Kinshasa-Paris,
FRANÇOIS HOLLANDE : UNE VÉRITABLE PHRASE POLITIQUEMENT INACHEVÉE
François Hollande tend à donner complètement raison à ses détracteurs. Ceux qui ont toujours pensé que la République française souffrirait de l’inexpérience et de l’amateurisme politique de son Président. Un homme qui, jusqu’avant d’entrer à l’Elysée, n’avait jamais occupé une fonction politique officielle au niveau de son pays.
C’est peut-être ce fait qui expliquerait son manque criant de la maîtrise, à la fois, des us et coutumes diplomatiques, des dossiers et des acteurs politiques ainsi que du fonctionnement du système international. Et ce, au regard de l’évolution des enjeux géopolitiques qui conditionnent les rapports de force dans la gouvernance mondiale. Sinon, personne ou rien ne pourrait expliquer ces sauts d’humeur, ces passages du coq à l’âne, ces dérives verbales dont fait montre cet homme qui s’est révélé être une véritable phrase, politiquement inachevée, dont le sens réel n’apparaîtra, peut-être, clairement qu’à la fin, et encore en pointillés.
Immaturité politique avérée
Plus d’un analyste de la scène politique internationale donneraient raison à un confrère qui, à la suite de la décision du Président français de se rendre à Kinshasa pour participer au XIVème sommet de la Francophonie, avait estimé que celui-ci faisait preuve d’une immaturité politique avérée. Une position qui a été soutenue sous un titre aussi évocateur qu’est « XIVème sommet de Kinshasa : Hollande ravisé, prouve son immaturité politique ».
Dans son analyse, le rédacteur estimait qu’après un long silence de méditation sur ses propos outranciers et désobligeants contre le régime de Kinshasa, François Hollande était, enfin, obligé de se rétracter de peur que le beefsteak congolais ne lui soit arraché de la bouche. Une légende assez difficile, pour le commun des mortels, de détecter dans le chef d’un homme d’Etat d’une telle carrure. Et pourtant, les faits le prouvent.
Lors de son discours de politique étrangère inaugurant la traditionnelle conférence des ambassadeurs qui s’est tenue le lundi 27 août dernier à Paris, le Président français a déclaré : « Je me rendrai dans quelques semaines au Sommet de la Francophonie à Kinshasa. J’y rencontrerai l’opposition politique, des membres de la société civile et des militants… ». Comme s’il avait oublié que le monde était attentif à ses précédant propos. Lesquels n’étaient dictés que par deux impératifs irrationnels, à savoir : déverser toute sa hargne sur Sarkozy, son principal challenger, et faire plaisir à certains essaims d’intérêt. Ce qui a fait que, pendant la campagne électorale qui l’a conduit à l’Elysée, François Hollande n’a mieux fait que de verser dans la dérive verbale à l’encontre de Kinshasa.
Sa décision de se rendre en Rdc n’a pas manqué de lui attirer quelques foudres de la part de ceux qui ont de l’emprise sur sa personne, son agir et ses propos. Les mêmes qui ont longtemps milité, mais en vain, pour l’échec mieux, la délocalisation du XIVèmesommet de la Francophonie vers d’autres cieux ou, tout simplement, contre la participation du Président français à celui-ci, au motif qu’il légitimerait le régime de Kinshasa.
Pris à ses propres mots, l’apprenti politicien a été contraint de se dédire. Une preuve de plus que Hollande végète encore. Jusque là, il n’a pas réussi à imprimer sa marque de gestion des affaires publiques. Sarkozy avait totalement raison quand il proclamait, à cor et à cri, l’inexpérience de son adversaire. La plus grande peine est, certes, celle que ressentent les français pendant ce temps. Eux qui avaient voté contre Nicolas Sarkozy, au lieu de faire le choix d’un dirigeant qui présiderait valablement à la destinée de leur pays. On ne sait pas quelles surprises leur réserve l’avenir ; leur Chef d’Etat étant politiquement une phrase inachevée.
Sauver la face
Ne pouvant plus faire machine arrière, Hollande s’est vue contraint de trouver un mécanisme pour arriver à sauver la face. De toutes les façons, il est dans l’obligation de faire plaisir. D’où sa déclaration, sans doute, inopportune, faite le mardi 9 octobre dernier à l’occasion d’une conférence de presse qu’il tenait avec le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon.
« Ce sommet aura lieu à Kinshasa, en RDC, avec deux préoccupations que j’ai personnellement à l’esprit. La première, c’est la situation tout à fait inacceptable sur le plan des droits, de la démocratie et de la reconnaissance de l’opposition. Mais, également, une autre préoccupation qui est l’agression dont ce pays est l’objet venant de l’extérieur sur ses frontières et notamment au Kivu. C’est pourquoi je suis au soutien de l’opération que vont engager les Nations-Unies pour permettre la protection des frontières de la RDC qu’il conviendra de renforcer s’il en était besoin », a souligné le Président français.
Avec une sorte de caution morale, les propos du Chef de l’Elysée n’ont pas impressionné, outre mesure, le gouvernement Congolais. Réagissant sur les ondes de la Rfi, son porte-parole a saisi l’occasion pour faire preuve de la tolérance légendaire, de l’acceptation de la critique et de la liberté d’opinion qui caractérise la vie politique en Rdc. « On ne peut pas interdire à un ami de critiquer même si la critique est fondée sur des données qui ne sont pas justes et correctes. Notre impression est que cette appréciation très négative en matière du respect des droits de l’homme de la démocratie et des droits de l’opposition du président français est un peu très excessive et très hâtive », a-t-il ajusté.
« In dubito proero »
Lambert Mende Omalanga a, par la même occasion, fait remarquer que son pays est considéré comme le plus ouvert en termes des droits de l’homme. « Nous vivons, bien sûr, dans une sorte de palais des verres où tout ce qui se fait est immédiatement connu, parce que, a-t-il souligné, il y a une grande transparence ». Le Ministre de la Communication et des Médias a ainsi situé la preuve de la bonne santé de la démocratie dans le fait que la Rdc est un pays où le processus et le contentieux électoral sont très vivables. Ce, avant d’estimer qu’on ne devrait pas leur en faire des reproches. « Pourquoi ne pas reconnaître à François Hollande la liberté d’une opinion ? », s’est-il interrogé. Et de conclure : « Nous disons tout simplement qu’il est mal informé ».
« Un sage proverbe latin « in dubito proero » exhorte à l’abstention lorsque l’on ne maîtrise pas un dossier ou lorsqu’on en émet des doutes », a écrivait un internaute. Mais alors, François Hollande devrait se raviser, prendre la mesure de chacune de ses démarches sur le plan diplomatique et en faire usage à des fins utiles. C’est qui, heureusement, est arrivé. Le président de la France a, au cours d’une interview accordée à RFI, TV5 monde et France 24 ce jeudi 11 octobre, effectué un virage à 90°.
Révirement diplomatique
Interrogé sur les raisons de sa visite en Rdc, écrit radiookapi.net, en dépit des critiques qu’il venait de formuler au sujet de la démocratie et des droits de l’homme dans ce pays, l’homme de l’Elysée a répondu qu’il se rend « à Kinshasa parce que c’est l’Afrique et parce qu’il veut dire aux Africains qui parlent le français, qu’il est extrêmement reconnaissant à leur égard ». « Je vais à Kinshasa parce que c’est un grand pays, la RDC, et c’est un pays qui est agressé à ses frontières. Je n’accepte pas que les frontières de ce grand pays puissent être mises en cause par des agressions venant de l’extérieur », a-t-il poursuivi.
François Hollande a aussi reconnu, au sujet des élections présidentielle et législatives organisées en novembre 2011 dans ce pays, qu’elles n’ont pas été « regardées comme étant complètement satisfaisantes ». Avant d’affirmer que « plusieurs organisations internationales ont formulé des critiques au sujet de l’organisation de ces élections émaillées, selon elles, de plusieurs irrégularités. Joseph Kabila a été réélu au terme de ces élections avec 48,95 % de voix ». Tout en reconnaissant que des progrès sont réalisés dans le domaine de la bonne gouvernance, le président français a confié que les règles démocratiques en Rdc « ne sont pas aujourd’hui encore complètement satisfaisantes », promettant d’en parler avec le président Kabila ».
« Les temps ont changé. La France est maintenant désireuse à la fois de respecter tous ses interlocuteurs, mais aussi de leur dire la vérité. Cette vérité n’est pas celle de la France, c’est celle des droits fondamentaux, des libertés essentielles et de la démocratie », a-t-il affirmé.
Le président français a confirmé son entrevue avec Etienne Tshisekedi, le président du principal parti de l’opposition congolaise, arrivé deuxième lors de la dernière élection présidentielle : « J’ai souhaité aussi avoir un entretien avec l’opposition, le principal parti, j’allais dire le principal opposant historique. Je le verrai, j’en verrai d’autres, les organisations non gouvernementales, non pas pour m’ingérer, je ne suis pas là pour être l’arbitre, le juge, ce n’est pas ce que l’on demande à la France et ce n’est pas ce que la France veut faire. Nous avons du respect, nous avons de la considération, mais en même temps on se dit les choses et on aide. Je veux permettre par ma visite, que le processus démocratique qui a été engagé puisse aller jusqu’au bout ».
François Hollande a également promis de s’entretenir avec le président congolais Joseph Kabila au sujet du procès de l’assassinat du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya dont le corps a été retrouvé en juin 2010 dans un quartier périphérique de Kinshasa. « Je sais qu’il y a ce procès qui est attendu parce que c’est un militant des droits de l’homme qui a été assassiné et que sa famille, ses proches, ses amis demandent justice », a indiqué le président français.
Quatre officiers de la police ont été condamnés à des lourdes peines d’emprisonnement au premier degré. Toutes les parties au procès sont allées en appel. Ce dernier a commencé en juin 2012. François Hollande effectuera son premier voyage en Afrique ce samedi 13 octobre. Il doit se rendre à Dakar puis à Kinshasa où il doit assister au XIVème sommet de la Francophonie.
Jean-Luc MUSHI-MPAKU