Sans surprise, les conclusions du dernier rapport des Nations Unies sur la situation sécuritaire dans l’Est de la Rdc sont déjà connues. Le cyber confrère belge Jambonews spécialisé sur la région des Grands Lacs s’est procuré la copie de ce rapport final. Les conclusions sont claires. « Le Rwanda a continué son soutien au Mouvement du 23 mars - M-23 - et à d’autres groupes armés par le biais de violation de l’embargo sur les armes. Des officiers rwandais ont également procuré de l’aide militaire. Ce, en renforçant d’une manière permanente les troupes du M-23, ainsi qu’en procurant de l’aide clandestine au M-23 par le biais des unités spéciales de Rwanda Defense Force (Rdf) ».
Dernier rapport qui vient confirmer les deux premiers dont les conclusions sont niées jusqu’ici par le Rwanda. Un rapport, deux et puis trois. Ceci s’appelle un cumul de griefs. Visiblement, le Rwanda et ses autorités qui se veulent têtues sont prêts à en découdre avec les Nations-Unies. Les rapports ne leur disent absolument rien. Pour eux, les Congolais doivent mourir, les femmes doivent être violées, les enfants sont bons pour l’armée et non l’école, les populations ne peuvent être que vouées à l’errance dans la brousse. Bref, les Congolais de l’Est n’ont pas droit à la vie. Ils se doivent de perpétuer la boucherie humaine qu’ils ont installée depuis belle lurette dans cette partie de la Rdc.
Une situation qui met les Nations-Unies devant ses responsabilités. Le respect des principes qui la régissent devrait guider l’appréciation de son impartialité dans les différends qui opposent des nations. La responsabilité, l’impartialité et l’indépendance de l’Onu ne seront pas compromises si elle arrivait à appliquer la loi sur les infractions qu’elle a elle-même relevé. C’est ainsi que tout le monde s’attend à des sanctions à la mesure des atrocités commises par les forces dénoncées par l’Onu.
Makenga n’est pas la cible appropriée des sanctions
C’est le moins que l’on puisse dire au vu de ce qui se passe au Nord Kivu. Alors que le fameux rapport final sera publié incessamment, d’autres voix se sont levées pour sanctionner un, alors un seul acteur de l’insécurité dans l’Est, pourtant considéré comme une marionnette. Sultani Makenga a été accusé par le ministère américain des Finances d’être à l’origine « d’horreurs à grande échelle commises contre la population de la Rdc, notamment du recrutement d'enfants soldats et de campagnes de violence contre les civils ».
Ce qui a poussé le département du Trésor américain d’affirmer que son mouvement a reçu des cargaisons d’armes, en violation de l’embargo international qui vise la Rd-Congo. Les Etats-Unis sont allés vite à prendre des mesures à l’encontre de Sultani Makenga. Ils ont annoncé qu'ils le plaçaient sur leur la liste noire des personnes physiques ou morales sanctionnées pour leur participation au conflit au Congo. Ainsi, « les éventuels avoirs que ce dernier pourrait détenir aux Etats-Unis sont gelés » et tout ressortissant américain qui engagerait des relations commerciales avec lui s’exposerait à des poursuites judiciaires.
La même source dévoile que l’Onu a également indiqué avoir pris des sanctions contre le chef du M-23 : une interdiction de voyager et le gel de ses avoirs ont été émis par les Nations unies. « Ces sanctions contre Sultani Makenga montrent que le monde ne restera pas inactif devant les atrocités commises sous ses ordres par le M-23. », a déclaré l’ambassadrice américaine à l’Onu, Susan Rice, à l’annonce de ces deux décisions.
Décisions qui, visiblement, semblent susciter une série d’inquiétudes. Lesquelles conduiraient plus d’un observateur à se dire que celles-ci s’inscriraient dans une démarche consistant à jeter de la poudre aux yeux des Congolais. Juste un moyen de les distraire en ce moment où ils attendent des sanctions exemplaires contre les vrais responsables de la situation qui sévit dans l’est du pays depuis près de deux décennies. Aussi, faut-il signaler que l’Onu a demandé au gouvernement congolais de mener des actions car, a-t-elle fait savoir, elle a dénombré plus de 300 personnes exécutées bizarrement dans cette partie du pays.
De la poudre aux yeux ?
Dès lors, on apprend des sources proches des services congolais d’intelligence qu’il est établi que Sultani Makenga est un homme fermé. Il ne voyage presque pas, en dehors du Rwanda et de l’est de la Rdc, et, par conséquent, il ne fréquente pas les banques et n’a aucune possibilité d’aller investir au-delà de son cercle de vie. Et, même alors, ça servirait à rien de précipiter un train de mesures qui, en réalité n’ont aucune portée ni pédagogique, ni contraignante. Surtout pas, parce que les Usa et la commission des sanctions des Nations Unies peuvent oser croire envoyer un signal fort à toute personne qui compte s'embarquer dans l'aventure du M-23.
De coutume, les mesures de sanction portent leur fruit en rapport avec les résultats qu’elles sont à même de produire. Dans ce cas précis, personne ou rien ne peut rassurer quant à la capacité de ces décisions à influer d’une manière ou d’une autre sur le cours des événements dans l’est de la Rdc. Les Usa et l’Onu ont visé la mauvaise cible. Le pauvre Makenga n’a rien à avoir avec une quelconque décision à prendre en rapport avec le déploiement des troupes ou l’approvisionnement de celles-ci en armes, minutions et autres effets de guerre. Celui-ci n’est qu’une simple marionnette, les maîtres de la chose étant clairement désignés dans les rapports des experts des Nations Unies, des services congolais ainsi que d’autres Ong internationales.
Se raviser
C’est le lundi, 19 octobre prochain qu’est prévue la publication de la dernière position de l’Onu à travers son comité de sanction. Celui-ci, devrait commencer par se prononcer sur la portée même du contenu du rapport des experts onusiens, avant de prendre des mesures contraignantes pouvant amener à mettre fin aux atrocités qui sévissent dans l’est de la Rdc. Et pourtant, il y a un mois de cela, le Conseil de sécurité avait exprimé son soutien aux experts onusiens qui accusent, dans ce rapport, le Rwanda et l’Ouganda d’armer le M-23. Un élément qu’on ne peut pas négliger dans la mesure où celui-ci désigne nommément des officiels rwandais comme de vrais responsables de la mise sur pied de l’entretien et du commandement du M-23.
Ne fut-ce que ces éléments d’information corroborés dans tous les rapports établis sur la situation de l’est de la Rdc pourraient amener les Usa et les Nations unies à se raviser. Ce, parce que des sanctions mal orientées seraient synonymes de mauvaise foi. Une mauvaise foi qui consisterait à distraire l’opinion pour laisser la situation continuer à pourrir dans la région. Et pour cause, pérenniser l’exploitation frauduleuse des ressources naturelles de la Rdc et garder un moyen de pression sur Kinshasa. Conscients de cet état des choses, les Congolais ne se laisseraient jamais faire. La « lutte sera longue et populaire », clament-ils en souvenir au soldat du peuple, L.D. Kabila, qui leur a inculqué l’esprit de résistance et de sauvegarde de l’intérêt national.
Jean-Luc MUSHI-MPAKU