La démarche de la Centrale électorale n’a pas du tout plu aux regroupements de l’opposition radicale. L’un d’entre eux, le G7 (groupe de sept), est vite monté au créneau pour la dénoncer. Son Président en exercice a, dans un communiqué lu et distribué à la presse, dénoncé la démarche qui, selon lui, relève d’une stratégie de tricherie en vue de reporter la tenue de l’élection présidentielle au-delà des délais constitutionnels.
« Le G7 considère que la démarche qui consiste à saucissonner le calendrier électoral pour donner l’impression de relancer le processus électoral délibérément bloqué par le pouvoir en place s’inscrit dans une stratégie de tricherie en vue de reporter la tenue de l’élection présidentielle au-delà des délais constitutionnels », indique le communiqué lu par l’honorable Charles Mwando Nsimba. Ce, avant de réitérer la demande, formulée dans un autre communiqué rendu public le 14 janvier dernier, de relancer la tripartite majorité–opposition–Ceni et de publier un calendrier électoral consensuel qui tienne compte des délais constitutionnels.
Le numéro 1 du G7 a, par la même occasion, exprimé sa surprise en rapport avec le fait qu’en lieu et place de la publication d’un calendrier aménagé, la Ceni annonce le lancement de l’appel d’offre international public pour l’achat des kits d’enrôlement des électeurs et la publication du calendrier de l’élection des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs des nouvelles provinces. Cela a conduit ce regroupement à se demander comment la Centrale électorale pourrait parvenir à organiser l’élection apaisée des Gouverneurs et Vice-gouverneurs dans le contexte actuel. Un contexte qui, selon le G7, est caractérisé par la paralysie des Assemblées provinciales et le dédoublement des partis politiques.
Cette sortie médiatique n’était pas seulement celle du groupe de sept partis frondeurs qui venaient de quitter la majorité au pouvoir mais, aussi et surtout, celle de tous les regroupements et plates-formes de l’opposition la plus radicale au pouvoir de Kinshasa. Et pour cause, le porte-étendard du G7 n’a pas hésité d’associer tous les partenaires de son groupe, opposés au dialogue politique préconisé par le Chef de l’Etat, à la démarche.
La Dynamique de l’opposition, le Front anti-dialogue, la Dynamique pour l’unité d’action ainsi que certaines personnalités et organisations tant politiques que de la société civiles, se sont rencontrés pour lancer l’appel à une « journée ville morte », le 16 février prochain, en vue, notamment, de réclamer l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel. En effet, dans le communiqué lu par l’honorable Charles Mwando Nsimba qu’entouraient les leaders de tous les regroupements appartenant au Front citoyen 2016, ils ont demandés à la population Congolaises de rester à la maison, de ne pas aller au travail ni envoyer leurs enfants à l’école.
Pour cette large plate-forme, ceci constitue un avertissement sérieux à l’endroit du Président Joseph Kabila et de tous ceux qui sont tentés par la violation des lois de la République pour s’éterniser au pouvoir. Car, à en croire ses tenants, la démocratie est de nouveau menacée et le processus électoral délibérément retardé par des velléités dictatoriales et des tentatives malveillantes de violer la Constitution.
L’appel qui n’a pas manqué de surprendre l’opinion. Celle-ci avait déjà intégré, et cela était sur toutes les lèvres au pays comme à l’étranger, le fait que la date « fatidique » du 16 février 2016 devait être celle à laquelle l’aile dure de l’opposition congolaise devait faire sa démonstration de force. Tous les regroupements et plates-formes qui la constituent avaient appelé à des mobilisations populaires et à des marches aux allures de « dégage » pour faire partir le régime en place pour n’avoir pas réussi à doter la Ceni des moyens nécessaires à l’organisation du processus qui aboutirait à l’élection présidentielle en novembre 2016.
Sur les plateaux de télévisions, comme au cours des réunions politiques, tous les leaders de l’opposition radicale ne cessaient de répéter qu’ils déverseraient le peuple dans les rues de la capitale et de toutes les agglomérations du pays pour dénoncer les incapacités du pouvoir. Mais à ce jour, avant même que le jour n’arrive, une annonce tombe comme un couperet pour réorienter l’affaire. Il ne sera plus question des manifestations populaires dans les rues de la République, mais une simple journée « ville morte ».
Retour au bon sens ? Revirement de la situation ? Stratégie politique ? Ou encore aveu d’impuissance ? Autant d’interrogations qui naissent dans l’esprit de l’opinion. Un « oui » ou un « non » à l’une ou l’autre de ces questions suffirait peut-être pour passer en sourdine. Mais, il n’en restera, pour autant, pas moins que la vie politique va continuer en RDC et les mêmes acteurs auront à faire à la même opinion, à la même population dans un avenir proche ou lointain.
De l’avis de plus d’un observateur averti, s’il s’avérait que toutes les manifestations publiques annoncées avec pompe par l’opposition politique congolaise seraient réduites à un simple appel à une « journée ville morte », ça serait là, une vraie démonstration de son manque de leadership et d’un encrage populaire réel. Encore que les Congolais avaient déjà pris l’habitude de ne plus répondre aux mots d’ordre des journées « ville morte », la classe politique, du moins celle de l’opposition radicale, risquerait, par cette occasion, d’offrir un boulevard au Régime pour déployer tout son agenda, s’il y en avait un.
On l’a vu au cours des six derniers mois lorsque plus d’une vingtaine de partis politiques de l’opposition peinaient à rassembler plus de 2 mille personnes à Tshangu, dans un des quartiers les plus populaire de la capitale, tandis qu’un seul de la majorité arrivait à réunir plus de 10 mille un peu loin de là. Il suffirait donc que, devant un échec avéré du Dialogue national inclusif convoqué par le Président Kabila, ce dernier décide de se passer des politiques et aille directement interroger le peuple à travers le référendum, pour en avoir les preuves.
Peut-être que l’opposition comptait avec les Chrétiens catholiques qui seraient descendus dans les rues pour commémorer leurs martyrs tués le 16 février 1992, alors qu’ils réclamaient la réouverture de la CNS (Conférence nationale souveraine) qui était justement un forum de dialogue entre congolais. Fort malheureusement pour eux, visionnaire, l’Archevêque de l’Eglise de Kinshasa, Monseigneur Monsengwo Passinya, aura vu juste pour ne pas laisser les politiques se servir de ses fidèles. Sa sage décision d’annuler toute manifestation publique prévue ce jour-là permet de mettre à nu le vrai visage de ceux qui se croient tout permis au nom du peuple.
C’est ici que certains Congolais devraient se rendre compte de ce qu’ils représentent réellement dans l’opinion et tirer les conclusions qui s’imposent. L’un d’entre eux, l’honorable Steve Mbikayi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a déjà peut-être trouvé la formule magique applicable à tous. Selon lui, si on n’est pas capable de déverser au moins 1million de Congolais dans la rue d’une capitale qui en compte 11 millions pour imposer ses positions, le dialogue s’impose. Et tous les Congolais estiment que le dialogue est impératif pour résoudre tous les problèmes qui divisent les Congolais.