Par Jérémie KADO
L’Ouganda a décidé, ce mardi 14 novembre, de la fermeture du poste frontalier de Bunagana. Cette frontière avec la Rdc a été, depuis le mois de mai dernier, occupée par le mouvement rebelle du M-23 dont le soutien militaire provenait du Rwanda et de l’Ouganda, selon les rapports des experts de l’Onu.
Les autorités ougandaises justifient cette décision par le fait de manifester leur mécontentement d’avoir été accusé par un rapport des Nations-Unies. Rapport les accusant de soutenir le M-23 en utilisant ce poste frontalier. L’Ouganda confesse donc qu’il soutenait les rebelles bien que niant les conclusions des rapports de l’Onu. Il y a donc lieu, pour le conseil de sécurité de l’Onu, de sanctionner tous les pays qui ont soutenu l’installation de la boucherie humaine dans les provinces du Nord et Sud Kivu.
Les rapports avaient coupé court aux spéculations. Le soutien étranger aux rebelles dans l’Est de la Rdc était bien assuré par le Rwanda et l’Ouganda. Ce que le Gouvernement congolais n’avait cessé de dénoncer depuis belle lurette. La communauté internationale, qui, jusque-là, fermait les yeux sur les atrocités commises dans cette partie du pays, venait ainsi de donner raison au pays de Lumumba. La Rdc donc, sans armes du fait de l’embargo qu’elle subit, était l’objet de complot bien concocté par les forces négatives pour le pillage illicite de ces nombreux minerais.
Quand l’Ouganda, qui s’était invité modérateur dans la constitution de la force internationale devant sécuriser la partie orientale de la Rdc, a été accusé d’avoir soutenu le M-23, les analystes ne pouvaient qu’attester la malice de Yoweri Museveni. Dans la bonhomie affichée, le n°1 ougandais nourrissait de fortes ambitions de déstabilisation de la Rdc afin de piller toutes les ressources naturelles via le M-23. On se rappellera qu’en 1998 lors de la prise du pouvoir à Kinshasa par l’Afdl avec Laurent D. Kabila, Museveni avait déclaré clairement, lors de la cérémonie de prestation de serment au stade des martyrs, que la Rdc devenait la mère nourricière de la région des Grands Lacs.
Avait-il tout dit ? C’est le cas de le dire. Car le complot est resté longtemps secret avec la bénédiction de plusieurs occidentaux. Ceux-ci se partageaient, sans compassion de ces nombreuses vies humaines qui sont décimées dans ce coin de la République, illicitement ce qu’ils appellent « leur gâteau ». Voilà que Museveni pouvait jouer au double jeu en étant à la fois juge et partie.
Et la fermeture de Bunagana…
Après être accusé dans les rapports de l’Onu, l’Ouganda a voulu monter les enchères. En s’innocentant, il menaçait de retirer toutes ses troupes de maintien de la paix qu’il a confiées à l’Onu. Pourtant, en niant de soutenir le M-23, il y avait une autre preuve qui clouait l’Ouganda. La non fermeture de la frontière de Bunagana. Cette frontière a été fermée par les autorités congolaises depuis le mois de juillet. Fermée ! Du fait de son occupation par les rebelles qui reçoivent le soutien de divers ordres des Rwandais et des Ougandais.
Du côté congolais, les transactions entre l’Ouganda et la Rdc n’existaient plus. Ce que les Ougandais n’ont pas obtempéré en laissant les rebelles gérer la frontière pour générer plus de 600 mille dollars américains des recettes douanières par mois. N’est-ce pas un autre soutien de l’Ouganda aux rebelles ? Il a fallu attendre jusque ce mardi pour que l’Ouganda revienne à la raison mais sous forte pression internationale. Et en fermant la frontière, l’Ouganda semble s’excuser. Qui se sent morveux se mouche et qui s’excuse s’accuse, dit un proverbe. Donc, le conseil de sécurité de l’Onu qui vient de constater cette auto-accusation, appelé à se prononcer sur les sanctions à arrêter contre le Rwanda et l’Ouganda ne devra pas se contenter du gel des avoirs de Sultani Makenga du M-23, ou de la mise de son nom sur la liste noire des Etats-Unis ou encore de la suspension de la coopération militaire par la Belgique envers le Rwanda.
Toutes ces sanctions qui, minimes au regard de la gravité des atrocités commises par ces forces négatives dans l’Est, sortent avant même la décision de la commission des sanctions du Conseil de sécurité de l’Onu. Ces sanctions peuvent être vues comme de la poudre aux yeux des Congolais. Le peuple congolais, qui n’a pas encore fini de pleurer les siens ou de panser ses plaies, n’acceptera pas cette impunité dont jouiront ces criminels, ses bourreaux de l’Est. Punir le Rwanda et l’Ouganda, deux grands pays bénéficiaires de l’aide des occidentaux serait la meilleure méthode de pacification de l’Est. Ce serait un palliatif ou un substitut de l’impuissance notoire de la Monusco, cette longue et éternelle mission d’observation et de pacification de l’Onu envoyée en Rdc.
Jérémie KADO
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