E.Tshisekedi
« Le hasard n’existe pas, tout est conjonction des faits déterminants ». Cette phrase du philosophe célèbre, Jacques Monod, a le mérite de permettre une vue plus ou moins large des contours des alliances qui se font et se défont dans l’espace politique africain, en général, et congolais en particulier. D’ores et déjà, la situation qui venait de sévir en Côte d’Ivoire où Soro et Ouattara, ennemis d’hier, sont devenus amis dans une coalition dont le but ne pouvait être que la fin tragique de Laurent Gbagbo doit interpeller le peuple congolais. D’où, les raisons qui expliqueraient le fait qu’entre Etienne Tshisekedi et Vital Kamerhe retrouvent un moyen de rattachement sans aucune forme de procès. D’aucuns qualifieraient cela de destin croisé dans la démarche constitutive des fondamentaux qui sous-tendent la lutte de chacun de ces hommes politiques.
L’expression de la nécessité de mener une lutte politique qui, hier était incarnée par Etienne Tshisekedi, est aujourd’hui relayée par Vital Kamerhe. L’âge et l’endurance physique étant compris comme des facteurs sans lesquels la performance politique devient incertaine. Cette expression trouverait ses origines tant dans la stratégie néocolonialiste que dans l’ambition d’une véritable alternance au pouvoir politique pour le bien être du peuple. Les circonstances, ayant conditionné l’entrée en jeu et la détermination des choix pour un parcours d’opposition extrême, seraient tributaires du cheminement politique de chacun d’entre eux.
Ambitions croisées
Ce qui fait dire que la bataille électorale qui pointe à l’horizon commence à révéler ses discrétions. Déjà, l’allégeance faite par Vital Kamerhe et son parti au candidat de l’UDPS est devenue un secret de polichinelle. D’ailleurs, un haut cadre du parti de
Jean Pierre Bemba annonçait, au cours d’une émission diffusée sur la Rfi, la tenue prochaine des pourparlers entre l’UDPS, le MLC, l’UNC pour dégager un consensus sur le candidat de l’opposition. Ce qui va être une simple formalité pour l’adhésion du MLC qui, jusque là trainait, encore ses pâtes à cause des dissensions internes. D’où, la révélation de taille, de la journée d’hier, de la part des ces rêveurs de l’alternance. « Nous avons toujours été ensemble mais, pour des raisons de stratégie, nous avons voulu évoluer d’abord chacun dans son coin jusqu’à ce que le moment vienne », ont-ils insinué.
La réalité qui aurait répondu aux logiques qui sous-tendent d’une part, le fait d’un simple hasard et, de l’autre, l’expression d’une vraie nécessité n’est rien d’autre que l’aboutissement d’un processus stratégique auquel se mêlent ambitions néocolonialistes et lutte du pouvoir pour le pouvoir. Etienne Tshisekedi et Vital Kamerhe seront ceux qui, par vicissitudes de l’histoire politique ou concours des circonstances, auraient construit leur lutte à travers des paramètres, tant endogènes qu’exogènes, aussi similaires qu’ils ne peuvent échapper à une analyse commune et particulière.
Partant de l’observation des parcours politiques de ces deux « hommes providentiels », leur entrée tout comme leur montée en popularité, la vision de ceux qui savent lire entre les lignes de la vie politique en RDC, se sentirait réconfortée. Tout le monde peut se tromper mais le rapprochement entre ces deux hommes n’est, en aucun cas, pas humain pour répondre aux réalités sociales visibles à l’œil nu. Tshisekedi et Kamerhe ont, chacun en son temps, répondu aux impératifs de la nécessité présente. Peut-être, ont-ils été au bon ou au mauvais endroit, au bon ou au mauvais moment.
D’Etienne à Vital
De toute évidence, Etienne a été l’homme de confiance du chef de son temps, le Maréchal Mobutu, jusqu’à la fin des années 70 et dès l’aube des années 80. Vital, celui dont l’appartenance au Kabilisme ne pouvait faire l’ombre d’aucun doute jusqu’avant fin 2008. L’un va quitter le président fondateur du Mouvement populaire de la révolution (MPR) alors que celui-ci vivait encore ses heures de gloire au Zaïre. Personne ne peut nier que Kamerhe ait décidé de faire son chemin au moment où les sondages donnaient, comme aujourd’hui d’ailleurs, le Chef de l’Etat au plus haut sommet de sa popularité. Quant aux rapprochements avec l’Occident, les deux hommes en ont fait preuve lors de leurs « désengagements » des charges publiques dont ils jouissaient avant de tourner casaque. Au même moment, ils ne manquent pas d’occasions de charger de tous les péchés d’Israël leurs anciens camarades qui, d’après eux, seraient à l’origine de leurs départs (gouvernement parallèles, mauvais conseillers, prédateurs, etc.).
Depuis Etienne Tshisekedi jusqu’à Vital Kamerhe, le mal dont souffre la République démocratique du Congo serait la résultante d’engagements pris par certains de ses fils sans déterminisme nationaliste. Les services offerts par le leader de l’UDPS aux impérialistes américains ayant pour aboutissement la fragilisation du régime Mobutu, celui de son descendant idéologique aux français serait celui qui aboutirait à l’installation d’un chao dans le pays. Si l’on n’y prend garde, le processus démocratique, dans lequel la RDC est résolument engagée, et les élections prochaines risquent de subir un coup en préparation, à la manière de la Côte d’Ivoire.
Comme la plupart des hommes politiques africains, Vital et Etienne sont à jamais inscrits dans la logique du pouvoir à tout prix, même par la violence, et du pouvoir pour la prédation au détriment du pays et de son peuple. La configuration de la scène politique nationale et mondiale se présente assez différemment de celle dans laquelle évoluait Tshisekedi faiseur des foules, des villes mortes et des marches populaires. Alors que pour avoir droit à un petit plein relatif, dans un stade construit pour uniquement 50 000 personnes, il a fallu faire appel à presque tous les partis de l’opposition, Kamerhe aurait été ravisé.
Jean-Luc MUSHI-MPAKU
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