Qui sait ce que sont devenus les hommes autrefois fidèles à Bosco Ntaganda après le retrait stratégique de ce dernier au Rwanda et son transfèrement à la Cpi ? Kigali les avait protégés, entraînés et armés afin de redéployer au moins 450 d’entre eux hier dans les rangs du M23, pour une mission suicide et fatale en Rdc. Ce, au moment où, en donneur de leçon, Louise Mushikiwabo jette la poudre aux yeux des Nations-Unies estimant qu’une action militaire n’est pas la solution aux problèmes dans l’Est de la Rdc.
Au même moment que la ministre rwandaise ne voit que le volet politique du conflit, à Kampala les violons ne s’accordent pas. Un dirigeant du M23 a même déclaré que son mouvement se tenait prêt à gagner une guerre contre la Brigade d’intervention annoncée des Nations-Unies.
Lorsque se rendait étrangement Bosco Ntaganda à la Cour pénale internationale à la Haye, d’aucuns pensaient lancer un ouf de soulagement de fin de feuilleton, sans se préoccuper de ses hommes de guerre. Parcourir une distance de plus de 150 km jusqu’à ‘’se rendre à l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Kigali’’, cela sans que les autorités du Rwanda voisin ne s’en aperçoivent,… relèvera à jamais du mystère complet.
Mais c’est un secret de polichinelle. Kigali est réputé à la fois la pépinière, le bastion, le champ d’entraînement et de retranchement stratégique de quasiment tous les ennemis de la Rdc. Ce n’est pas l’histoire, encore moins les experts de l’ONU qui en diront le contraire.
Aujourd’hui encore, respirant menaces et dégâts, après avoir goûté à la surface de la marmite des richesses du sous sol congolais, l’insatiable Paul Kagame vient de passer à la vitesse de croisière de son plan machiavélique. Opposé jusqu’à la dernière énergie au déploiement de la Brigade d’intervention dans l’Est de la Rdc, le chef d’Etat rwandais vient de jeter le pavé dans la marre en conciliant les deux ailes du M23 avant de déployer les hommes autrefois acquis à Ntaganda aux côtés de ceux de Makenga, dotés de 3 missiles SAM 7 de fabrication russe, déjà dissimilés à Goma selon nos sources.
Le triple objectif poursuivi est clair : amener la brigade à récolter un échec cuisant dans l’Est de la Rdc en détruisant, grâce à ces missiles redoutables, tous les avions y exploités sous le commandement de la Monusco ; poursuivre le pillage des richesses du pays et jeter les dernières bases de la balkanisation de la Rdc.
L’autre face de Kigali dévoilée
Cependant, maints observateurs avaient prédit un repli stratégique de ces soi-disant congolais du M23 au Rwanda. Chose avérée depuis hier, lorsque sur une chaîne étrangère, l’aile Makenga a annoncé la réintégration d’environ 450 combattants d’une faction rivale ‘’ (celle de Ntaganda) réfugiée depuis le mois dernier au Rwanda après une défaite militaire’’. Il s’agit en réalité des hommes dernièrement entraînés et armés comme jamais par le passé en vue d’un assaut résolument engagé sur Goma.
Et pour flouer les pistes, l’on annonce reddition et réintégration. « Nous avons 150 hommes qui se sont rendus et environ 300 qui ont été capturés au niveau de Kibumba (à la frontière avec le Rwanda). Nous les avons réintégrés dans nos brigades », a déclaré le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole militaire de la faction du général Sultani Makenga, appelé ‘’ seul maître à bord’’ depuis la fin tragique de son rival Ntaganda. A la mi-mars, défaits, plus de 600 pro-Runiga et Ntaganda avaient fui au Rwanda voisin. Les troupes de ce groupe, accusé par l’ONU et des ONG de recrutement forcé de civils et de mineurs, s’élevaient à environ 3.000 combattants, selon plusieurs sources avant leur scission.
La peur de Louise Mushikiwabo
Malgré la menace qui pèse une fois encore sur le processus de pacification de la partie Est de la Rd Congo, la brigade d’intervention que l’ONU va déployer dans les tout prochains jours fait peur au Rwanda en particulier, à tous les voisins impliqués dans cette affaire en général. Les stratagèmes des ennemis sont du genre à décourager cette noble mission. Aux abois, la ministre des Affaires étrangères de Paul Kagame exprime implicitement ses craintes sur le rôle de “dissuasion” qui revient à cette brigade. Elle objecte plutôt que le plus important est le processus politique. La ministre veut tout simplement dire à Kinshasa de ne pas évoluer sur les trois pistes de Joseph Kabila, en vue de la pacification du pays. Le président congolais prône en effet la triple option politique, diplomatique et militaire quant à ce.
A en croire l’AFP, Louise Mushiliwabo qui venait de présider une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la prévention des conflits en Afrique déclarait en début de semaine : “Nous ne pensons pas qu’une action militaire soit la solution aux problèmes dans l’Est de la Rdc, donc nous considérons cette brigade comme pouvant être un moyen de dissuasion, une présence nécessaire mais elle doit être complétée par d’autres aspects, et en premier lieu sur le volet politique du conflit“. Une expression de peur bleue était lisible sur son visage éploré.
Plus que déchaînée, Mme Louise Mushikiwabo a renouvelé devant les journalistes les critiques de Kigali contre la Cour pénale internationale (CPI) qui, selon elle, “pratique davantage la politique que la justice”. Mettant l’index dans la bouche de l’ONU dont son pays préside encore le Conseil de sécurité jusque fin avril, elle a encore accusé la Cour “d’être l’objet de manipulations politiques” ». Le défi est relancé.
Pourtant, les 15 pays membres du Conseil y avaient adopté à l’unanimité une déclaration très générale sur la prévention des conflits en Afrique qui ne mentionne pas la CPI, malgré l’insistance de plusieurs pays membres. Selon des diplomates, les sept pays du Conseil qui sont aussi parties à la CPI (Argentine, Australie, Royaume-Uni, France, Guatemala, Luxembourg) souhaitaient rendre hommage à l’action de la Cour. Mais sans surprise, le Rwanda, qui préside le Conseil en avril, s’y est opposé.
Mais ce qu’elle sait encore, c’est qu’après le vote de la résolution du Conseil de sécurité, Kinshasa avait demandé au M23 de « s’auto-dissoudre » au risque d’être la cible de la brigade d’intervention. L’on y chemine déjà, bien qu’à pas de tortue .
La brigade d’intervention arrive
Le Général Babacar Gaye a affirmé au sortir de l’audience lui accordée mardi dernier par le Vice-Premier ministre et ministre en charge de la Défense Luba Ntambo, que « le déploiement de la brigade d’intervention de la Monusco est imminent ». Le conseiller militaire du Secrétaire général des Nations Unies l’a dit à l’issue d’une mission dans la sous-région des Grands Lacs.
Cette force chargée de neutraliser les groupes armés sera dotée des « moyens d’action et une capacité de mobilité conséquents », a-t-il souligné à la honte des contrevenants. Le général Gaye a confirmé que trois pays africains, la Tanzanie, l’Afrique du Sud et le Malawi, ont accepté de contribuer à cette force en lui fournissant des troupes.
Cette brigade aura son état-major déployé à Goma. Elle aura également ses bataillons centrés autour de Goma dans la mesure où elle doit mener des actions de nature coercitive. Et à partir de là, ils seront mis en œuvre pour leurs différentes opérations.
En outre, ces bataillons vont disposer des moyens d’appui dont l’artillerie et des hélicoptères d’attaque qui sont déjà présents à Goma et qui seront renforcés ultérieurement. D’où le déploiement de 3 missiles SAM 7 de fabrication russe de Kagame dans la même ville. Ils disposeront aussi des moyens de soutien : le soutien médical et la mobilité aérienne dont dispose déjà la Monusco et qui sera renforcée dans un très court terme », a-t-il ajouté.
La brigade d’intervention de la Monusco dispose, elle, d’un mandat offensif. Elle pourra engager seule ou avec les Forces armées de la Rdc des opérations militaires contre les groupes armés dans l’Est de la RDC dont le M23.
Les protagonistes aux antipodes à Kampala
Le ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga, devait exposer sa synthèse mardi dernier. Une synthèse débouchant sur sa proposition d’accord à signer entre les parties aux pourparlers de Kampala. Mais rien n’a été fait jusque hier.
Chacun des deux protagonistes a fait ses propositions d’accord. Elles sont aux antipodes l’une de l’autre. Le gouvernement propose une dissolution immédiate du M23. Le M23 voudrait au contraire conforter sa présence pendant cinq années, qui seraient consacrées à la lutte contre les autres groupes armés. Ce qui est inacceptable.
Mardi 16 avril, dans la soirée, un dirigeant du M23, René Abandi, a déclaré sur l’antenne en Swahili de RFI que son mouvement « se tenait prêt à gagner une éventuelle guerre » contre la brigade des Nations Unies. Quelle arrogance crasse qui n’est autre que synonyme d’un défi de la communauté internationale ! Ce, juste au moment où son parrain (le Rwanda) préside le Conseil de sécurité. C’est renversant ! Et personne ne lève le petit doigt pour condamner ces propos désobligeants.