Le réel ou la vérité finit toujours par s’imposer en dépit des efforts de ceux qui veulent la mettre sous le boisseau. Malgré les défensives et les contre-offensives de la diplomatie rwandaise qui laissent plus d’un analyste amer et perplexe sur la négation effrontée du Rwanda en rapport avec son soutien avéré aux mutins du M-23 responsables du cataclysme humanitaire, des exactions et du guêpier dans la partie orientale de la RDC, plus les jours passent, davantage les preuves s’empilent contre le Rwanda qui s’entête et nargue très ostensiblement le Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Qui donc, entre les Rwandais et les Congolais, mérite la vie et le bonheur ? Le Rwanda, qu’a-t-il de particulier et de plus important pour que la RDC soit offerte en holocauste sur l’autel de l’enrichissement, de la reconstruction ou de la modernisation du Rwanda ? Comment comprendre les manœuvres dilatoires et l’absence des sanctions contre le Rwanda ou l’Ouganda dans ce cas d’agression de la RDC ?
Le premier rapport des experts des Nations Unies avait bel et bien confirmé le soutien du Rwanda aux mutins du M-23. Faits que le Rwanda, à la surprise générale, nie sans pourtant fournir des pièces à conviction. Les fouilles et l’aide des amis de la RDC ont démasqué ceux qui, haut placés au Conseil de Sécurité, entravent l’adoption du rapport de ces experts et qui excluent tout vote des sanctions contre le Rwanda selon les dispositions de la Charte de l’ONU en pareil cas pour deux Etats membres.
Nonobstant la multiplication des rencontres tant au ras de l’ONU, de l’UA qu’à celui de la CIRGL pour mettre fin diplomatiquement à l’agression ougando-rwandaise sous le masque du M-23 contre la RDC, rien n’est obtenu dans le sens du désengagement des forces d’agression, par le peuple congolais. Un peuple du reste meurtri et malmené à répétition. Le rapport de Human Rights Watch également y relatif décrie l’implication rwandaise dans la mutinerie du M-23.
De la façon la plus surprenante du monde, le Rwanda a émis des réserves sur la demande des Chefs d’Etat et de gouvernement qui ont appelé le Conseil de Sécurité de Nations Unies à adopter « des sanctions ciblées contre tous les responsables des exactions commises dans l’est de la RDC ». C’était lors de la clôture, le dimanche 14 octobre, du XIVème sommet de la Francophonie. Ceux qui savent observer ne sondent d’un bon œil le besoin qu’éprouve le Rwanda de refuser de se ranger derrière le vœu de ces Chefs d’Etat. Si réellement, il ne soutient pas les mutins du M-23.
Ce refus même, qui montre la crainte des sanctions ciblées par le Rwanda, est une preuve de plus que le Rwanda est partie prenante dans la mutinerie du M-23 ! Pourtant, lors de la 86ème session du Conseil permanent de la Francophonie tenue à Kinshasa le mercredi 10 octobre, le Rwanda avait affirmé, par la bouche de sa Ministre des Affaires étrangères, ne soutenir aucune rébellion dans l’est de la RDC. Selon Mushikiwabo, le Rwanda avait multiplié des initiatives pour aider à ramener la paix dans cette partie de la RDC et de la région des Grands lacs africains.
Enfoncer le clou
Pas plus tard qu’avant hier 16 octobre, un nouveau rapport d’experts des Nations Unies notifie que le Rwanda et l’Ouganda, malgré leur démenti, persistent à aider les rebelles du M-23 dans l’est de la RDC. Le rapport évoqué est un document confidentiel de 44 pages, l’œuvre du groupe d’experts du Conseil de Sécurité chargé de vérifier le respect en RDC des sanctions et de l’embargo sur les armes décrétées par l’ONU. Le même rapport a, en outre, conclu que le M-23 a gagné du terrain, accéléré ses recrutements d’enfants soldats et procédé à des exécutions sommaires de recrues et de prisonniers.
Ces horreurs sont respectivement des infractions et des crimes de guerre pour lesquels le M-23 peut être justiciable à la CPI. «Le gouvernement rwandais continue de violer l'embargo (de l'ONU) sur les armes par le truchement d'un soutien militaire direct aux rebelles du M-23. Ce, en facilitant les recrutements et les désertions (au sein de l'armée congolaise) ; et en approvisionnant en armes et en munitions et en fournissant des conseils politiques et dans le domaine du renseignement», lit-on dans ce rapport dont Reuters a eu connaissance.
Le silence complice et suicidaire
Face à toutes ces nombreuses preuves, le silence et la léthargie du Conseil de sécurité des Nations Unies, dirigé en permanence par les USA, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne, interpelle et inquiète. Plus d’un observateur ne parvient pas à comprendre comment cette ultime instance de régulation des conflits au monde ne se décide pas sur el vote des sanctions ciblées ou dissuasives contre le Rwanda. Cette position entame la crédibilité du Conseil de sécurité et attise les soupçons qui pèsent sur les multinationales des puissances occidentales sous prétexte que ces dernières trouvent leurs comptes dans le sinistre humanitaire en RDC.
Pourtant les mêmes puissances mondiales incriminent le Rwanda ou l’Ouganda pendant qu’elles obstruent l’adoption des sanctions ciblées contre les deux pays agresseurs de la RDC. L’on serait en droit de dire que les intérêts économiques de ces Etats passent par le sacrifice perpétuel des Congolais. Ce cas flagrant de la complicité ou de la complaisance des membres du Conseil de sécurité à l’endroit du cas congolais prouvent qu’il n’y a pas justice dans le monde.
S’il y a hypocrisie criminelle des Occidentaux par ce cas de figure, il faut la stigmatiser. Au besoin, ces mêmes Etats devraient cesser de condamner les autres ou de parler des droits de l’homme ou de la justice dans le monde car ils font eux-mêmes preuve de la complicité et de la complaisance dans le cataclysme humanitaire de la RDC.
Samy BOSONGO / Congovirtuel.info