« Courrez, pas comme battant l’aire mais vers un objectif ». Ce dicton biblique semble échapper à une caste de personnalités sinon, à certains regroupements de l’opposition politique en République Démocratique du Congo. Depuis un certain temps, ceux-ci s’illustrent par des actes et des propos, qui, en réalité, n’augurent aucune vision cohérente pour leur avenir en tant que leaders politiques, moins encore pour le bien du pays. À la limite, les faits et gestes qui sous-tendent leur agir portent à croire que l’opposition au pouvoir est toujours en retard vis-à-vis de l’avancement des événements politiques au pays.
Pas plus tard qu’il y a 48 heures, des partis politiques d’opposition et des associations de la société civile ont annoncé le lancement d’une nouvelle plate-forme dénommée « Sauvons le Congo ». Ce collectif regroupe essentiellement les membres de la Coalition pour le vrai dialogue (Cvd) de l’opposant Vital Kamerhe et ceux des Fac (Forces acquises au changement), de Martin Fayulu, en dehors de ceux des associations de la société civile affiliée à tel groupe ou tel autre.
Dans sa démarche, cette plate-forme se veut un cadre idéal pour exercer la pression sur la mouvance au pouvoir et consolider la démocratie. Une démarche qui tient d’abord, selon ses initiateurs, à faire en sorte que les recommandations formulées à l’issue des concertations nationales soient traduites en pratiques.
De l’avis de plus d’un observateur, le président de l’Union pour la nation congolaise (Unc) et son copain de l'Ecidé (Engagement pour la citoyenneté et le développement) auraient quelques problèmes de coordination d’idées dans leur entreprise. Tout porterait à croire que Kamerhe et Fayulu auraient perdu le fil de raisonnement, gage de tout engagement pour un leadership politique d’une nation.
Pour cause, personne ou rien n’arriverait à envisager la possibilité qu’ils continuent à se battre becs et ongles pour décrocher la tenue de ce qu’ils qualifient de « dialogue national conformément à la résolution 2098 du Conseil de sécurité des Nations unies aux prescrits de l’accord cadre d’Addis-Abeba », en même temps qu’ils s’inscrivent dans la logique d’une pression permanente pour la mise en œuvre des résolutions des concertations nationales.
Sinon le contenu réel des réclamations formulées par la Coalition pour le vrai dialogue et les Forces acquises au changement (aile Fayulu) présage certaines évidences. Le « slogan creux » du « Sauvons le Congo » voudrait tout simplement insinuer que « nous avons saisi le message et nous avons résolu d’embarquer dans le train, mais laissez nous le temps de distraire ceux qui nous suivent aveuglement ».
L’opposition a toujours roulé sur une longueur de retard
En effet, ce raisonnement est assez logique et justifié. Le fait que les ambassadeurs représentants les quinze pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies auteur de la résolution 2098 ont pris part à la cérémonie de clôture des concertations nationales en est une preuve éloquente. Qui plus est, la Présidente de la Commission de l'Union africaine, Mme Nkosazana Dlamini Zuma, qui est aussi la gardienne des prescrits de l’Accord-cadre sur la paix et la sécurité dans l’est de la Rdc et la région de Grands-Lacs, était là. À Kinshasa, elle est donc venue entériner l’initiative pris par le Chef de l’Etat congolais de mettre tous les Congolais autour d’une table en vue de la cohésion nationale.
Lancement du collectif « Sauvons le Congo » est une preuve de plus que l’opposition politique a toujours roulé sur une longueur de retard par rapport à la réalité des faits en Rdc. La preuve en serait que parmi leurs chevaux de batail, la Cvd, les Fac (aile Fayulu) et compagnons explorent, une fois de plus, une piste déjà dépassée. Il s’agit de ce à quoi Vital Kamerhe fait allusion en disant que « tout sera mis en œuvre pour que les articles verrouillés de la constitution ne soient ni modifiés, ni contournés par quelques subterfuges que ce soit ».
A ce sujet précis, l’un des objectifs de la nouvelle plate-forme de l’opposition Kamero-fayuliste entend hausser sa voix, entre autres sujets, sur le respect du calendrier électoral pour éviter tout report du scrutin présidentiel en 2016. Aussi, elle tient à sauver le Congo en insistant su la tenue des élections provinciales et sénatoriales dans un délai raisonnable et cela avant les municipales.
Raison pour laquelle, le conglomérat des mécontents des échéances passées entend également « veiller à ce que la Commission électorale nationale indépendante (Céni) soit réellement indépendante pour que les élections à venir soient justes, équitables et transparentes ». Il envisage également de « lutter contre la corruption sous toutes ses formes, de veiller au respect des droits humains et à la promotion du genre ».
La manifestation criante du retard dans l’approche des questions politiques de l’heure se traduit par le fait que la bande à Kamerhe et Fayulu vient, une fois de plus, enfoncer une porte déjà ouverte. Chacune des préoccupations pour lesquelles le collectif « Sauvons le Congo » semble avoir été créé ont déjà été épuisées.
Les résolutions issues des Concertations nationales et les grandes mesures annoncées par le Président Kabila, lors de son discours sur l’état de la nation, prononcé à la suite de ce forum national, les engloutissent toutes. Le ridicule est que, lors qu’on s’obstine tellement à mener la lutte pour se rendre populaire, on perd de vue qu’il y a, quelque part, une logique qu’il faut respecter, des règles à observer et des raisonnements à émettre pour s’en sortir.
Chose étonnante, c’est comme qui dirait, l’envie glouton de Kamerhe et Fayulu pour le pouvoir ainsi que leur haine contre Joseph Kabila l’emportent sur l’impératif de la cohésion et de l’unité nationale. Pour preuve, la plate-forme exclue tous les responsables de l’opposition comme aussi les forces sociales et politiques ayant participé aux concertations nationales. Dans ce cas, puisqu’ils prônent la tenue d’un vrai dialogue, des bonnes élections qu’ils emporteraient haut la main, etc., avec qui y parviendront-ils ?
Quand l’obstination au pourvoir dévient viscérale
Ce qui intéresse plus le président de l’Unc, c’est le pouvoir. Le pouvoir pour le pouvoir. Il en est tellement obstiné que cela dévient pathologique. Il est prêt à tout pour y accéder. S’il lui était donné le pouvoir d’accélérer, ne fut-ce que d’un iota, le temps, Kamerhe n’hésiterait pas un seul instant. Pourvu qu’il arrive au jour où lui pense qu’il devra accéder à la magistrature suprême. Il en parle avec détermination, en oubliant que toute son opinion réunie ne se limite qu’à 8% de voix d’électeurs congolais. Même si les élections arrivaient aujourd’hui, par quelle magie parviendra-t-il à se faire le plein de voix, dépassant le candidat de la majorité qui sera crédité dès le départ d’environ 49% de voix et le Sphinx de Limete qui en a déjà plus de 30% à son compteur ?
L’opinion restera stupéfaite de l’acharnement de cet enfant prodigue de l’ancienne Amp (Alliance pour la majorité présidentielle). Elle ne comprend pas très bien la démarche du président du dernier né d’entre les partis politiques de l’opposition qui, en même temps, tient à ce que le processus électorale soit crédible et exige qu’il soit organisé dans la précipitation. Kamerhe est parmi les acteurs qui n’ont jamais cessé d’exiger l’organisation du recensement général pour maîtriser le corpus électoral. Il a aussi toujours prôné un processus électorale qui commence à la base : locales, municipales, urbaines, provinciales et, en fin présidentielle.
Maintenant qu’à l’issue des Concertations nationales, tous les Congolais se sont accordé à suivre les voies tracées par tous ceux qui ont toujours eu le souci du bien pour le pays, Kamerhe veut naviguer à contre-courant. C’est là que tout le monde trouve de la pure contrariété dans ses propos. Lorsqu’il a l’occasion de se prononcer à la face du monde, l’homme perd les pédales. Il ignore éperdument le fondement de toute sa lutte pour des bonnes élections qui produirait des animateurs des institutions de la République mieux élus.
C’est peut-être pour de telles raisons qu’il a perdu toute crédibilité sur la scène internationale. Ses parrains, qui lui faisaient encore confiance lorsqu’il était avec Kabila, ont appris à le connaître. Du coup, il est passé pour personna non grata dans certains milieux du monde puissant. Malgré sa course acharnée vers le pouvoir et le pouvoir à tout pris, Kamerhe a déjà scellé son sort d’homme politique sans avenir. Et son intervention de jeudi 31 octobre 2013 sur Rfi n’a fait que l’engouffrer davantage.