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Victoire militaire au Kivu, reprise de pourparlers à Kampala : AVEU D'IMPUISSANCE OU SEULE ISSUE POUR UNE PAIX DURABLE DANS LA RÉGION ?

Victoire militaire au Kivu, reprise de pourparlers à Kampala

AVEU D'IMPUISSANCE OU SEULE ISSUE POUR UNE PAIX DURABLE DANS LA RÉGION ?

Kivu-Kampala-ok.jpg« Ça y est ! », se serait exclamé triomphalement le Gouvernement de la République Démocratique du Congo à l'annonce de cessez-le-feu par le M23. Une réaction tout à fait logique et justifiée aux yeux de l’opinion pour un Etat qui, au bout de huit jours d’intenses combats, a fait capituler une force négative qui sévit sur son territoire depuis près d’une année. Comme le lui a recommandé son Commandant suprême  la semaine dernière, l’administration congolaise n’a pas voulu tremper dans de la suffisance.

Par la bouche de son porte-parole, elle a tout simplement jugé de « bonne » la décision prise par le Mouvement du 23 mars (M23) de « cesser immédiatement » les hostilités contre les Forces armées de la Rdc. En effet, c’est pour la première fois que Bertrand Bisimwa  a demandé à l’Etat major de la branche armée de la rébellion de stopper les affrontements afin d’augmenter les chances de réussite du processus politique engagé depuis plus de 10 mois à Kampala.

« Nous [...] ordonnons [...] la cessation immédiate des hostilités avec les Forces armées de la République démocratique du Congo pour permettre la poursuite du processus politique », a annoncé, hier dans la matinée, le Président du M23. Ce qui n’a pas empêcher aux combats intenses de se poursuivre jusqu’à la tombée de la nuit. Pire encore, la Radio Okapi signale que les troupes rebelles pilonnent, depuis 7 heures 30 locales, la cité de Bunagana (Nord-Kivu).

Les analystes s’interrogent sur la force réelle de parole qu’aurait le chef politique du M23 sur sa branche armée au vu des dissensions internes qui caractérisent cette rébellion, comme bien autres, créées et soutenues par le Rwanda et l’Ouganda, auparavant. Des sources militaires, jointes par la radio onusienne émettant de Kinshasa, font état d’au-moins quatre morts et dix blessés parmi les populations civiles dus aux obus lancés par les rebelles depuis les hauteurs de Chanzu. Plusieurs d’ailleurs parmi les habitants de Bunagana ont trouvé refuge en Ouganda.

Les Forces armées de la Rdc, quant à elles, agissent selon les instructions de leur commandement suprême, en constatant la réalité de la rupture du cessez-le-feu sur terrain par le M23. « L’armée congolaise a instruction de répondre lorsque le M23 lance les hostilités », a déclaré le porte-parole du gouvernement. Lambert Mende a estimé qu’il n’était pas possible de continuer à tirailler lorsqu’en face, il y avait une cessation d’hostilités. Avant de renchérir : « Alors, le M23 n’a qu’à déposer les armes et tout va cesser de soi. Notre objectif, c'est que le M23 se démobilise. Il n'est pas une force régulière, il n'est pas autorisé à porter des armes. Donc cesser les hostilités, c'est déposer les armes. »

C’est dans cette optique certainement que les Fardc poursuivent leurs opérations contre les positions rebelles à Chanzu, Mbuzi et Runyonyi, derniers bastions des rebelles. Ces derniers ont subi d’importants revers ces dernières semaines. Et même le Commandant de la région militaire du Nord-Kivu faisait état hier d’une éradication complète de dernières poches de résistance du M23.

Aveu d’impuissance ou seule issue pour une paix durable dans la région ?

 Pour le ministre congolais de la communication et des médias, malgré les tergiversations constatées sur le terrain, la décision de cessation des hostilités prise par le M23 était un pas dans la bonne direction. Le Ministre des Affaires étrangères et Chef de la délégation du gouvernement congolais est rentré depuis samedi 2 novembre à Kampala. Ce qui fait dire à Lambert Mende que « parce que nous ne sommes pas rentrés à Kampala pour autre chose, nous rentrés là-bas pour donner une chance à une issue politique à cette crise qui n’a que trop duré ».


Le porte-parole du gouvernement congolais a, ensuite reconnu qu’ « étant donné que c’est une guerre qui nous vient de l’extérieur, il est normal que ce soit diplomatiquement que nous puissions y mettre un terme. Et donc, cesser de faire agiter des éléments qui ne sont pas déterminants dans l’occurrence de la guerre et dans la cessation de cette guerre qui n’a coûté que trop cher à notre population ».

Sur ce point précis, la position du gouvernement congolais semble ne pas, du tout, rencontrer l’assentiment de tous les Congolais. Pour certains, le fait de rentrer à la table des négociations avec le M23 n’est rien d’autre qu’un aveu d’impuissance ou une incapacité à maintenir la pression militaire sur terrain. D’autres estiment, par contre, que le gouvernement entre foncièrement en désaccord avec les populations de l’est de la République qui trouve en cette attitude, une véritable trahison et ou une complicité avérée avec les ennemis de la République.

De leur coté, les observateurs avertis trouvent tout à fait normal le fait qu’un gouvernement comme celui de la Rdc qui présente un avantage réel sur le front militaire, accepte d’aller à la table des négociations car « toute guerre militaire finit toujours autour d’une table ».

En réalité, ce sont les rebelles du M23 qui, après avoir subi de sérieux revers sur le terrain, ont demandé un cessez-le-feu. Bertrand Bisimwa a affirmé avoir ordonné à l'état major de sa branche militaire de cesser immédiatement l'offensive pour, a-t-il affirmé, faciliter l’aboutissement du processus de paix de Kampala. En ce moment là, le gouvernement avait déjà compris qu’il était temps que la diplomatie puisse prendre le pas sur les armes. L’espoir de la communauté internationale pour une issue définitive à la crise de l’est de la Rdc a pris également corps sur cette base.

Raymond Tshibanda, le chef de la délégation de Kinshasa est arrivé samedi dans la capitale ougandaise alors que le gouvernement n'y avait plus laissé qu'une équipe technique très réduite. En prenant cette décision risquée, l’administration congolaise veut faire passer un message : « la force et le rôle d’un leadership politique ne se limitent pas à faire l’impossible pour remporter une élection, mais consistent également à faire tout ce qui est possible pour respecter les termes de son serment vis-à-vis de sa nation ».

Loyauté et fidélité pour le bien-être et la paix

En effet, lors de son entrée en fonction, le 19 décembre 2011, le Président de la République a juré « d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République, de maintenir son indépendance et l’intégrité de son territoire, de sauvegarder l’unité nationale, de ne me laisser guider que par l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine, de consacrer toutes mes forces à la promotion du bien commun et de la paix, de remplir, loyalement et, en fidèle serviteur du peuple, les hautes fonctions qui me sont confiées ».

Il est certes vrai que les compatriotes du Kivu n’acceptent pas que leur Chef de l’Etat s’asseye autour d’une même table avec des gens qui  ont fait couler leur sang. Mais le devoir de leadership impose que le Chef soit à même d’aller au-delà du simple désire de vengeance.  Ce qui compte pour Joseph Kabila en ce moment, c’est de « de remplir, loyalement et en fidèle serviteur du peuple, les hautes fonctions qui lui sont confiées ». Loyauté et fidélité qui construisent une réelle consécration de toutes ses forces à la promotion du bien-être commun et de la paix de sa population. Raisons pour lesquelles il avait promis d’aller partout où l’on parlerait de la paix pour son pays.

Aller à Kampala n’est en rien un aveu d’impuissance pour le gouvernement congolais. C’est, en fait, un moyen de montrer sa bonne foi et de travailler à augmenter sa crédibilité aux yeux de ses partenaires internationaux. Ceux qui, par le fait de sa machine diplomatique, ont capté le message de la Rdc, n’ont besoin que de ça. Ce pays qui a raison sur toute la ligne a tout intérêt d’épuiser les raisons de ses ennemis qui s’emploient à pérenniser l’insécurité sur son territoire.

Par là, il est tenu de respecter tous ses engagements diplomatiques, d’épuiser toutes les questions  liées à la frustration interne. Le gouvernement de la Rdc veut offrir une issue plus ou moins favorable à la survie politique de ses enfants prodigues. Partant, éviter de laisser ses enfants, quelque soient leurs fautes, aller en errance dans les pays de la région aux risques de se faire recruter de nouveau et revenir pour causer la désolation.

Ainsi, ceux qui sont là à demander au Chef de l’Etat de ne plus rentrer à Kampala, fort de ses exploits militaires sont de deux ordres. Soit, ils n’ont pas la même perception du rôle réel d’un leader politique à la tête d’un pays aux enjeux géopolitiques aussi importants que ceux de la Rdc. Soit, ils en sont suffisamment informés et cherchent à conduire Joseph  Kabila sur les mauvais sentiers pour profiter de retournements négatifs de la situation. Une seule chose anime l’action du commandant suprême des Fardc avec toutes ses troupes tant  militaires que civiles : « motivés et déterminés, nous allons gagner le paris de la paix et de la reconstruction de la Rdc ».

 

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