capitale rwandaise, Moïse Katimbi et Vital Kamerhe avaient ouvert le score, Joseph Kabila a eu le dernier mot mardi à Kinshasa. Car ces Léopards-là, ont toujours constitué un enjeu politique majeur. Et ça ne date pas d'aujourd'hui.

1970. Un autre Joseph, Mobutu, vient d'arriver au pouvoir depuis 5 ans. Il veut imposer son pouvoir au-delà des frontières du Congo rebaptisé Zaïre. Il veut aussi faire progresser ses idées panafricanistes sur le continent. Pour le Maréchal, le football, très populaire dans le pays et en Afrique, est le moyen par excellence pour atteindre cet objectif. Le résultat de son investissement est connu. En 1974, en Allemagne, le Zaïre porte les couleurs de l'Afrique noire, représentée pour la première fois à une coupe du monde de football.

Mis à part les scores qui étaient humiliants, notamment, le Neuf à zéro (9-0) contre l'Écosse, pour Mobutu, c'était une victoire personnelle. Celle du léopard, symbole d'un pouvoir personnel et sans partage que le monde entier était, en effet, forcé d'admirer.

Kabila, Mobutu light ?

Comme ce fut le cas avec Mobutu, la séquence du CHAN Rwanda 2016 a démontré, combien, l'actuel président, dans un contexte politique difficile, ne pouvait pas se passer d'une telle bouffée d'oxygène, alors que le trophée était de plus en plus promis aux fauves congolais. Comme Mobutu, le réflexe a été le même : confisquer l'équipe nationale. Ainsi que l'analysait Nicholas Mc Anally, Mobutu s'appropria le football de la même façon qu'il décida de s'approprier, avec brio, le pays (sic). Quarante Cinq ans plus tard, l'excellent parcours des Léopards au Rwanda a-t-il permis à Joseph Kabila de rééditer l'exploit ? Chacun le jugera.

Toujours est-il que les différents empêchements de célébrer publiquement la victoire des Léopards ont donné à certains l'impression d'une confiscation du patrimoine national. Le déferlement des mécontentements sur les réseaux sociaux témoignait de cette tension. Le tout, exacerbé par un retour au pays sans tambours ni trompettes des champions d'Afrique. Retour dénoncé par l'opposition qui n'a pas hésité d'accuser le pouvoir «d'avoir peur de la rue».

Alors qu'un arrêt de justice a déjà permis de placer à la tête des nouvelles provinces des commissaires spéciaux proches du pouvoir, la confiscation (supposée) par Mobutu de l'équipe nationale et du pays trouverait ici, du point de vue des détracteurs du chef de l'État, une similitude impressionnante.

Mais pour Joseph Kabila, ces critiques sont sans importance aussi longtemps que son calcul va dans le sens qu''il souhaite. A l'instar de Mobutu, confronté à un moment, à des forces centrifuges de l'ethnicisme, écrit Paul Dietschy, l'équipe nationale pouvait lui servir de levier à la mobilisation de masse. Un scénario quasi identique en ce moment où divers fronts sont debout pour faire barrage au prolongement (supposé) du mandat du chef de l'État à la tête de la RDC.

En scandant ‪#‎Wumela, après avoir reçu enveloppes et cadeaux du président au palais présidentiel, les champions de Kigali venaient, pour leur part, sans doute de délivrer une passe décisive à Joseph Kabila. Reste à marquer le but. Et ça, c'est un autre match.

YVM

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