Révision constitutionnelle en RDC
Quoi de plus normal qu’une œuvre de l’esprit soit soumise à une analyse critique de ceux qui en savent quelque chose ? Jamais l’on n’avait permis aux hommes à faibles et infertiles pensées de s’en prendre, à tort et à travers, à des éminences grises pour assouvir leur soif de brandir des bassesses à la face du monde. Le Professeur Évariste Bashab vient de publier un ouvrage au titre assez révélateur : « Entre la révision de la Constitution et l’inanition de la nation ». Un autre Professeur, André Mbata, a jugé bon de répliquer immédiatement. Plutôt que d’avancer un raisonnement scientifique contradictoire aux arguments de son collègue, il s’en est pris à ce dernier.
La problématique de la révision de la Constitution de la République Démocratique du Congo anime le débat sur la scène nationale depuis un certain temps. De l’élite à la classe ouvrière, en passant par les politiques, les étudiants, les marchands, les maraichères et les autres acteurs de la vie socioculturelle, tous n’ont cessé d’émettre leurs points de vue y relatif. Les scientifiques, du moins ceux qui le sont foncièrement, se sont, quant à eux, sentis interpellés et obligés d’établir un équilibre entre les questions que se posent la société et les résultats de leurs recherches. C’est ce à quoi s’est adonné Évariste Boshab Mabudj-ma-Bileng, avec tout ce que cela implique en termes de considérations, de contestations et de tires tant de la part de ses paires que du commun de mortel.
Ce juriste et homme politique congolais a, en sa qualité de Professeur de droit constitutionnel à l'université, posé les bases d’une analyse scientifique et politique sur une question assez sensible dans les arcanes politiques congolaises. Dans son ouvrage au titre assez révélateur qu’est « Entre la révision de la constitution et l’inanition de la nation », il ose remettre en cause l’idée fixiste auquel conduit tout chaud débat et passionné autour de relative à la complète révision de la loi fondamentale de la Rdc.
Ses opinions sur le sujet lui ont attiré des attaques de toute part et surtout en provenance d’une certaine caste de scientifiques à l’imagination stérile. Ceux qui se sont tapé le loisir de tirer à boulets rouges sur leur « collègue », tout simplement parce que ce dernier a fait preuve d’actualisme scientifique dans ses recherches.
Pourtant, comme tout vrai professeur d’université, Évariste Boshab ne l’a fait que dans le but d’apporter des réponses aux questions que ne cessent de se poser ses contemporains. Ça n’a pas enchanté certains de ses détracteurs, on dirait des ennemis d’ailleurs. Et cela, non pas parce que ses opinions sont discutables du point de vue scientifique et/ou politique mais, tout simplement, parce que la tête, les options politiques ainsi que les capacités scientifiques et l’agir professionnel de l’auteur dérangeraient.
On comprendrait que des scientifiques normaux et moraux qui ont eu le temps de décrypter l’ouvrage de leur collègue en jugent de l’inopportunité ou de la pertinence. Tels sont les cas du politologue Bob Kabamba de l’Université de Liège en Belgique et du sociologue Matthieu Kalele de l’Université de Kinshasa.
Caractère du débat à la fois scientifique et politique
Coordonnateur de la Cellule d’appui politologique en Afrique centrale, le Professeur Bob Kabamba situe l’analyse de l’œuvre d’Évariste Bashab à deux niveaux de débat. « Il y a d’abord, dans un premier temps, le caractère du débat scientifique qui est lié au contenu du livre, de la publication et de l’autre coté, il y a un débat politique qui est lié à la question de l’opportunité », a-t-il soutenu jeudi dernier au cours de l’émission « Dialogue entre congolais » de la Radio Okapi.
Du point de vue du débat scientifique, il soutient qu’il y a là, un livre écrit sur quatre cent pages à fouiller, à parcourir, à analyser, etc. C’est ce que Bob Kabamba qualifie de « Philosophie du droit » qui, selon lui, pose des questions fondamentales liées à tout chercheur qui peut se les poser sans aucun problème. Et là, il déclare clairement que « n’importe qui pouvait lire ou écrire ce livre, de mon point de vue, ça ne poserait aucun problème, ça ne susciterait pas autant de débat. »
S’agissant de la question liée au débat politique, le politologue estime qu’il y a là, ce qu’on appelle : « la question de l’opportunité ». Une question que tout scientifique, tout chercheur a ou se la pose. C’est celle qui, selon le Professeur Bob Kabamba, veut que, quant il veut publier quelque chose, tout scientifique cherche à quel moment il doit le faire pour être sûr que l’œuvre de son esprit soit lue, soit commentée et qu’elle revienne à l’actualité.
« Et donc, lorsqu’il met même le titre de l’ouvrage, quant on lit le titre de l’ouvrage, bien-sûr que ça interpelle par rapport à la question de l’opportunité », soutient-il. Avant d’arguer que c’est « puisque nous sommes en 2013 et nous allons aller dans un débat qui passionne tout le monde et auquel tout le monde s’attend. » et d’insinuer « Sur l’aspect de l’opportunité là, d’une manière claire, on écrit pour pouvoir vendre le livre, pour pouvoir être lu, c’est pour pouvoir dissimiler ce qu’il y a dedans. »
Là où intervient la question fondamentale relative à la révision constitutionnelle, le Professeur Kabamba juge normal qu’il puisse y avoir les interrogations sur le fait de l’auteur. D’après lui, l’opinion imputerait l’initiative au livre du Professeur Boshab pour la bonne et simple raison que ce dernier n’est pas n’importe qui, ce qui est vrai.
Il n’ose pas croire que l’auteur de« Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la Nation » qui est Secrétaire Général du Pprd (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), l’ait écrit pour rien. Son parti étant le premier parti politique de la Rdc et cher au Chef de l’Etat, Joseph Kabila, dont le mandat en cours est dernier, selon le prescrit de la Constitution.
« En plus, soutient le politologue, il a été président de l’Assemblée et de ce fait, en publiant ce livre, bien-sûr, il profite de l’actualité ». Avant de chuter « Je suis content d’apprendre que beaucoup de gens on lu le livre, il y a aussi beaucoup qui en parlent mais qui n’ont pas lu le livre ».
Condition sine qua none pour la survie de l’Etat
Le Professeur Mathieu Kalele quant à lui, fait une analyse plus ou moins sociologique de l’ouvrage. Après l’avoir décortiqué du début à la dernière page, le sociologue tire une conclusion le plus extrême : « C’est un livre extrêmement dangereux pour l’avenir de la démocratie au Congo ». Sa conclusion serait motivée par le fait que le livre publié par le Professeur Boshab porte sur une matière très sensible du point de vue de la politique nationale. « Et pourquoi les gens en parlent ? » s’interroge-t-il, avant de répondre immédiatement : « ils en parlent parce qu’il a un impact, ou il est susceptible d’avoir un impact sur la marche de la société ».
La plus grande crainte du Président du Front pour un nouveau type de Congolais (Fntc), parti politique de l’opposition, se situe au niveau où, de son point de vue, les politiques seraient en train d’utiliser les intellectuels pour faire passer certaines idées, comme cela se fait assez souvent sous d’autres cieux.« Ce n’est pas un livre pour rire. Le professeur a écrit, le livre a été financé par le gouvernement et il défend la thèse de la modification de la Constitution. Il présente cette thèse comme une condition sine qua none pour la survie de l’Etat et l’article qui est ciblé, c’est le 220 », soupire-t-il. Pourtant, de l’avis d’autres analystes, il y a plus de peur que de mal.
« Le Professeur Boshab, en tant que scientifique, a écrit un livre qu’on peut interpréter de diverses manières. En disant il a fait cette phrase là, c’est qu’il suggérerait la révision de la Constitution… Bon ! Ça devient des analyses, des interprétations. Peu importe, ce n’est qu’une réflexion, ça ne doit pas déclencher la guerre civile ou des attaques ou des insultes des menaces des uns contre les autres. Ça doit être un débat responsable, digne sur une question qui, d’ailleurs, ne poserait pas beaucoup de problèmes si l’on ouvrait le débat là-dessus », a soutenu le Professeur Tshibangu Kalala. Ce spécialiste de droit public conclut son propos en ces termes : « Mais aujourd’hui, à mon avis cette question n’est pas à l’ordre du jour. »
La face cachée de l’iceberg
Chose étonnante, d’autres scientifiques n’expriment aucun gène à éviter le débat scientifique au profit des querelles intestines, personnelles et très basses. C’est le cas de le dire. Certains professeurs ont, à ce sujet, opté pour une bataille de rue. Celle du genre qu’on qualifie de « Kuluna » (Fldr : sauvage, barbare, etc.) à Kinshasa.
C‘est le cas d’un certain André Mbata Betukumesu Mangu, Professeur de droit public à l’Université de Kinshasa. Plutôt que de se comporter en scientifique en rentrant au laboratoire pour produire des idées contraires à celles émises dans l’ouvrage « Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la Nation » de son « collègue » Évariste Boshab, lui s’est contenté d’aller étaler, à travers les médias, les limites de sa pensée.
En montant sur les strapontins contre l’auteur, André Mbata a cru pouvoir brandir à la face du monde la puissance de son intelligence. Il semblait ignorer qu’une veille sagesse africaine stipule que « plus le singe monte très haut, plus il montre sa nudité ». Les leçons du professeur à son « collègue » n’ont été rien d’autre qu’un élément déclencheur d’un regard approfondi sur les véritables motivations de son attitude. A y regarder de près, sa réflexion en réponse au contenu du livre d’Évariste Boshab, a permis aux observateurs avertis de s’interroger sur les vraies motivations de sa démarche.
Plutôt que d’écouter le son de l’auteur qui a appelé au débat scientifique qu’il venait de lancer, lui-même, l’homme a cru mieux faire en se déchaînant sur son adversaire. Question de régler tous les précédents fâcheux qui empoisonnent leurs relations depuis un certain temps. Pourtant, ça aurait été assez sage pour lui, même si l’objectif était de régler les comptes, de rentrer dans son laboratoire, se concentrer et en sortir avec des arguments scientifiques solides. Arguments qui pourraient mettre en mal les idées de Boshab.
A la grande surprise de tous, le Professeur Mbata Betukumesu Mangu a choisi de ramasser des concepts qui circulent dans les bouches inexpertes sur la scène politique congolaise pour les mesurer aux arguments avancés par le Professeur Boshab Mabuj-ma-Bileng.
« Titre ronflant qui énerve et trahit la nation, flagrantes contradictions et hérésies relevant de la fraude intellectuelle, livre de politologie et non de droit constitutionnel rédigé contre les règles de l’art et méprisant pour ses collègues » sont là les phrases toutes faites que le publiciste a piqué ça et là pour dénigrer les arguments de l’auteur. « A tort ou à raison ? », s’interroge plus d’un observateur. Peut-être que la face cachée de l’iceberg y répondrait.
Des sources proches de deux protagonistes renseignent que la bataille que se livrent ces deux « grands » semble avoir ses racines ailleurs. Rien à voir avec les arguments avancés dans le récent ouvrage d’Evariste Boshab que son collègue qu’André Mbata ne s’acharnerait à élaguer, en bon scientifique. « La vraie guerre que le Professeur Mbate est en train de livrer contre son frère et ami Boshab n’a rien de scientifique », a confié un de leurs proches collaborateurs de l’Université de Kinshasa. Celui-ci a soutenu que le problème entre le deux est beaucoup plus politique et académique que scientifique.
Sur le plan politique, on qualifie le problème réel qui oppose les deux frères-ennemis d’une lutte de leadership. Bashab et Mbata seraient ressortissant d’un même coin ou d’une même circonscription électorale (Mweka) dans le Kasaï-Occidental. Là où Évariste Boshab a décroché le poste de député national au détriment d’André Mbata, à l’issue de dernières législatives (novembres 2011).
Aussi, l’ascension politique de l’un aux cotés du Président de la République suscite de la jalousie de la part de son « frère » qui aurait souhaité occuper la même place. C’est ce qui expliquerait, en partie, la rivalité qui ne fait que s’accroitre entre les deux depuis un moment alors qu’ils étaient des bons amis dans le passé.
Les fonctions de Chef de département de droit public interne qu’exerce le Professeur Boshap à la faculté de droit de l’Université de Kinshasa seraient aussi à la base de la paume de discorde entre lui et son collègue Mbata.
Selon les sources proches de cette institution d’enseignement universitaire, depuis son arrivée à la tête du département, Évariste le Constitutionaliste aurait pêché en déchargeant son collègue de certains cours pour raisons d’indisponibilité. Ce qui n’a jamais enchanté André qui, pourtant, lui est spécialiste en droit public interne. C’est ainsi que ce dernier, on dirait, se serait juré de se placer en travers te tout chemin qu’emprunterait son ami de jeunesse jusqu’au jour où il lui fera payer tous ses actes qu’il considère comme des trahisons.
Une élite scientifique de haute facture
Voilà à quoi tient la lutte de leadership de l’élite en Rdc. Là où la Nation toute entière attend des résultats des recherches de la part de l’élite, les uns et les autres s’acharnent à se régler des comptes. On dirait que le destin du peuple était sacrifié sur l’autel des intérêts égoïstes et mesquins. Qui pire est, cela ressort de la part de ceux qui semblent présenter à la face du monde, le visage d’une alternance crédible.
Qu’à cela ne tienne. Le plus important est que ce Géant au Cœur de l’Afrique devra se féliciter et rester dans la fierté de regorger, en son sein, non seulement des ressources naturelles de grande valeur mais aussi et surtout, d’une élite scientifique de haute facture. Celle qui est là, pour ouvrir des réflexions autour de grandes questions qui animent de débat patriotique.