Tôt ce matin, la Radio française (Rfi) a diffusé, en intégralité, un entretien exclusif avec Paul Mwilambwe qu’elle a présenté comme étant « un témoin clé » dans l’affaire Chebeya. Paul Mwilambwe n’a eu rien à faire que chercher à charger le Général John Numbi à qui il a tenté d’associer implicitement le Président Kabila. En juillet dernier, un témoignage plus ou moins similaire à celui-ci avait été révélé par le réalisateur belge Thierry Michel auteur du film : « L’affaire Chebeya, un crime d’Etat ? ». Et pourtant, la Rfi affirme que ce témoignage serait le même mais a été révélé, d’abord par le cinéaste et, en suite, par elle. Contradictions ou complémentarité ? La question mérite d’être posée. Et la réponse se trouverait, peut-être, ailleurs.
Dans un propos contradictoire à celui d’il n’y a que quelques 3 mois, l’ex-chargé de la sécurité à l’Inspection générale de la Police nationale congolaise (Ig-Pnc) affirme avoir assisté personnellement au meurtre de Floribert Chebeya. Visiblement, de juillet à aujourd’hui, le récit semble contradictoire. Des contradictions qui sont, sans doute, multiples mais trois ou quatre seulement sont éloquentes dans ce témoignage qui a tout d’abord été présenté par Thierry Michel et, ensuite, par la Rfi. Celles-ci se situent de l’endroit à partir duquel il avait assisté à l’assassinat, du lieu et des conditions dans lesquelles Mwilambwe aurait vu le corps du chauffeur de Chebeya ainsi que sur le signal de la caméra de surveillance. Aussi, la désignation du commanditaire du meurtre pose problème.
Contradictions récurrentes
Le mardi 10 juillet 2012, dans une conférence de presse au Parlement européen à Bruxelles, le cinéaste Thierry Michel avait présenté un témoignage d'un policier qui dit avoir assisté à l'assassinat du directeur de l'ONG La Voix des sans voix, retrouvé mort le 1er juin 2010. Là, Paul Mwilambwe était formel : « le donneur d'ordre est le patron de la police. C'est lui, John Numbi, qui promet 500 000 dollars au major Christian Ngoy en échange de l'élimination de Floribert Chebeya ». Trois mois plus tard, le même témoin affirme que ce serait son collègue, le Major Christian Ngoy, qui lui aurait dit que l’ordre serait venu du Président de la République par le canal du général Numbi. Avant d’ajouter que « C’est le général Numbi qui a intimé l’ordre au major Christian. Et lorsqu’il a donné cet ordre, il a dit au major Christian que cet ordre vient du président de la République ». Une telle aberration que personne qui a une petite notion de renseignement ne peut se permettre, notion de cloisonnement oblige.
Selon le témoignage de Thierry Michel, au moment des faits, Paul Mwilambwe se serait entretenu avec Floribert Chebeya, avant d'assister à son assassinat, depuis son bureau, via les caméras de surveillance. Alors que, au micro de Rfi, le témoin affirme avoir vu ne fut-ce que le début de la scène à travers l’écran de sa caméra de surveillance. Et celle-ci n’ayant qu’une portée de 50 à 100 m, il était même sorti pour aller s’enquérir de la situation. Analyse faite, ou Mwilambwe avait assisté réellement à la scène en étant sur place, ou il n’y a avait rien vu du tout. Puisque celle-ci se serait déroulée, toujours selon lui, dans le hangar de Ia Pnc qui, lui se trouve à plus de 100 m du bâtiment et, par conséquent, du bureau de l’officier Mwilambwe.
Dans son précédant témoignage, l’officier en cabale se serait déplacé, avant de revenir trouver Floribert à l'agonie et son chauffeur tué un peu plus tôt. Il assurait que le corps de Fidèle Bazana aurait été ensuite déshabillé, enveloppé dans un imperméable militaire puis enterré dans une fosse commune qui se trouverait dans la ferme privée de John Numbi, dans la périphérie de Kinshasa. Lieu qu’il indiquait avec précision. Comme si les gens avaient tout oublié, en l’espace de 3 mois seulement, l’homme revient pour soutenir le contraire. « J’ai regardé la voiture et j’ai vu un corps de son chauffeur, Fidèle Bazana, sans vie », a indiqué Paul Mwilambwe qui a affirmé que ce serait le Major Christian qui lui aurait dit de voir dans la voiture, le chauffeur, Fidèle Bazana qu’on avait déjà exécuté. Et lui d’ajouter, « je suis rentré dans mon bureau pour faire le rapport à la hiérarchie. Avant de retourner chez moi vers 20 heures et quelques minutes ». A quel moment alors avait-il assisté à l’enterrement du corps du chauffeur ? Et combien de temps tout cela aurait pris ?
Seul Mwilambwe et ses paroliers sauraient éclaircir de nombreuses zones d'ombre qui caractérisent les écarts entre les deux récits. Heureusement qu’en date du 10 juillet 2012, la Rfi avait pris la précaution d’aviser que : « Son témoignage devait être pris avec toutes les précautions d'usage ». Qu’à cela ne tienne. On peut beau narrer mais les contradictions révèlent ce qu’il y a. Certainement, ça sent l’odeur du complot contre la Rdc à travers ses grands hommes.
Pas prêts à désarmer
L’ancien officier de la Pnc, condamné en première instance par contumace, dans l’affaire, a tenu à affirmer que le commanditaire de l’assassinat était le général John Numbi. Suspendu depuis l’incident pour le bon déroulement des enquêtes, le témoin n’a, au cours de ses récits, indiqué, en aucun instant, à aucun lieu, avoir vu ni entendu le chef de la police lors de la commission du forfait. Comme si cela ne suffisait pas, le témoin fantôme a tenu à extrapoler que le général Numbi aurait reçu des ordres de sa haute hiérarchie, donc le Président Joseph Kabila. Voilà où ceux qui auraient la chance d’entendre parler Mwilambwe devraient fixer leur regard, ce dernier étant un simple doigt utilisé pour pointer l’objectif.
Devant cette construction furtive de monstruosités, la Nation congolaise est restée sereine. La première réaction est celle du gouvernement de la Rdc. Par la bouche de son porte-parole et ministre de la Communication, Kinshasa a dénoncé un témoignage qui ne tient pas la route. Kinshasa a classé ce énième théâtre dans la ligne droite de multiples actions mises en œuvre pour faire payer à Joseph Kabila son esprit d’indépendance et de sacrifice pour son peuple. Un lynchage médiatique orchestré par ceux qui voulaient profiter de certaines situations politiques internes pour faire chanter tout un Etat souverain et donner des leçons à ses dirigeants. Mais ils ont trouvé une résistance, digne d’un peuple affranchi, sur leur chemin.
« Nous voulons réagir à cette espèce de récit arrangé, qui ne nous paraît pas très éloigné d’un véritable lynchage médiatique. Parce que ce fameux témoin gênant qui ne se confie pas à la justice, qui fuit la justice de son pays, qui ne se confie qu’à des médias français, est assez suspect après ce qui s’est passé au sommet de la Francophonie. Il n’a pas entendu le général donner des ordres. Il n’a pas vu le général Numbi. Il aurait vu quelqu’un qui aurait vu le général Numbi, qui aurait dit que le président Kabila aurait donné les ordres. Même devant un petit juge de quartier, cela ne tient pas la route.
Et nous nous étonnons que l’on donne quelque consistance que ce soit à de tels témoignages qui ne sont pas du tout judiciaires. C’est des évènements médiatiques peut-être, mais qui ne peuvent pas permettre d’aller jusqu’à attenter à l’honneur d’un pays, à l’honneur d’un chef d’Etat dont on ne voit pas ce qu’il vient faire dans cette affaire de l’assassinat de Floribert Chebeya, sinon la volonté d’utiliser ce drame pour déstabiliser les institutions congolaises », a déclaré Lambert Mende Omalanga sur les ondes de Rfi.
C’est vrai ! La cible première de la démarche de Rfi et ses commanditaires est bel et bien le Chef de l’Etat congolais et, avec lui, tout son pays. Les ennemis de la République Démocratique du Congo viennent de montrer, une fois de plus, qu’ils ne sont pas prêts à désarmer. Ils ne jurent, d’abord, que par la tête de Joseph Kabila et, ensuite, la déstabilisation de la Nation congolaise. Objectif, instaurer un système de non Etat à travers la violence, avoir un contrôle exclusif sur son leadership politique et se vautrer dans la prédation de ses ressources naturelles.
Les Congolais ont vécu la même méthode de Rfi avec l’ex-Général Faustin Munene qui fut tiré de nulle part pour alimenter le front de tous ceux qui luttaient aussi bien pour la délocalisation du sommet que la non venue à Kinshasa du Président François Hollande.
« Et pourquoi ça ? », s’interrogerait plus d’un observateur.
Jean-Luc MUSHI-MPAKU