A la reprise des négociations à Kampala entre le gouvernement congolais et le Mouvement du 23 mars, la partie rebelle tante de monter les enchères. Elle conditionne la poursuite des négociations par la signature d’un cessez-le-feu par le gouvernement légitime. La signature sans laquelle le bras armé du Rwanda menace de se retirer de la table des négociations.
Cette surenchère risque de compromettre la suite des pourparlers que Kinshasa avait acceptés à leur demande. Ce qui amène à déduire que le M23 n’est qu’une marionnette. Ce mouvement rebelle crée et soutenu par le Rwanda n’a ni revendications réelles ni ambitions. Sa seule motivation est de préparer le terrain à l’accomplissement du plan international visant la balkanisation de la Rdc. Plan qui a, jusqu’ici, échoué à cause du vouloir vivre collectif qui unit les Congolais.
Les négociations de Kampala devraient reprendre hier le 4 janvier. Déjà la veille, Jean Marie Runiga donne le ton de ce que sera leur position. , Le chef politique du congloméra fait une déclaration, sans tenir compte du règlement d’ordre intérieur de négociations. Celui-ci oblige les acteurs à ne pas faire des déclarations en dehors du cadre de pourparlers. Il soutient que selon le M23 boycotterait les négociations si Kinshasa ne signait pas l’acte engageant le cessez-le-feu.
Se retirer des négociations, pour Runiga, c’est aller reprendre la guerre avec finalité, dans son imagination, « occuper une grande partie du territoire national » comme l’a ferait la coalition Séléka en République Centrafricaine. C’est cela le mobile caché de la menace. Il croit que le gouvernement congolais est distrait par les nombreuses manœuvres des rebelles pour qu’il perde pédale sur le contrôle de l’intégrité du pays. Kinshasa n’est pas Bangui. Le M23 n’est pas aussi une coalition des rebelles comme la rébellion Séléka.
Le M23 se laisse hanter par ce qui se passe en Centrafrique. Pourtant, les deux situations sont de deux contextes des faits tout à fait différents. En Centrafrique, la rébellion Séléka n’est pas une création étrangère ni, moins encore, une défection soutenue de l’extérieur. En plus d’être une coalition, c’est-à-dire une association de plusieurs groupes rebelles, la rébellion centrafricaine jouit de la légitimité populaire. La population sympathise, de fois, avec ces rebelles. Ce qui justifie le fait qu’en moins de deux semaines, la coalition est parvenu à conquérir la majeure partie de la Centrafrique. Elle se positionne aujourd’hui à 170 km de Bangui, la capitale.
M23 est une marionnette
En comparant le M23 à la rébellion Séléka, les analystes constatent que le mouvement rebelle de la Rdc est une marionnette rwandaise à la solde de certains lobbys internationaux qui s’évertuent à exploiter le sous-sol riche des provinces du Kivu. De ce point de vue, le M23 ne sympathise pas avec la population congolaise. Cette dernière sait déjà où se trouve la malice du M23, quand bien-même, pour se faire de l’opinion nationale, il revendique « la liberté de mouvement » d’Etienne Tshisekedi,… « la vérité des urnes »…, un trompe-l’œil.
Le progrès de la rébellion Séléka a été facilité par la population dans certaines villes. Ce qui est difficile pour le M23 au vu et au su des exactions qu’il a commises à son retrait de la ville de Goma. Déjà, la société civile informe que la population congolaise refuse le partage du pouvoir. Une autre logique contraire à celle acceptée par François Bozizé, président centrafricain, qui a accepté de former un gouvernement d’union nationale. Si la coalition des rebelles centrafricains vise la destitution de François Bozizé, président, le M23 quant à lui s’en prend à l’intégrité du territoire de la Rdc. Ce mouvement rebelle, n’étant qu’un canal d’exécution d’un projet mijoté depuis longtemps par des forces obscures, n’a pas de réelles ambitions.
Reprendre la guerre serait faire le choix de toucher à la prunelle des yeux de tout un peuple. Les Congolais se mobilisent du jour au jour pour faire échec à l’exécution du plan visant le démembrement de leur Etat. Si hier, l’armée congolaise a cédé à l’avancement des rebelles, ça ne sera pas absolument le cas à la reprise de la guerre comme ils menacent. « Ce moment de trêve accordé aux négociations a été mis au profit par les Fardc pour se réorganiser » renseignent les sources militaires.
La réalité d’une aventure rebelle dans un pays-continent comme la Rdc ne serait pas la même avec celle de la Centrafrique qui rentrerait cinq ou six fois dans la superficie de la Rdc. Par ces constats, le M23 se trompe en voulant sécher les négociations pour reprendre la guerre. « Autre temps autres mœurs », dit une sagesse populaire. Les réalités du terrain d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes d’il y a trois mois, quand le M23 avait conquis Goma. Se retirer des négociations ne confirme que l’intention manifeste de ce mouvement de servir les intérêts extérieurs en insécurisant les provinces vulnérables et riches en sous-sol.
Jérémie KADO