Les politiques extérieures des Etats se rencontrent sur un seul point : la dynamique. Celle-ci est tributaire de plusieurs facteurs intervenant, à la fois, sur la scène et dans l’agir des acteurs. Ces derniers seraient prêts à tout faire pour protéger leurs arrières, garantir leur survie et pérenniser leurs acquis. C’est le cas de l’alliance qui a été récemment signée entre le président rwandais Paul Kagame et Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazza. Une alliance qui a été maquillée sous forme d’accord de coopération entre les deux pays.
C’est ce qui a fait qu’un premier vol, un cargo avec à bord 30 tonnes de marchandises, a décollé de l’aéroport rwandais vers Brazzaville le 06 mai 2013, à en croire un internaute. Selon la version destinée à Monsieur « tout le monde », l’avion transportait essentiellement des produits agricoles comme la viande, le haricot et de petits poissons séchés. Cette variante ne passerait qu’avec beaucoup de peine, si on s’appliquait à la confronter aux yeux des mains expertes.
Pour autre chose, s’en est vraiment et sans nul doute, puisqu’il est prévu une rotation régulière de l’appareil. Il effectue chaque semaine un vol avec, à bord, des produits agricoles tels que les farines de manioc et de maïs, le haricot, la viande, les fruits, et les légumes.
« Mobiliser un avion pour transporter 30 tonnes de légumes, de fruits, de farine de manioc,… d’un pays comme le Rwanda qui manque d’espace agricole (419 hab./km²) vers un pays comme le Congo-Brazza disposant de vastes terres inexploitées (13 hab./km²)… », se préoccupe Boniface Musavuli, auteur d’un article qui circule sur la toile à ce sujet. Sinon, une certaine analyse voudrait bien qu’on arrive à comprendre la nature des facteurs qui présideraient à un tel inversement de la tendance.
Par ailleurs, l’auteur de ces propos perçoit très mal qu’une compagnie aérienne reste longtemps rentable en convoyant des légumes vers un pays couvert, à 2/3, de forêt équatoriale, et qui en produit déjà presqu’en excès. « On comprendrait plutôt que des denrées alimentaires partent du Congo vers un Rwanda surpeuplé et privé de terres agricoles », souligne l’analyste. Avant d’établir, à titre illustratif, un parallélisme : « Et des petits poissons séchés du Rwanda vers un Congo-Brazza qui dispose de 169 km de littoral sur l’Océan Atlantique, où il suffit de jeter les filets dans l’eau pour « ramasser » du poisson en abondance ».
Changement de la donne ou redistribution des cartes
Changement de la donne ou redistribution des cartes, l’alliance entre Kigali et Brazzaville serait tout à fait prouvée. Aux yeux des observateurs, l’objectif est de préparer et concrétiser un coup fourré contre la République Démocratique du Congo. On dirait que la Coalition internationale pour la déstabilisation du Congo (Cidc) n’a pas encore prononcé son dernier mot. Cette nébuleuse constituée de Multinationales, Organisations inter et non-gouvernementales, Sociétés secrètes, Etats et personnalités de notoriété internationale se serait rabattu sur ses officines et son sous-traitant régional qu’est Kagame pour s’allouer les services de Sassou Nguesso.
De ce fait, les partisans du chaos et de la déstabilisation de la Rdc sont à prendre au sérieux. Ils viennent de montrer leur motivation et leur détermination à atteindre l’objectif. Ceci est l’aboutissement d’une démarche qu’ils avaient entrepris depuis fort longtemps. Les observateurs avertis se souviendront qu’il y a de cela un peu moins de trois années, le président rwandais avait décidé de se rapprocher de son homologue brazzavillois.
Un certain le 14 novembre 2010, le président Paul Kagame avait effectué une visite éclaire et quelque peu dissimulée au Congo-Brazza, après un long moment de silence entre les deux pays. Là, il avait rencontré et discuté avec Denis Sassou Nguesso, avant de s’envoler le même jour pour une tournée européenne. Depuis lors, le contact a été établi et la flamme maintenue jusqu’au jour où l’on apprend la signature de cet accord de coopération qui va dans le sens contraire aux aiguilles d’une montre.
C’est avec la succession des événements politiques en Rdc que les zones d’hombres ont commencé à se dissiper. Justement, après la convocation des Concertations nationales, les choses ont commencé à aller un peu plus vite que d’habitude du coté de pool Malebo. On dirait que Brazzaville aurait déjà été acquise à la cause de la Cidc mais se serait comporté comme une cellule dormante que Kigali pouvait activer à tout moment.
Quelle sacrée coïncidence ?
Sinon, quelle sacrée coïncidence ? En effet, le président Joseph Kabila Kabange a signé, mercredi 26 juin 2013, une ordonnance créant les Concertations nationales. Annoncées depuis décembre 2012 lors de son discours sur l’Etat de la nation, ce forum a pour objet de « réunir toutes les couches sociopolitiques de la nation afin de réfléchir en toute liberté et trouver les voies et moyens de rétablir la cohésion nationale pour faire face à l’agression ougando-rwandaise dans la partie est ». Ce, après avoir constaté l’échec des pourparlers engagés entre le gouvernement et la pseudo-rébellion du M23 (Mouvement du 23 mars) depuis près d’une année à Kampala.
Quelques jours après, le président Sassou Nguesso est cité nommément dans le document final issu du conclave organisé par une frange de d’opposants au régime de Kinshasa. Ceux-ci en font une des exigences pour la médiation au cours desdits travaux. L’homme fait semblant de se gêner à cause de ce fait et, selon certaines sources mieux placées, sollicite de venir voir son homologue Rd-congolais pour en parler. Par respect aux ainés, Joseph Kabila se décide de lui rendre visite. Mais Sassou va vouloir mettre à profit ce moment pour obtenir la médiation des concertations nationales en mettant son voisin devant un fait accompli.
Face aux projecteurs des médias, il se rebiffe un peu. Sassou Nguesso prétend qu’il était prêt à venir mais, à la seule condition que si les autorités congolaises d’en face le lui demandaient. Et pourtant, ses services s’étaient déjà préparés à la bourde. Et, ils l’ont coulé exprès dans le communiqué final qui devait sanctionner l’entrevue entre les deux Chefs d’Etat. La phrase disait à peu près que « ceux-ci s’étaient convenus que le Président Sassou Nguesso devrait faire la médiateur au cours du dialogue entre les congolais qui était en préparation à Kinshasa ».
N’eut été la perspicacité des experts qui composaient la délégation Rd-congolaise, l’affaire aurait été réglée, de la pire des manières, en faveur du « frère-ennemi ». Et celui-ci aurait saisi l’occasion pour accomplir la mission pour laquelle il a été contacté par Kigali. Voilà qui aurait poussé le journal AfricaNews à remuer terre et ciel jusqu’à ce qu’à dénicher, ce qui est passé pour son scoop de l’année : une information faisant état de « l’argent de Sassou aux opposants Rd-congolais avec, au finish, le souci d’être confirmé médiateur des concertations nationales ».
Heureusement, le plan avait lamentablement échoué. Mais les ennemis n’ont pas, pour autant, désarmés. Ils ont été obligés de sortir l’une de leur précieuse cartouche pour en finir avec Kabila et la Rdc.
L’ambassadrice britannique à Brazzaville
Selon toutes convergences des vues, la Rdc souffre de l’acharnement du monde Anglo-saxon. Sa machine diplomatique a certes réussi à en convaincre certains membres mais les plus caciques d’entre eux se sont montrés intraitables. C’est le cas de la Grande Bretagne ainsi que de certaines personnalités américaines qui, décidément, sont déterminées à aller avec le Rwanda jusque dans sa tombe. Ayant constaté que les échecs se multipliaient sur le champ de bataille aussi bien militaire que diplomatique, ceux-ci ont décidé de se charger personnellement de Kabila et sa nation qui commencent à passer pour une arrête de poisson en travers de leurs gorges.
C’est dans ce contexte où se mêlent intrigues et fausses apparences qu’on entend parler un haut diplomate britannique. Selon Boniface Musavuli, la nouvelle ambassadrice de la Grande Bretagne à Brazzaville a consacré sa première déclaration publique à un sujet assez curieux, lorsqu’on se situe du côté du Congo-Brazza.
« En effet, écrit-il, le 07 août dernier, Madame Diane Corner a déclaré que son pays va travailler avec le Président Sassou-Nguesso dans la recherche des solutions pour la stabilité et la paix durable dans la région des Grands Lacs ». On s’attend à ce qu’un diplomate étranger à Brazzaville parle de la Centrafrique, du Gabon, ou de tout autre pays. Celui avec lequel le Président congolais a des affinités « naturelles » du fait de la proximité culturelle des peuples du Golfe de Guinée.
« Le Congo-Brazzaville n’a pas d’expertise dans les conflits de la région des Grands-Lacs. Si les Britanniques parviennent à convaincre Denis Sassou Nguesso de s’impliquer dans la crise de la région des Grands-Lacs, il faut s’attendre à ce que le Président congolais devienne essentiellement un simple « pion » des Anglo-Saxons qui lui dicteront ce qu’il aura à faire, parce qu’il ne maitrise pas le sujet », a tenu à soutenir le rédacteur. Un véritable changement de carte.
Ils a, en suite précisé : « Sachant que ce sont les Britanniques et les Américains qui parrainent Paul Kagamé dans sa sanglante campagne visant à détruire la Patrie de Lumumba, depuis près de deux décennies, Denis Sassou-Nguesso deviendrait un des leurs. Il s’afficherait officiellement comme un médiateur de bonne foi, mais, officieusement, il jouerait, malgré lui, le jeu de Londres et Washington à l’origine de l’interminable tragédie de l’Est du Congo : plus de six millions de morts ».
Avant de conclure, Monsieur Musavuli estime que les Congolais du Congo-Brazza ont une histoire millénaire de fraternité sans tâche avec leurs cousins de l’autre rive du fleuve Congo. Ils devraient rappeler à leur Président qu’il est au point de mettre le doigt dans un engrenage qui risque de broyer son peuple comme les Congolais du Kivu sont aujourd’hui en train d’être broyés.
« Gouverner, c’est prévoir, et pour prévoir, il faut savoir méditer les expériences du passé, surtout les plus douloureuses ».