Accord cadre d´Addis-Abeba
UN RECUL OU UNE AVANCÉE VERS LA PAIX EN RDC ?
C´est le dimanche 24 février 2013 à Addis-Abeba en Éthiopie qu´est intervenue la signature de l´Accord-cadre pour l´imposition de la paix et la stabilité dans l´Est de la République Démocratique du Congo et la région des Grands Lacs. Cet accord-cadre, mécanisme de travail fourni par la coopération de 11 États de la région et 4 institutions internationales suscite des interprétations les plus ubuesques variant selon le côté où chacun des Congolais se trouve.
Avant la publication de cet accord, il y a eu aussi des « fuites in officielles » sorties abruptement de l´imagination de ceux qui veulent que les choses aillent selon leur volonté. En créant et en soutenant des affirmations qui viennent de s´avérer une fois de plus, infondées et fabriquées de toutes pièces uniquement pour le profit du camp auxquels ils roulent. L´actuel Secrétaire Général de l´ONU, Ban Ki-Moon a été traîné dans la boue, parce que semble-t-il, il préparait un document qui allait consacrer la balkanisation de la Rdc le 24 février 2013 à Addis-Abeba en Éthiopie. Que nenni !
A la place, le monde et le peuple Congolais viennent pourtant de découvrir un Accord-cadre prometteur et pourvoyeur de la paix, de la stabilité, du renforcement de la démocratie, de la coopération régionale… qui ne consacre pas la balkanisation encore moins ne rogne la souveraineté de la Rdc car l´accord stipule en son point 10 : « Le mécanisme de suivi national fonctionnera dans le respect total de la souveraineté de la République Démocratique du Congo. »
Même au point 7 où ce mécanisme recommande le suivi au niveau régional impliquant les dirigeants de tous les 9 voisins entourant la RDC y compris la République d´Afrique du Sud sous les bons offices du Secrétaire Général des Nations Unies(ONU), de la Présidente de la Commission de l´Union Africaine (UA), du Président de la Conférence internationale de la Région des Grands Lacs (CIRGL), du Président de la Communauté pour le Développement de l´Afrique Australe (SADC), tous en qualité des garants dudit « accord-cadre », ce texte recommande que tout se fasse dans le respect de la souveraineté des États concernés.
D´emblée, pouvons-nous conclure sans être contredit que le Congolais se maudit lui-même en souhaitant que malheur lui arrive ? Comment sans être au courant de rien, ni avoir vu au préalable l´ébauche de ce qui allait constituer les grandes lignes de cet Accord, certains pour des raisons inavouées, ont choisi de jeter la confusion sur la place publique avec des informations non crédibles soutenant et confirmant la signature d´un plan de balkanisation soutenue et voulue par l´ONU et la Communauté Internationale ?
Certes, l´on ne peut écarter les risques émanant de tous ceux qui veulent le démembrement de la RDC, néanmoins, évitons de montrer cette légèreté inouïe d´évoquer la balkanisation dans toutes les négociations même lorsque celle-ci n´en fait pas partie de l´ordre du jour. Attitude qui s´apparente à une préparation psychologique de l´opinion Congolaise en voulant lui mettre devant le fait accompli sous son nez. Ainsi, en lieu et place d´une bonne information, c´est une désinformation qu´on livre au Congolais pour le pervertir de son attrait au patriotisme.
Un recul ?
Dans sa fable, Jean de la Fontaine donne comme leçon de morale : « Un tiens vaut mieux que deux tu l´auras »- L´un est sûr, l´autre ne l´est pas-. Il ne faudrait pas que le Congolais soit celui qui cherche constamment un mouton à cinq pattes. Cela fait plus d´un quart de siècle que le pays souffre des affres d´une guerre injuste qui a fait plus de 6 millions de victimes et les dommages collatéraux en termes de catastrophes humanitaires, violations des droits de l´homme et pillage des ressources.
Et, dans cette guerre de basse intensité, faudrait-il rappeler ici qu´elle est réalisée par procuration via les différentes sortes des rebellions soutenues directement par le Rwanda et l´Ouganda, deux pays représentants les vrais commanditaires puissants terrés dans l´ombre ? Nul n´ignore que la Rdc lutte visiblement avec les groupes rebelles factices tandis qu´invisiblement, elle a un autre front, celui des grandes puissances, toutes cachées derrière les multinationales qui pillent et profitent de l´instabilité à l´Est de ce pays pour se servir librement à leur guise. Ne pas reconnaître cette réalité est une erreur monumentale !
Cette donne a été à la base de tous les échecs de l’armée congolaise et des institutions du pays face à la régulation de cette crise qui a des tentacules au-delà de tous les mouvements rebelles impliqués et les deux pays voisins, au point de conclure que la Rdc lutte avec un monstre mondial que même l´armée la plus sophistiquée du monde n´ allait pas facilement vaincre. Lorsque ce monstre mondial soutient un mouvement ou une idée, il utilise toutes les manigances possibles pour arriver à ses fins. Aujourd´hui, l´on ne peut pas seulement se plaindre de la faiblesse du gouvernement car personne ne pourra nous confirmer ici que face à ce monstre, il aurait agi autrement et valablement en lui tenant tête.
A ce stade d´évaluation de l’échelle des réclamations, les congolais peuvent conclure que la signature de cet accord cadre n´est pas un recul mais plutôt un avancement. Bien sûr, il faut tenir compte des accords non suivis signés
précédemment, ce qui renvoi un observateur averti sur deux au scepticisme mais en lorgnant la particularité de cet accord, un petit brin d´optimisme est permis. Cette fois-ci, on n´a mis sur la sellette les dirigeants de tous les 9 pays voisins pour ne pas, comme dans le passé, en faire un problème unique entre la Rdc et ses voisins de l´Est. Kagamé, le premier concerné directement est mis devant ses responsabilités.
Et, la Communauté Internationale beaucoup critiquée qui semble sortir de sa torpeur est allée loin cette fois-ci dans son implication en proposant même des drones pour la surveillance de la frontière entre la Rdc et ses voisins de l´Est. Ce qui revient à dire, dorénavant, lorsqu´il y aura massacres et
autres violations perpétrés par des troupes ayant traversé la frontière, les drones téléguidés et leurs pilotes au sol seraient obligés de livrer les informations concordantes et nécessaires y afférentes au mécanisme de suivi ainsi qu´à la Monusco dont la mission sera renforcée dans le sens d´imposer la paix.
Pour revenir à la même logique de morale de la fable de Jean de la Fontaine : « Je serai sot de lâcher un butin que j´ai dans la main, pour compter sur un butin à venir, si grand qu´il soit ». Dans ces conditions, ignorer l´importance de cet accord et les efforts diplomatiques consentis par ce gouvernement même si on est de l´opposition, et que Joseph Kabila serait devenu le mouton noir pour certains, serait autre chose que du patriotisme. Dans cet accord, aucunement l´on voit la souveraineté de la Rdc être sujet à caution.
De plus, à en croire la publication du journal « le Potentiel » parue le 25 février à Kinshasa sous le titre: "Addis-Abeba impose le cahier des charges du M23", ce journal dit : "L´Accord-cadre scellé à Addis-Abeba sous l´œil vigilant des Nations Unies, consacre la partition de la Rdc. Dans la foulée, les pourparlers directs engagés il y a deux mois à Kampala entre le gouvernement de la Rdc et le M23 sont relancés. Autrement dit, Kinshasa rentre dans la capitale Ougandaise pour endosser le cahier des charges du M23 dont les revendications portent, notamment sur des questions politiques, sécuritaires, économiques et sociales."
Ce qui paraît louche dans ce travail d´auto-flagellation des Congolais, c´est lorsque ce journal expérimenté fait l´apologie du M23 en lui attribuant les revendications que
Sinon, comment comprendre que ce grand journal ait oublié cet aspect dans un laps de temps car, tout au début, la résurgence de la guerre avait comme origine une mutinerie au sein des Fardc par les membres de ce mouvement qui dénonçaient le non respect des accords du 23 mars 2009 ?ce mouvement a du tout bonnement emprunté à l´opposition Congolaise et les forces vives de la nation Congolaise pour légitimer son combat aux yeux des Congolais.
Qui ne sait pas que ce mouvement a, au fil du temps, allongé la liste de ses revendications en englobant celles de l´opposition Congolaise pour se faire passer comme une rébellion interne donc, Congolaise, devant l´opinion tant nationale que internationale dans le seul but de dédouaner le Rwanda et l´Ouganda des accusations portées contre ces deux pays par les Nations Unies ?
Par contre, ce que l´Accord-cadre d´Addis-Abeba recommande au gouvernement Congolais ne peut être qualifié comme une imposition voire ingérence dans le seul but de satisfaire le M23 pour des raisons évoquées ci-dessus. D´ailleurs, cette disposition ne fera ni chaud ni froid au gouvernement Congolais. Ce dernier, s´est déjà engagé dans cette voie à travers l´appel au dialogue pour la cohésion nationale lancé par le Président de la République, Joseph Kabila, justement pour évoquer toutes les questions politiques, sécuritaires, économiques et sociales. Comme on peut le remarquer, le Président Kabila n´a pas attendu les recommandations de cet Accord-cadre pour s´amender.
Dans ce cas, où serait la contradiction avec l´esprit de cet Accord-cadre d´Addis-Abeba ? En outre, quel est le point à ce niveau consacrant la partition du pays dont fait allusion ce journal ? Pourtant, aucun point de cet Accord viole la souveraineté de la Rdc et même la légitimité de Kabila que d´aucuns croyaient qu´elle allait être remise en cause, n´y était inscrit à l´ordre du jour.
Un avancement ?

Dans cet Accord-cadre d´Addis-Abeba, la goutte d´eau qui a fait déborder la vase semble se trouver au point 5 dans le sous point « Engagement des États au niveau de la Région », plus précisément la phrase ci-après : « Renforcer la coopération régionale y compris à travers l´approfondissement de l´intégration économique avec une attention particulière accordée à la question de l´exploitation des ressources naturelles ».
Comme les romains, c´est ici que les Congolais s´empoignèrent. Certains disent pour l´exploitation commune de ressources, pas question. Point barre ! Mais, qui les a informés qu´une telle possibilité si elle viendra à se réaliser, se fera même pour les ressources non communes donc logées à l´intérieur du Congo ?
La Rdc ne fera pas exception en matière d´exploitation des ressources naturelles communes situées dans les zones d´intérêts communs avec ses voisins. Le spectre du Rwanda envahi tellement l´esprit de l´opinion Congolaise au point de faire oublier aux Congolais certaines résolutions au niveau planétaire recommandant ce genre d´exploitation sur de telles zones. Sinon, le contentieux sur le pétrole du plateau continental avec l´Angola n´allait pas avoir lieu car le carré maritime incriminé dont la Rdc attend des dividendes une fois que ce conflit sera résolu ne se trouve pas directement près de la côte Congolaise mais bien à quelques milles marins au fond de l´Atlantique. C´est justement la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, élaborée à Montego Bay le 10 décembre 1982 qui nous donne ce droit en tant que pays côtier.
L´article 3 de cette Convention intitulé : « Largeur de la mer territoriale » stipule : « Tout État a le droit de fixer la largeur de sa mer territoriale, cette largeur ne dépasse pas 12 milles marins mesurés à partir de lignes de bases établies conformément à la convention ». Le prolongement de ces lignes loin au fond de la mer fait que les plates-formes Angolaise offshore se trouveraient dans notre espace maritime. Merci la Convention de Montego Bay ! Sans cette convention, le floue au niveau mondial allait persister dans ce domaine avec ses corollaires sur les conflits voire guerres entre les États.
Idem sur le lac Albert et le lac Kivu. L´exploration des ressources contenues dans ces deux lacs nécessite une exploitation commune. Et, dans cette logique, si nous refusons une exploitation commune à l´Est, tandis qu´à l´Ouest, la solution qui se profile à l´horizon avec l´Angola qui a investi des millions et a commencé l´exploitation depuis des lustres sur une zone nous appartenant, s´acheminera vers une exploitation commune, cela sera un non sens. Qui a dit que le Rwanda viendra, par exemple, jusqu´à couper du bois à l´équateur, au Bandundu voire au Bas-Congo ?
La Rdc dont les ressources ne sont pas encore finies d´être explorées, aura ce problème avec tous ses 9 voisins et, il ne s´agira pas uniquement de nos voisins de l´Est. Encore, au niveau international, l´exemple de ce genre d´exploitation n´échappe pas aux grandes puissances qui ont une forte expérience d´exploitation commune avec des joint-ventures Win Win. Pourquoi pas nous ?
En Rdc, on a pris un retard considérable dans l´exploitation de ces ressources communes. A chaque avancement, les violons ne semblent pas s´accorder entre congolais pour chaque dossier et, pendant tout ce temps perdu, les voisins avancent de leur côté en bouclant les études et des joint-ventures de ces zones nécessitant une exploitation commune.
A chaque étape, l´esprit de démon de la division apparaît pour mieux semer la zizanie entre Congolais, c´est dommage. Tenez, au niveau de Kampala alors que Gouvernement n´avait pas bradé notre souveraineté, sans vergogne, certains sont allés jusqu´à conclure une cession d´une partie de l´Est de la Rdc au M23 !
Pour l´appel au dialogue lancé par le Président de la République, les atermoiements et le comportement des uns et des autres font, qu´ils souhaitent plus l´échec de cette rencontre que sa réussite. Comme qui dirait, cet effet boomerang ne suffit pas, attendons voir le prochain scoop toujours dans le sens d´attiser le feu à tous les problèmes nationaux concernant le Congo. Ah ! Pauvres Congolais sur quel point ses enfants serions-ils ensemble ?