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Réorganisation du M23 : L’ONU SEME LA CONFUSION

Réorganisation du M23 : L’ONU SEME LA CONFUSION

Catégorie : Sécurité
Écrit par Pascal Debré MPOKO ; publié mardi , le 04 février 2014

M23 origine à nos jrsAlors qu’un rapport d’enquête de l’organisation mondiale fait état d’appuis que Kigali et Kampala apportent aux rebelles défaits pour la reprise des offensives, une mission - tout aussi onusienne - de vérification affirme que rien de tel n’a été observé en Ouganda où elle vient de séjourner pendant deux jours. On doit s’attendre au même résultat à l’étape du Rwanda et conclure, peut-être, au fait que Kigali et Kampala auraient maquillé les données. Dans tous les cas, l’ONU joue sérieusement sa crédibilité et l’on craint que le processus de paix ne souffre, très bientôt, de la rupture de confiance entre les partenaires.

Il y a deux semaines, Martin Kobler, chef de la Monusco et Représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU en RDC, est monté au créneau au Conseil de sécurité pour exprimer les inquiétudes de sa mission au sujet d’informations faisant état d’une réorganisation du Mouvement du 23 mars (M23) au Rwanda et en Ouganda avec l’appui de ces deux pays. Ses déclarations étaient appuyées par un rapport d’une mission d’enquête de l’ONU qui aurait effectué des observations sur terrain.

Ce rapport a suscité l’ire de Washington qui a vertement tancé Kigali et mis en garde ses autorités contre toute velléité d’appui au M23. A Londres, les Parlementaires ont, sur base du même rapport onusien, sommé le Gouvernement britannique de sanctionner le Rwanda. Pour sa part, Kinshasa a vivement condamné le soutien de Kigali et Kampala pour une réorganisation du mouvement rebelle défait spectaculairement en décembre dernier. Le représentant permanent de la RDC au Conseil de sécurité a interpellé ses pairs au sujet des mêmes informations de l’ONU.

Pour sa part, Kigali a brouillement démenti les accusations de la mission onusienne d’enquête. Son représentant permanent au Conseil de sécurité s’est montré d’une arrogance sans commune mesure lorsqu’il réagissait aux plaintes de son collègue congolais, tandis que d’Addis Abeba où il séjournait, la ministre rwandaise des Affaires étrangères a affiché la même attitude langagière.  Se voulant peut-être plus conciliant, Kampala a choisi d’inviter l’ONU à déléguer une mission en Ouganda pour vérifier les informations rapportées par ses enquêteurs dans leur rapport.

Quand l’ONU dément l’ONU…

Surprise, la mission dépêchée en Ouganda à la demande des autorités ougandaises conclue qu’elle n’a trouvé aucune trace attestant une quelconque réorganisation de l’ancien mouvement rebelle.  « Franchement, je n’ai pas eu l’impression de voir un mouvement qui est en train de se réarmer, de se réorganiser », a déclaré Abdallah Wafi, Représentant spécial adjoint du Secrétaire Général de l'ONU chargé de l'est de la RDC, au terme de deux jours de visite en Ouganda.

Il a estimé que « le plus important, c’est de saisir cette offre de l’Ouganda, pour qu'on mette en place une commission conjointe -gouvernement congolais et ougandais, avec l’assistance de la Monusco- pour gérer les cas, tous les cas, y compris les cas de ceux qui sont sur la liste des sanctions »

Cette conclusion a semé le trouble dans le chef des observateurs qui se demandent finalement à quoi joue l’ONU dans la recherche de la paix et la stabilité dans les Grands Lacs. Ces interrogations se renforcent aussi par l’attitude belliciste de la mission onusienne qui est campée sur sa détermination à « neutraliser » les FDLR après avoir refusé de soutenir comme il se doit les FARDC dans leur offensive contre les ADF-NALU, une rébellion ougandaise autrement plus nuisible que les résidus de la rébellion rwandaise.

Et pendant ce temps, les FDLR, qui doivent avoir senti le vent venir, ont annoncé avoir mis fin à la lutte armé depuis le 30 décembre et demandent de dialoguer avec Kigali pour une solution politique. Deux de leurs responsables, le Secrétaire général intérimaire et le Président, l’ont affirmé séparément en deux jours. Ici encore, la mission onusienne s’est (légitimement) montrée sceptique quant à la sincérité de ces engagements, craignant que les rebelles rwandais cherchent à gagner du temps pour éviter les attaques.

Le processus de paix dans l’impasse ?

La confusion est donc totale et on ne sait plus le chemin que prend le processus de paix. Faut-il faire l’économie des efforts diplomatiques et militaires pour privilégier la voie politique ? Faut-il au contraire, maintenir la pression militaire tout en laissant une chance aux vertus du dialogue, même si Kigali s’y refuse catégoriquement ?

Une troisième voie s’ouvre, pourtant, et offre une nouvelle possibilité de faire avancer les choses. Au Mali, en effet, une mission onusienne vient de dialoguer avec les rebelles maliens dans la recherche de la paix. Pour le cas spécifique des FDLR, on s’attend à des hésitations de l’ONU quant à une telle démarche du simple fait que ce mouvement rebelle est étiquette « force négative », ce qui exclurait tout dialogue.

Mais il est un fait que, d’une manière ou d’une autre, par les armes ou par reddition volontaire, les FDLR finiront par cesser d’exister, mais ses membres auront, comme ils le disent déjà, besoin de s’organiser en mouvement politique pour évoluer à ciel ouvert. Et alors, personne, sauf à violer les droits de l’homme, ne leur refusera la liberté d’association, d’expression et de manifestation.

Pour revenir au cas du M23, on se demande si la mission onusienne n’a pas été victime d’une mascarade des autorités ougandaises qui, en complicité avec les éléments de Sultani Makenga, n’ont pas modifié les données par rapport à la situation vécue par les enquêteurs qui ont agi en toute indépendance et discrètement pour préserver l’objectivité des faits observés.

Dans ce cas, l’on devrait aussi s’attendre à la même situation au cas où la même mission effectuerait les vérifications similaires au Rwanda. On entend déjà Vociférer avec une désinvolture sans commune mesure après que les autorités rwandaises aient vigoureusement rejeté le rapport sous examen.

L’ONU joue sa crédibilité et sa confiance…

Dans tous les cas, l’ONU joue très sérieusement sa crédibilité dans cette confusion qu’elle vient de semer où dont elle vient d’être victime, c’est selon. L’enjeu pourrait alors être la confiance que l’on devrait, à l’avenir, faire en ses rapports sur les différentes situations de crise à travers le monde, ce qui déteindrait malheureusement sur l’efficacité de ses interventions.

Ban Ki-Moon a donc tout intérêt à clarifier au plus vite cette situation pour rétablir la confiance avec les partenaires au processus de paix à l’Est de la RDC et dans la région des Grands Lacs. Déjà, la Monusco se trouve en contradiction, dans sa démarche, avec le Gouvernement quant aux priorités des offensives sur terrain. Alors que les FARDC ciblent les ADF-NALU, qui constituent aujourd’hui une force très nuisible et très active, la Monusco préfère focaliser ses forces et ses moyens sur des groupuscules des résidus des FDLR.

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