Nul n’ignore que la situation sécuritaire est restée préoccupante depuis près de deux décennies dans l’est de la République Démocratique du Congo. Des mécanismes ont été activés à tous les niveaux pour chercher une solution à la crise, sans succès. Au pays, dans la région comme sur le continent, aucun effort n’a été ménagé pour arriver à résorber ce qui passe désormais pour le conflit le plus meurtrier après la deuxième guerre mondiale. Même l’Organisation des Nations-Unies, avec une mission de maintien de paix la plus grande et budgétivore depuis sa création, semble avoir été dépassée. Aux problèmes particuliers des solutions appropriées, dit-on.
Les conflits armés qui sévissent, d’une manière récurrente, dans l’est de la Rdc en appellent à une thérapie de choc, gage de la stabilité et du développent dans toute la région. C’est peut-être à cela qu’on va en arriver cette fois-ci. Le processus qui vient d’être mis en marche à la suite de la signature de l’accord-cadre d’Addis-Abeba semble susciter une lueur d’espoir pour tous ceux qui ne rêvent que de la paix en Rdc et de la stabilité dans les Grands Lacs africains.
A contrario, ce qu’on qualifie désormais de « Coalition internationale pour la déstabilisation du Congo, Cidc en sigle », ne jure que par son échec. Cette nébuleuse qui regroupe, dans son giron, des personnalités, des nations, des multinationales, des Organisations non gouvernementales et intergouvernementales ainsi que des sociétés secrètes, sans oublier les médias, semble s’être investie pour qu’on arrive à parler des conciliabules de trop.
Toutes analyses faites, la question sécuritaire de la Rdc a, comme chaque médaille, son éventuel revers. D’une part, on voit une mobilisation tout azimut pour l’instauration de la paix et de la stabilité de la l’est du pays et, par conséquent, dans toute la région des Grands Lacs. Mais on ne doit pas perdre de vue qu’au revers de la démarche, se peaufinent des stratégies pour pérenniser le mécanisme « violence-pouvoir-prédation ». Mécanisme qui consiste à maintenir une certaine pression sur les autorités politiques des pays de la région par des menaces des groupes armées et autres rébellions, imposer et contrôler leur leadership en vue de procéder au pillage des ressources. Ce, à défaut des ambitions démesurées de balkanisation du territoire.
Situation fragile, actions urgentes…

La question sécuritaire dans l’est de la Rdc et dans la région des Grands Lacs ne laisse plus personne indifférent. Elle interpelle certes, peut-être, plus qu’elle ne réjouit ceux qui en tirent profit. Et, la démarche qui conduirait à une solution durable semble dessiner son schéma. Elle se déploie simultanément à tous les niveaux où se joue le jeu. De l’interne, aux Nations unies en passant par la Conférence internationale de la région des grand lacs (Cirgl), les dés semblent avoir été jetés pour y parvenir. La section maîtresse de l’iceberg étant l’accord-cadre sur la paix dans l’est de la Rdc et dans la région des Grands Lacs qui venait d’être signée, le 24 février dernier, entre 11 pays membres de la Cirgl. La présence des représentants de quatre Organisations internationale notamment l’Onu, l’Ue, l’Ua et la Cirgl devrait être une caution certaine à l’engagement des signateurs au respect des termes de l’accord.
L’accord engage chaque acteur à remplir sa part de responsabilité dans la quête de la solution au problème. Hier, mardi 5 mars, déjà, le Secrétaire général de l’Onu a donné le ton. « La situation sécuritaire demeure fragile et exige des actions urgentes », a-t-il déclaré lors de la présentation de son rapport spécial sur la Rdc et la région des Grands Lacs au Conseil de sécurité, selon radiookapi.net. M. Ban Ki-Moon a, à cette occasion, appelé l’organe de décision de l’Onu à autoriser le déploiement d’une brigade internationale d’intervention en Rdc. Ladite brigade serait, aux dires du Secrétaire général, chargée de mener des « opérations offensives contre tous les groupes armés qui menacent la paix dans l’est » du pays. Il a aussi plaidé au près des décideurs de « fournir à la brigade l’appui politique nécessaire ».
Ban Ki-Moon a signifié que l’établissement de la brigade d’intervention avait été demandé par les acteurs régionaux mais elle devra relever de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation au Congo (Monusco). « Contenir la progression des groupes armés tant congolais qu’étrangers, les neutraliser, et les désarmer », telle est la tâche primordiale qui sera confiée à cette brigade spéciale, selon le numéro un des Nations unies. « Des consultations avec les actuels pays contributeurs de contingents de la Monusco et avec des contributeurs potentiels de la brigade internationale avaient lieu afin de préparer, si le Conseil donne son feu vert, le déploiement rapide de celle-ci », a-t-il précisé ; avant d’annoncer qu’il nommerait un envoyé spécial pour la région des Grands Lacs. Et de chuter, « Ce dernier travaillera en étroite collaboration avec les gouvernements des États de la région pour accompagner la mise en œuvre des mesures prévues aux niveaux national et régional ».
Ce qui a suscité enthousiasme dans le chef des tous les congolais qui n’aspire qu’à la paix dans pays. L’ambassadeur Ignace Gata Mavita, représentant de la Rdc à l’Onu, a, pour sa part, souligné que son pays plaçait « beaucoup d’espoirs » dans les deux initiatives qui découlent de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en Rdc et dans la région, signé le 24 février à Addis-Abeba, à savoir :« l’ajout de drones aux capacités de surveillance de la Monusco ainsi qu’une brigade d’intervention dont le mandat serait beaucoup plus robuste que les mandats traditionnels de maintien de la paix de l’ONU ».
Il a ainsi profité de l’occasion pour demander aux membres du Conseil de sécurité de « prendre rapidement une résolution autorisant le changement du mandat de la Monusco » pour en faire un « mandat beaucoup plus robuste ». Le représentant de la Rdc a aussi demandé au conseil d’autoriser le déploiement rapide de la brigade d’intervention et des drones pour « éradiquer les forces négatives, dont le M23, et aider à assurer une surveillance accrue des frontières orientales de la Rdc ». Tenant compte de la « fragilité de la situation sur le terrain et de l’urgence », Gata Mavita a, de même, appelé les États de la région à exécuter de bonne foi les engagements auxquels ils ont librement souscrit.
La paix à tout prix…

La quête d’une solution durable à la grise dans l’est de la Rdc et dans la région des Grands Lacs est l’objectif principal que s’est assigné le Président Joseph Kabila. Depuis la signature de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, l’homme n’a pas accepté de perdre un seul instant sans chercher les voies et moyen de respecter les engagements qui sont ceux de son pays. De l’avis de certains analystes Kabila aurait même opté pour la formule magique de son prédécesseur, à savoir : « marcher à fond, même conclure un pacte avec le diable pour refaire la paix en Rdc ».
C’est ce qui est sur la voie de se faire mais avec beaucoup de tact et de réserve. Car, en tant qu’art, la politique donne aux acteurs certaines habiletés à gérer des situations les plus complexes telle celle du M23. Et Joseph Kabila semble en avoir parce qu’il en a fait preuve depuis son avènement au pouvoir en janvier 2001. Cette fois-ci aussi, il lui est exigé plus d’habileté que d’habitude.
C’est dans cette perspective que s’annonce la fin des pourparlers de Kampala. Entamés depuis début décembre 2012 entre le M23 et le gouvernement congolais, les assises de la capitale ougandaise pourront aboutir sur un accord dont la signature interviendrait le 15 mars prochain, selon Rfi. Et Kinshasa serait tout à fait prêt à signer un document dont la principale mesure consisterait en une intégration des rebelles dans l’armée nationale. Tout a un aire du déjà vu car il en avait été le cas en 2009 avec la rébellion du CNDP.
Le texte qui va être proposé incessamment au facilitateur ougandais prévoit ce qu’on qualifierait d’une intégration choisie. C’est là où devra se jouer la souplesse et le génie du camp de la patrie. Même si certaines mauvaises langues parlent de l’histoire qui serait entrain de se répéter, pour le Gouvernement congolais, il ne sera plus possible de boire à la même coupe – celle de Judas Iscariote – une seconde fois. Contrairement au cas du Cndp en 2009, la troupe M23 pourra être intégrée dans l’armée nationale seulement, jusqu’au niveau du grade de lieutenant. Pour les officiers au dessus ce serait du cas par cas. Certains mutins se verraient plutôt proposer des reconversions à la vie civile. Et les grands chefs notamment ceux touchés par des sanctions onusiennes verraient aussi leurs situations étudiées au cas par cas. D’où, l’éventualité d’une amnistie avec l’accord du Parlement.
Les contours de cette proposition d’accord seraient du dessin du Président Kabila en personne. Ça serait la vraie raison du déplacement qu’il a effectué le week-end dernier à Kampala où il s’est entretenu avec le président Ougandais ainsi que certains membres de la délégation gouvernementale aux pourparlers. Selon des sources concordantes, l’accord en perspective consternerait seul les hommes de Sultani Makenga. D’autres camps tel celui qui est resté fidèle à Jean-Marie Runiga, proche de Bosco Ntaganda, ne sont pas concernés. Ils continueront à être considérés comme des forces négatives.
Devant une telle complexité de la question, Joseph Kabila s’affirme. Appuyé par son peuple, il prend des initiatives, guide la machine jusqu’aux rivages. Ce qui est le plus impressionnant chez le fils au soldat du peuple c’est sa sérénité, ses positions intransigeantes de Chef d’un Etat souverain en face des enjeux géopolitiques mondiaux dont il est conscient au tour de son pays et cet esprit d’indépendance. Puis qu’il a réussi à inculquer cela à son peuple, les ennemis de la Rdc ne lui en pardonneront jamais. Réveillé, ils ne ratent pas de l’accuser de tous le maux. Mais face à l’obligation de résultat vis-à-vis de ses sociétaires, le Raïs n’a qu’un seul défit : l’effectivité de la révolution de la Modernité.