Les Chefs d’Etats de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (Cirgl) se rencontrent une fois de plus ce jeudi 5 septembre à Kampala, en Ouganda. Les travaux de ce 7ème sommet extraordinaire des pays de la région vont se pencher sur la situation sécuritaire dans les Grands Lacs, et spécialement dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Autant ce sommet regorge des enjeux importants pour la RDC, les dangers n’en sont pas moins négligeables.
Il va s’agir, plus précisément, de l’évaluation du degré d’application de l'accord-cadre de février dernier à Addis-Abeba et, surtout, de rappeler à chacun des 11 signataires ses engagements pris dans la capitale éthiopienne. Objectif ultime : trouver les voies et moyens de venir à bout du conflit qui oppose l’armée congolaise au M23 (Mouvement du 23 mars).
La rencontre des Chefs d’Etats a été précédée par une réunion préparatoire des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des pays des Grands Lacs. Ces derniers ont examiné la question avec pertinence et se sont appliqués à présenter une série de propositions. Parmi elles, la reprise des pourparlers de Kampala entre le gouvernement congolais et le M23. Et pourtant, la situation sur terrain n’est plus la même qu’il y a près de 10 mois, lorsque s’ouvraient ces discutions de la capitale ougandaise.
A ce jour, c’est un Joseph Kabila Kabange ragaillardi par les exploits de son armée face à la coalition Rwanda-M23 qui vient à la rencontre d’un Paul Kagame, petit dans ses bottes. Qui plus est, accusé régulièrement de soutenir le M23 par la communauté internationale, l’homme fort de Kigali est isolé sur la scène. C’est dans ce contexte qu’il se présente devant ses homologues de la région. Un contexte que Mary Robinson, émissaire spéciale des Nations unies qui achève une tournée régionale, tient à mettre à profit pour obtenir une issue négociée à la crise de l’Est de la RDC. D’où son soutien à la reprise des pourparlers de Kampala et au désarmement de la pseudo-rébellion totalement affaiblie.
Enjeux et dangers rivalisent
Dans ce concert des pays membres de la Cirgl, la RDC a tous les enjeux à y gagner. Il appartient à Joseph Kabila d’exploiter suffisamment bien les opportunités qui se présentent. Kinshasa est arrivé à Kampala en position de force. La victoire militaire sur les bras armés de Kagame est, aux yeux des analystes avertis, la résultante de la mise en œuvre de sa stratégie trilogique : politique-diplomatique-militaire. Il doit en profiter pour achever l’ennemi alors que ce dernier est encore à terre. C’est donc un tournant décisif qu’est entrain de négocier le président Kabila dans le conflit.
L’attention de tous les congolais est ce moment fixée sur Kampala. Ce qui va en ressortir est très déterminant pour beaucoup d’autres options politiques au pays. La nation toute entière réclame la fin de la guerre en ce moment où ses filles et ses filles s’apprêtent à se parler pour résoudre leurs problèmes internes. L’adhésion ou pas des sociétaires de l’administration Kabila à la suite de sa vision dépendra foncièrement de l’issue de cette journée de tous les enjeux. Enjeux qui tiennent d’abord à un désarmement rapide de la rébellion pro-rwandaise. Une option dans laquelle Kinshasa bénéficie du plein soutien de Mary Robinson, l'émissaire des Nations unies dans la région des Grands Lacs.
Ce sommet des Chefs d’Etat présente également des grands dangers pour le Président Joseph Kabila. Lui qui bénéficie d’un écart considérable des points marqué du fait de son offensive diplomatique, militaire et politique risque grand. S’il ose négocier, à quelque prix que ce soit, avec le M23 les conditions de son désarmement, il va peut-être avoir la malchance d’expérimenter la puissance du désaveu de l’opinion congolaise. Et là, le gouvernement de Kinshasa prendrait le risque d’ajouter de l’eau aux moulins de ceux de ses détracteur qui ne cessent de l’accuser d’être affaibli, irresponsable et incapable de présider à la destiner d’une nation de la trempe de la RDC.
Donner le ton
Toutefois, le ton a été donné ce matin le porte-parole du gouvernement congolais. Intervenant sur les ondes de la Voix de l’Amérique, Lambert Mende a estimé que « ce sommet sera une occasion d'évaluer non seulement l'application ou non des prescrit de l'accord cadre mais aussi et, surtout, le comportement de chacun des acteurs vis-à-vis de ses engagement ».
Pour lui, les Chef d’Etats présents à ces assises devront poser des questions et obtenir des réponses de la part du du Rwanda qui a tenu, arme à la main, à défier le peuple congolais. « Pire encore, s’est-il exclamé, le président est allé jusqu’au point d’ordonner au M23 de lancer des obus qui ont occasionner la mort de ses propres populations, tout simplement pour en faire payer aux congolais en faisant la guerre à la RDC et à la communauté internationale via les FARDC et la brigade spéciale de la Monusco ».
C’est ainsi que Lambert Mende rejette toute possibilité de retourner à la table avec le M23 si celui-ci continue de tenir les armes vis-à-vis de la population congolaise. Puisque, malgré son isolement de plus en plus grand sur la scène internationale, rien ne présage, dans l’attitude de Kagame, une quelconque disposition à signer l'arrêt de mort du M23, le coordonnateur du mécanisme de suivi pour la mise en œuvre de l’accord-cadre semble avoir la meilleure position à ce point. « Les trois pistes : politique, diplomatique et militaire, envisagés et mis en œuvre par le Président Kabila vont continuer jusqu’à ce que soient restaurés la paix, la stabilité et le développement sur toute l’étendue du territoire de la RDC », a argué François Mwamba.