Le microcosme politique congolais est en ébullition. C’est probablement cette semaine que l’on pourra se fixer sur le sort du Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, à la tête de l’Exécutif national. Sa tête a été mise à prix par le député UNC Jean-Baudouin Mayo Mambeke. Ce dernier est parvenu à dépasser la barre de 125 signatures, déclenchant ainsi une fatwa contre le chef du gouvernement.
La motion contre Matata suscite des passions en tous genres. Dans le fond, elle porte la marque de la classe politique congolaise où les intérêts de la population s’entrecroisent avec des intérêts individuels qui régentent les mœurs politiques en RDC. Entre les bases du progrès et de la bonne gouvernance, désormais perceptibles, et des intérêts partisans, sans ancrage dans la population, les députés devront faire un choix.
Malheureusement, ce n’est pas vers la population qu’est orientée l’action initiée par le député UNC. En justifiant son action sur des indices probables de megestion, de la violation de la Constitution et de l’impunité, le député UNC feint de contourner le problème.
Or, le vrai problème, c’est la République Démocratique du Congo – ce grand malade qui commence à peine à récupérer, après avoir été prolongé dans un coma profond. Dans quel état se trouve aujourd’hui ce grand malade ? Quel est son bilan clinique ? La motion de l’honorable paraît superficielle sur ces questions, pourtant primordiales avant toute remise en cause de l’action de l’équipe Matata.
Des signes de progrès
En effet, depuis 1960, année de son indépendance, la RDC a connu plusieurs épisodes en dents de scie de son développement économique. Pourtant, dès l’aube des années 2000, la richesse nationale croît au-delà de 5% l’an, bien que cette richesse ne soit pas encore équitablement répartie. En effet, l’idéal serait que les populations congolaises dans leur ensemble puissent bénéficier de cette création de richesses. Il s’agit des personnes de troisième âge sans protection sociale, des femmes en milieu urbain et rural, et des enfants qui se retrouvent exclus de tout système d’incitation à la production, notamment par l’éducation, la création d’emplois, etc.
Depuis 2010, le gouvernement et toutes les institutions de la République abattent un travail remarquable ; celui de remettre sur les rails la République démocratique du Congo afin de planter des bases solides d’un « éveil économique national ».
Comme un malade qui sort de son coma, la RDC est en train de se relever. Il se porte bien qu’il y a cinq ans, beaucoup mieux qu’il y a une dizaine d’années. Une progression qui ne relève pas d’une génération spontanée. C’est la résultante d’un travail méthodique et d’une discipline imposée par le chef du gouvernement.
Un analyste indépendant a trouvé des mots justes pour décrire l’action de Matata Ponyo. A l’instar de Léon Kengo, il avait lui aussi prédit de nombreuses flèches empoisonnées contre Matata. Il s’exprimait en ces termes : « Le Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo, a l'avantage d'avoir apporté quelque chose que nous pourrions qualifier, à juste titre d'extraordinaire, dans le sens de ce qui sort de l'ordinaire.
Avec lui, on sent, on voit les choses bouger, contrairement à l'attentisme et à une certaine habitude routinière auxquels nous avions souvent été conviés dans le passé. Il parle peu, mais pour convaincre, et pose plutôt des actes. Voilà un Premier ministre qui est difficilement attaquable. Mais on lui cherche quand même des poux sur la tête. Ses adversaires -il ne peut malheureusement pas en manquer- qui s'adonnent à des messes noires pour le remplacer, cherchent plutôt des arguments militants, politiciens, au lieu de l'attaquer sur son rendement ».
Autant dire que sous le leadership du chef de l’Etat et avec le grand dynamisme du Premier ministre, la RDC est sur la bonne voie. Est-ce alors le moment de casser ce bel élan ?
Soutenir l’action
Avec Matata, des actions concrètes sont engagées en vue de poser les bases solides et- durables d’un processus d’accumulation et de distribution des richesses à travers plusieurs canaux, notamment, la relance de l’agriculture par le lancement de la campagne agricole, la réunification routière nationale avec le décaissement d’un fonds de départ de 44 millions USD, l’acquisition d’une dizaine de locomotives en faveur de la SNCC et de la SCTP, l’acquisition de trois cents bus de grande capacité pour le réseau de transport urbain de Kinshasa, la relance du transport fluvial avec la SCTP, la constitution d’un fonds spécial de 22 millions USD destiné à l’amélioration de l’éducation nationale, la bancarisation de la paie pour tous ceux qui émargent du budget de l’Etat, etc.
Alors que le malade RDC se relève de son coma, c’est le moment choisi pour briser cet élan ; un élan qui ne vise qu’une seule chose : « l’éveil économique national » de la RDC.
La motion de censeure contre le Premier ministre à la Chambre basse du Parlement ne vise-t-elle pas à couper l’élan et priver au Congolais cette amélioration réelle de son vécu quotidien qui pointe à l’horizon ?
Le seul péché de Matata – ce qui lui vaut la guillotine – est celui d’avoir choisi la voie de sacrifice, de la rigueur, de la discipline et du progrès, la voie que tous les Congolais souhaitent ardemment que leurs dirigeants empruntent, celle du courage de naviguer à contre courant. En choisissant cette voie, il ne pouvait qu’allonger la liste de ses ennemis. Mais, c’est aux députés nationaux, membres de l’Assemblée nationale, de faire preuve de discernement en faisant un choix judicieux entre le progrès, la bonne gouvernement et des intérêts individuels qui se cachent derrière la motion initiée par l’élu UNC de Mont-Amba (Kinshasa).
Demeurant fidèle à la vision de « l’éveil économique national » qu’il avait défendue en décembre 2012 devant la Chambre haute du Parlement, Matata Ponyo Mapon reste sur la voie qu’il a choisi : celle pour laquelle il fait l’objet de cette fatwa « exit Matata » susurre-t-on dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Et pourtant, la rigueur reste « le prix à payer si nous voulons réellement changer le cours de l’histoire de notre beau et cher pays ». Le Ghana l’a expérimenté !