« Le déploiement de la Brigade d’intervention de la Monusco dans l’Est de la république démocratique du Congo signera « la fin de la guerre » contre le régime du président Joseph Kabila », a déclaré mardi 16 avril à l’AFP le porte-parole militaire du Mouvement du 23 mars (M23), le lieutenant-colonel Vianney Kazarama. « Avec cette brigade, c’est la fin de la guerre : ou Kabila gagne, ou le M23 gagne », a-t-il souligné. Avant de d’affirmer que lui et son groupe attendent, de pied ferme, cette Brigade. « Le monde chante cette Brigade, les Congolais chantent cette Brigade… On dirait que c’est le retour de Jésus», a-t-il souligné d’un ton ironique, selon l’AFP.
Précédée par la signature de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, le vote, jeudi 28 mars, de la résolution qui crée la Brigade d’intervention de la Monusco a poussé la rébellion du M23 à désapprouver l’envoi de cette force dans l’Est de la Rdc. Cette force négative a estimé que l’Onu avait levé une « option de guerre ». Le M23 a même promis de « riposter » en cas d’attaque.
Lundi 15 avril dernier, la ministre rwandaise des Affaires étrangères a estimé qu’il fallait privilégier le volet politique pour résoudre les problèmes de l’Est de la Rdc. Alors qu’il avait signé l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et qu’il préside en ce moment le Conseil de sécurité de l’Onu, le Rwanda écarte toute solution militaire aux problèmes dans l’Est de la Rdc.
« Nous ne pensons pas qu’une action militaire soit la solution aux problèmes dans l’Est de la RDC ». C’est par ces mots que Louise Mushikiwabo exprimait la position de son Gouvernement face au déploiement de la brigade d’intervention de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation au Congo (Monusco). Une déclaration aussi surprenante qu’inopportune de la part d’un pays ayant signé l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et qui préside, actuellement, le Conseil de sécurité de l’ONU. Quand cela est dit publiquement, c’est que Kigali mijote quelque chose pour soutenir le M23.
Pour la patronne de la diplomatie rwandaise, la brigade d’intervention que l’Onu va déployer dans l’Est de la Rdc pourra avoir un rôle de « dissuasion » mais le plus important est le processus politique. « Nous ne pensons pas qu’une action militaire soit la solution aux problèmes dans l’Est de la RDC, donc nous considérons cette Brigade comme pouvant être un moyen de dissuasion, une présence nécessaire mais elle doit être complétée par d’autres aspects, et en premier lieu sur le volet politique du conflit », a-t-elle expliqué à la presse alors qu’elle venait de présider une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu consacrée à la prévention des conflits en Afrique.
Une déclaration surprenante

La déclaration de Louise Mushikiwabo est tout aussi surprenante qu’inopportune. Car, c’est le Conseil de sécurité de l’Onu qui avait voté, vers fin mars, la résolution 2098 créant une brigade d’intervention au sein de sa mission (Monusco) en Rdc. De plus, le Rwanda avait signé l’Accord-cadre d’Addis-Abeba sur la même force qui est chargée de lutter contre les groupes armés dans l’Est de la Rdc dont le Mouvement du 23 mars (M23).
Aujourd’hui à la tête du Conseil de sécurité, le Rwanda devrait faire le suivi de la résolution 2098 plutôt que de chercher à entretenir une confusion dans les esprits. Tant à Addis-Abeba qu’à New York, tout semble avoir été dit aussi bien sur la création que sur le déploiement de la brigade spéciale d’intervention de la Monusco. Il ne revient pas du tout à Kigali de donner une autre interprétation sur la question.
Surtout lorsqu’on sait que le Rwanda tente de se taper une marge de manœuvre sachant que son poulain, le M23, figure d’ailleurs en première ligne sur la liste des forces négatives à traquer. Et que des experts de l’Onu avaient, dans un rapport détaillé émis l’année dernière, accusé le Rwanda, de soutenir militairement le M23. Ce que Kigali n’a cessé de démentir. Pourtant, toutes les preuves ont été apportées au point que même les plus incrédules ont vite fini par se rendre à l’évidence.
Apparemment, le Rwanda voudrait profiter de sa position actuelle au sein du Conseil de sécurité pour dédouaner le M23 cloué au pilori tant par l’Accord-cadre que par la résolution 2098 du Conseil de sécurité. Kigali n’a donc pas le droit de revenir sur une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu, votée en bonne et due forme, juste pour chercher à protéger le M23.
Le Rwanda sur la même longueur que le M23
Comme on s’en rend compte, le Rwanda émet sur la même longueur d’onde que son poulain M23 au sujet de la brigade d’intervention de la Monusco. Lorsque Kigali prône le volet politique en lieu et place de la solution militaire décidée par l’Onu, c’est qu’il tente de relayer le son de cloche du mouvement rebelle. Celui-ci tient à trouver une issue pour se tirer d’affaire avec les pourparlers, désormais sans objet, de Kampala au profit du déploiement de la brigade d’intervention de la Monusco.
Après avoir soutenu pendant longtemps le M23, Kigali doit aujourd’hui assurer le suivi de la résolution 2098 du Conseil de sécurité donnant le feu vert au déploiement de la brigade d’intervention de la Monusco et donc à l’opinion militaire. On comprend mieux pourquoi Louise Mushikiwabo privilégie le volet politique à l’option militaire décidée à au Conseil de sécurité.
Kinshasa avait, après le vote de la résolution 2098 du Conseil de sécurité, demandé l‘auto-dissolution du M23 au risque que ce mouvement ne devienne la cible de la brigade d’intervention. De son côté, le M23 avait affirmé, contre toute attente, qu’il s’accordait « le droit de riposter » en cas d’attaque de la brigade, sans avoir à se préoccuper des risques des poursuites qui pèsent sur ses tenants.
Dans sa dernière prestation, Mme Mushikiwabo a renouvelé les critiques de Kigali contre la Cour pénale internationale qui, à ses yeux, «pratique davantage la politique que la justice». Et la ministre rwandaise d’ajouter comme pour conclure: «L’époque où l’Afrique était montrée du doigt par l’Occident est révolue». Devant le Conseil, Louise Mushikiwabo a déclaré que son pays, le Rwanda, «ne peut pas soutenir une Cour pénale internationale qui condamne certains crimes, mais pas d’autres». Elle a ainsi accusé la CPI «d’être l’objet de manipulations politiques».
Impossible de trouver un terrain d’entente
Pour rappel, le M23 a été crée en mai 2012. Il est constitué d’anciens militaires de l’armée congolaise issus de l’ancienne rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (Cndp) de Bosco Ntaganda. Les rebelles réclament la pleine application de l’accord signé le 23 mars 2009 entre le gouvernement et ladite rébellion. Cet accord prévoyait notamment d’intégrer les rebelles dans l’armée et la police et l’intégration des civils dans les institutions politiques du pays.
Le gouvernement et les rebelles sont en pourparlers depuis décembre dernier à Kampala après que ces derniers ont brièvement occupé la ville stratégique de Goma en novembre 2012.
À Kampala, on attendait ce mardi 16 avril les propositions de la médiation ougandaise pour un éventuel accord de paix entre le M23 et le gouvernement de Kinshasa. Cet accord est toujours recherché par les deux délégations depuis début décembre 2012. Mais encore une fois, rien ne s’est produit.
Le ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga, devait exposer sa synthèse mardi. Une synthèse débouchant sur sa proposition d’accord à signer entre les deux parties. Rendez-vous avait été donné à 9h00 du matin. Puis repoussé à 10h00. Ensuite reporté dans l’après-midi... Et finalement, plus rien.
Deux positions aux antipodes
Cette hésitation illustre la difficulté de trouver un terrain commun entre Kinshasa et le M23. Du côté du mouvement rebelle, on pense que le gouvernement fait tout pour retarder l’accord, privilégiant ainsi la voie militaire, c'est-à-dire la brigade d’intervention des Nations unies. « Pas du tout », rétorque la délégation de Kinshasa. Celle-ci assure au contraire attendre la décision du médiateur.
Chacun des deux protagonistes a fait ses propositions d’accord. Elles sont aux antipodes l’une de l’autre. Le gouvernement propose une dissolution immédiate du M23. Le M23 voudrait au contraire conforter sa présence pendant cinq années, qui seraient consacrées à la lutte contre les autres groupes armés.
Mardi 16 avril, dans la soirée, un dirigeant du M23, René Abandi, a déclaré sur l’antenne en Swahili de RFI que son mouvement « se tenait prêt à gagner une éventuelle guerre » contre la brigade des Nations unies.
Sources : radiookapi.net/forumdesas.com/rfi.fr