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MUSEVENI - BAN KI-MOON : DUPLICITE AVEREE OU LOURDEUR SUSPECTE

 

Processus de paix dans les Grands Lacs

MUSEVENI - BAN KI-MOON : DUPLICITE AVEREE OU LOURDEUR SUSPECTE

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Catégorie : Politique
Écrit par Pascal Debré Mpoko

 

Ban-Museveni.jpgDans une missive adressée, en janvier 2013, au SG de l'ONU, le Président ougandais a tenté de dénaturer la vraie réalité de la crise à l'Est de la RDC. Yoweri Kaguta Museveni a, par la même occasion, renvoyé la responsabilité de son règlement au seul Gouvernement congolais. Ce, en tentant de s'épargner lui-même et son compagnon d'agression, Paul Kagamé. Pendant ce temps, le Ban Ki-moon fait montre d'un manque apparent de maîtrise du dossier. Une attitude qui suscite des soupçons quant à sa sincérité et son objectivité dans la lecture de la situation.

 

On l'a toujours dit, mais c'est comme si l'on prêchait dans le désert. La facilitation ougandaise - au nom de la CIRGL dont Kampala assumait jusque là la présidence tournante - du dialogue entre le Gouvernement et le M23 suscitait bien de soucis pour les observateurs avertis. Cela en raison de l'implication de Kampala dans l'agression contre la RDC au travers le soutien logistique, tactique et psychologique des rebelles. Aussi et, surtout, des enjeux qui sous-tendent cette guerre en termes de quête d'espaces vitaux et d'aménagement des zones d'exploitation minière dans cette riche contrée du grand Kivu est non négligeable.

Le soleil finissant toujours par apparaître malgré la longueur de la nuit, le jeu de Kampala, facilité en cela par les lourdeurs suspectes de l'ONU et de Ban Ki-Moon, saute de plus en plus au grand jour. Et, il n'est plus indiqué de mettre des gants pour le dénoncer. Depuis le début, en effet, Yoweri Kaguta Museveni disposait d'un agenda caché que son statut de facilitateur du dialogue lui a permis de couvrir. Le Président ougandais a, en effet, sa propre lecture de la crise congolaise qu'il évite subrepticement d'élargir à la région des Grands Lacs. Ce, alors qu'en réalité il s'agit d'une crise internationale ayant pris prétexte sur des différends internes et mineures en RDC.

 

La missive de l'insulte

La réalité, en effet, est que Museveni, à la suite de Paul Kagamé ne trouve pas d'autre responsable du règlement de cette crise que la RDC ainsi que, partiellement et de manière incidentielle, la vague et virtuelle "communauté internationale". Le 11 janvier dernier, Museveni avait adressé au Secrétaire général de l'ONU une correspondance dans laquelle il lui exposait sa lecture de la crise en RDC et les modalités pour la résoudre. Cet exposé faisait suite, selon cette même lettre, d'un "cadre de travail" proposé par Ban Ki-Moon concernant "les principes d'engagements et d'obligations qui doivent être suivis par le Gouvernement de la RDC, la région des grands lacs et la communauté internationale".

Relevant "trois problèmes critiques" qui se posent en RDC et dans les Grands Lacs, Yoweri Museveni les posent comme suit :

"1. Les droits de citoyenneté pour certains groupes ethniques congolais doivent être respectés et garantis. Faire autrement voudrait dire que ces groupes vont continuer, de manière intermittente à se battre pour la reconnaissance de leurs droits comme citoyens de la RDC. Durant le temps de Mobutu, quelques groupes Tutsis étaient déclarés non-Congolais. Le Gouvernement actuel (Président Joseph Kabila) n'a pas répété la posture du Président Mobutu sur la non-Congolité des Banyarwanda. Toutefois, les Banyarwanda Congolais se plaignent pour les campagnes de haine qui sont tolérées par le Gouvernement. Ceci doit être discuté et résolu.

2. La question des forces négatives qui continuent à utiliser le territoire de la RDC comme refuge pour déstabiliser les voisins, et

3. L'usage déséquilibré et l'application des institutions du système de la justice internationale et les dispositions, particulièrement la Cour pénale internationale et le régime des sanctions des Nations Unies. Bien que combattre l'impunité soit idéal et acceptable, la recherche de la paix devrait précéder la justice, et devrait s'appliquer de manière égale à toutes les parties."

Et comme pour un coup de massue dans cette analyse de la situation, le président ougandais tire une conclusion et formule une recommandation en ces termes : "Dans le cadre du travail proposé, en conséquence, les problèmes relevés aux points (1) et (2) ci-dessus doivent être inclus comme obligations de la RDC, et le point (3) devrait s'ajouter aux obligations de la Communauté internationale."

En clair, on doit comprendre que pour le "facilitateur" Museveni, la responsabilité de la crise qui prévaut en RDC incombe avant tout à Kinshasa autant que la responsabilité de la résoudre. Une telle lecture ne peut que corroborer les soupçons qui pesaient sur ce drôle de facilitateur-pyromane. Depuis le début, en effet, le discours même de Kigali et des soi-disant rebelles trahissait les fondements même de cette crise qu'il ne faut surtout pas aller chercher dans les différends internes à la RDC.

 

Tutsie : refus suspect d'intégration et non exclusion
M23-origine-a-nos-jrs.jpg

En effet, lorsqu'avant l'éclatement de cette guerre, les communautés tutsies, soutenues par les militaires ex-CNDP, tous d'ethnie tutsies, posent un problème d'espace de vie en allant jusqu'à assiéger le Gouverneur du Nord-Kivu, on ne peut que tiquer pour ce qui allait advenir. Car tout va se précipiter lorsque le Gouvernement décide d'opérer des mutations dans les rangs des troupes et des officiers déployés à l'Est de la RDC.

Par la suite, les mutins-rebelles vont littéralement "engraisser" leurs revendications en y incluant des exigences telles que l'instauration du fédéralisme ou la concrétisation de la décentralisation. Une revendication qui va toujours de pairs avec celle du retour des réfugiés congolais vivant au Rwanda, notamment. Dans la même période d'occurrence de ces revendications va apparaître sur facebook une page annonçant la naissance d'une United Free State of Kivu (État Libre et Unie du Kivu).

Et lors de l'occupation de Goma par le M23, Vianney Kazarama fera diffuser en boucle sur les antennes locales de la RTNC ce message : " Vous êtes responsables de votre avenir en tant que peuple. Le gouvernement de Kinshasa vous a causé beaucoup de tort, c'est à vous de nous dire ce que nous devons faire. Si vous voulez qu'on reste avec vous dans le Kivu, nous sommes prêts à faire du Kivu un état de droit". Heureusement que ce discours ne rencontra aucune oreille attentive.

Alors, que Museveni pose la problématique de "citoyenneté" des "banyarwanda" devient tout à fait suspect, même si cela ne surprend pas outre mesure. D'abord l'usage du terme "banyarwanda" en lieu et place des "rwandophones" est indicateurs des intentions de Museveni. Ensuite évoquer une question de citoyenneté et de nationalité, ou encore d'insécurité dans laquelle cette communauté vivrait est une torsion des faits qui ne concourt qu'à servir une cause et une démarche qui ne sont plus un secret pour personne.

La vérité, dans tout ceci, c'est que certains groupes de la communauté tutsie ont toujours refusé de s'intégrer aux autres communautés. La même situation s'observe au Rwanda même au sein de cette communauté au pouvoir. Les anciens exilés dans les pays anglophones excluent ceux issus de la diaspora francophone pour des raisons bien évidentes. Et lorsque Museveni tente de renvoyer cette problématique d'intégration sous forme d'une exclusion entretenue par le Gouvernement qui fermerait les yeux sur des campagnes de haine qu'il tolèrerait, il sait très bien ce qu'il cherche à faire pour relancer la commisération de la nébuleuse communauté internationale sur les tutsis, après que cette commisération aie été ébranlée par la lourde et évidente implication du Rwanda et de l'Ouganda dans la nouvelle agression contre la RDC.

 

FDLR - LRA : la solution est à Kigali et Kampala

Quant à la problématique des forces négatives dont Museveni renvoie la résolution à la seule responsabilité du Gouvernement congolais au motif que ces forces agiraient au départ du territoire congolais. Il s'agit-là de la même logique visant à charger Kinshasa pour en obtenir les sauf-conduits nécessaires à la perpétuation du plan de balkanisation de la RDC. Museveni sait très bien que dans cette affaire, c'est la RDC qui paie le plus lourd tribut en termes de tueries, de viols et de pillage des ressources de la RDC. Cette dernière se trouve ainsi victime, par le cas particulier des hutus, de l'irresponsabilité de la communauté internationale qui ne fit aucun effort, en 1994, pour que les réfugiés entrés massivement en territoire congolais, certains avec armes et munitions, soient éloignés des frontières rwandaises comme l'exigent les dispositions juridiques internationales en la matière.

Aujourd'hui Kinshasa a montré sa bonne foi dans la recherche des solutions à cette problématique, au point même de s'aliéner son opinion intérieure. Les traques conjointes de la LRA et des FDLR en témoignent. Ces traques ont permis - et cela est unanimement reconnu - de réduire à son expression marginale la puissance de feu de ces forces négatives. Seulement, celles-ci, qui n'ont plus inquiété leurs pays respectifs, n'ont aucune perspective, d'autant plus que Kampala et Kigali ne fournit aucun effort pour organiser des dialogues internes afin de normaliser leurs vies nationales respectives. Il faut donc retenir que la LRA et les FDLR ne sont pas des problèmes internes à la RDC, mais bien des problèmes ougando-ougandais et rwando-rwandais qu'ils devraient résoudre à leur niveau avec le concours de la communauté internationale.

 

Justice internationale : Museveni plaide pour les malfrats sanctionnés ou poursuivis

Enfin, pour ce qui concerne la justice internationale par rapport au besoin de privilégier d'abord la paix, Museveni entonne là le morceau de l'entourloupe. Il fait, en fait, l'avocat de tous ces responsables des rébellions en RDC et d'autres dignitaires rwandais frappés par des sanctions internationales ou recherchés par la CPI. Museveni chercherait donc à desserrer l'étau qui les coince pour les dédouaner de leurs responsabilités. Seulement il ne parviendra pas à expliquer comment et pourquoi plus de 600.000 citoyens congolais doivent se contraindre à vivre dans des conditions infrahumaines au moment où Kigali et Kampala s'inscrivent dans les statistiques des exportations des ressources dont leurs sous-sols ne regorgent pas.

En conclusion, on notera que Yoweri Kaguta Museveni a fait montre d’une roublardise hors pair pour tenter de faire passer son agenda dans le fatras de sa mascarade de Kampala. Le président ougandais a tenté de circonvenir le Secrétaire général de l'ONU qui, lui aussi, doit certainement faire l'objet de multiples pressions et sollicitations. En sorte que Ban Ki-Moon a certainement du mal à se faire une lecture objective de la situation dans les Grands Lacs. Ce même Ban Ki-Moon qui a récemment essuyé une grosse déconvenue à Addis Abeba lorsqu'il s'est vu obligé de repartir avec son accord cadre.

A moins, bien entendu, que lui aussi ne joue une drôle de partition sous une lourdeur dont on a toujours pris la machine onusienne comme bouc-émissaire.

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