Tout était alors prioritaire, les infrastructures, les transports, l’emploi des jeunes, la santé publique… Nous fondant sur l’hypothèse d’une rétrocession des recettes de l’ordre de 40%, , consentie par l’Etat central, nous misions sur un budget de 5 milliards de dollars pour les 5 années à venir. Mais la rétrocession s’est avérée bien inférieure à nos attentes et la ville a surtout du compter sur 350 millions des dollars de ressources propres… Actuellement les recettes mensuelles ne dépassent pas 250.000 dollars… »
La première priorité du gouverneur a été de moderniser les transports publics : « deux sociétés sont entrées en fonction et aujourd’hui nous attendons l’arrivée de 200 nouveaux bus neufs, payés sur fonds propres. Dans le domaine de l’enseignement, 200 nouvelles écoles ont été construites et équipées. »
Les jeunes ont représenté la deuxième priorité du gouverneur : « à mon arrivée, les délinquants (kulunas) et les jeunes de la rue (shegues) pullulaient et entretenaient un certaine insécurité. Nous avons tenté de les récupérer et les avons envoyés dans un institut de formation professionnelle créé à leur intention. Ils y ont reçu des formations de maçons, de plombiers, d’électriciens et nous en sommes aujourd’hui à la quatrième promotion. Au début nous arrivions à former 250 jeunes par an, puis 300 et aujourd’hui grâce à la coopération japonaise nous sommes arrivés à 500. Les services de la ville tentent de les embaucher mais puisque nous sommes limités par des considérations budgétaires, nous incitons les privés à les engager également. »
Sans trop insister, le gouverneur désapprouve les opérations de police vigoureuses menées contre les « kulunas » qui menaient des agressions à la machette : « j’étais absent à ce moment, mais j’ai trouvé qu’on y était allé fort. La population cependant était satisfaite car les agressions violentes avaient fortement diminué… »
Alors que la ville ne comptait voici dix ans qu’une ou deux ambulances en état de fonctionnement, le gouverneur a doté de matériel roulant tous les hôpitaux de la ville et a créé des morgues dans les principaux quartiers.
Si les grandes artères, reconstruites par les Chinois ou les Japonais ont modifié radicalement le visage de Kinshasa, si 85km d’artères urbaines sont désormais dotées d’éclairages, pour le gouverneur, l’essentiel, « c’est de désenclaver les quartiers : “à Camp Luka, à Selembao, j’ai construit des ponts sur la rivière Ndjili, amélioré l’éclairage public… »
Dans cette métropole immense, la recyclage des déchets représente l’un des défis les plus urgents et le gouverneur est bien décidé à s’y atteler : « c’est une priorité absolue, et l’Union européenne va nous aider… A terme, nous voulons retraiter ces déchets, produire du biogaz..
En produisant ainsi de l’énergie au départ des déchets, nous pourrions réaliser des recettes de 8 à 10 millions de dollars par mois… »
Le gouverneur Kimbuta s’agace lorsque l’on compare les défis qui se présentent à Kinshasa avec les succès déjà remportés à Kigali : « à moi seul, je gère une population plus importante que celle du Rwanda tout entier. L’échelle n’est pas la même… » Un point cependant réunit les deux villes : « c’est la même société de Singapour, Surbana, la meilleure en la matière, qui a été chargée de réaliser le « masterplan » des deux capitales. Le contrat a été signé et d’ici 2030, tous les développements de la ville sont désormais prévus… »