La communauté internationale a eu à s’impliquer dans la résolution des crises dans le monde, tout comme sur le continent. Cette fois-ci, elle aurait eu mal au cœur si elle en avait un. La recherche de la paix, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs et, par conséquent, dans l’est de la République Démocratique du Congo aurait le mérite d’avoir rendu sensible cette nébuleuse.
L’impossibilité d’aboutir à un accord entre le gouvernement de Kinshasa et ses voisins-agresseurs que sont le Rwanda et l’Ouganda, par Mouvement du 23 mars (M23) interposé en est la cause majeure. Raison pour laquelle Ce qui a amené le Secrétaire général des Nations unies, à exercer une pression supplémentaire sur les acteurs concernés. Ban Ki-moon a appelé Kagame et Museveni pour leur demander de pousser le M23 à accepter un accord.
Il y a de cela dix mois que ce dernier d’entre les bras armés de Kigali et Kampala sont en pourparlers avec le gouvernement congolais. Durant presque la même période, les Nations unies, l’Union africaine, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (Cirgl) sont engagées dans la recherche d’une solution négociée à la crise qui secoue l’est de la Rdc.
Dans l’impasse pendant plusieurs mois, les négociations ont été relancées en septembre dernier sur exigence des chefs d’État de la région. Ces derniers avaient accordé 14 jours aux protagonistes pour clore les débats. Et pourtant, près d’un mois et demi plus tard, les parties concernées n’arrivent pas à se mettre d’accord sur certains points.
Avec l’aide de la médiation, le M23 tient du même pied que ces prédécesseurs du Cndp (Congrès national pour la défense du peuple). Ce mouvement avait réussi à obtenir du gouvernement une amnistie générale de tous ses membres et une intégration de tous dans les rangs des Forces armées de la Rdc (Fardc). Une occasion qui leur a été offerte de préparer cette nouvelle aventure du M23 de l’intérieur. Comme si cela ne suffisait pas, cette pseudo-rébellion attend de Kinshasa une bénédiction de rester armé, bénéficier de l’amnistie globalement et réintégrer l’armée.
Le gouvernement congolais en sait beaucoup plus qu’un simple fait de signer un document d’accord. Les mêmes qui ont été amnistiés et intégrés dans l’armée hier reviennent à la charge pour réclamer la même chose. Kinshasa veut absolument éviter tout risque de récidive comme par le passé, c'est-à-dire qu’un traité de paix soit suivi d’une nouvelle rébellion.
Raison pour laquelle il est resté intransigeant. Fasse à l’insistance et à la subtilité de la médiation ougandaise qui a voulu, profité du moment pour faire passé une résolution allant dans ce sens, la délégation congolaise a quitté la salle, suspendant sa participation à ses pourparler jusqu’à nouvel ordre.
Dans le huis clos du Conseil de sécurité…
La scène désolante s’est déroulée en présence des représentants de la communauté internationale. Associée aux informations prouvées faisant état du renforcement des positions militaires sur les lignes de front, l’échec de l’aboutissement des discutions de Kampala fait craindre le pire.
D’où la mobilisation des Nations unies ainsi que d’autres Organisations et puissances internationales. D’abord, ce sont les représentants de l’Onu dans la région qui, selon Rfi, ont fait part au Conseil de sécurité d’un renforcement militaire du côté du M23 comme des forces armées congolaises autour de la ville de Goma.
« Dans le huis clos du Conseil de sécurité, les représentants de l’Onu en Rdc et dans les Grands Lacs ont rejeté la responsabilité de l’échec de Kampala sur le M23. Le chef de la Monusco, Martin Kobler, et l'envoyée spéciale de l'Onu pour les Grands Lacs, Mary Robinson, ont confié que le M23 n’était manifestement pas prêt à conclure un accord avec Kinshasa et a fait traîner les négociations », correspondant à New York, Karim Lebhour.
Ce qui a amené le Secrétaire général des Nations unies, à exercer une pression supplémentaire sur les acteurs concernés. Ban Ki-moon a personnellement joint, par téléphone, le président rwandais, Paul Kagame, et son homologue ougandais, Yoweri Museveni, pour leur demander de pousser le M23 à accepter un accord. Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a également eu le président rwandais au bout du fil pour l’obliger à lâcher prise sur les exigences de ses poulains.
De son côté, Washington s’est dit inquiet de la suspension des discutions de Kampala. L’administration américaine accuse la rébellion ougando-rwandaise de retarder volontairement le processus de pacification de l’est de la Rdc et de ne pas négocier de bonne foi. La porte-parole adjointe du département d’Etat américain, Marie Harf, a indiqué que les Etats-Unis étaient « inquiets que le M23 retarde volontairement le processus et ne négocie pas de bonne foi ».
De Sun City à Kampala
Le gouvernement congolais, par contre, a, dans un communiqué rendu public sur la télévision nationale lundi soir, exprimé son regret face au temps que prennent les pourparlers de Kampala. Contrairement au Dialogue de Sun City qui avait produit des conclusions au bout de 52 jours, les discutions de Kampala en sont à leurs 10 mois sans certitude étant donné qu’elles ont été suspendues la veille.
La suspension a été due à la divergence des vue au sujet de l’amnistie et de l’intégration ou non des rebelles dans les Forces armées de la Rdc. « L’amnistie réclamée par le M23 ne peut concerner les crimes de guerre, les actes de génocide et de crime contre l’humanité, et l’intégration des éléments de cette rébellion dans les Fardc n’est envisageable qu’au cas par cas », a indiqué le gouvernement congolais dans ce communiqué. A ce sujet, Kinshasa avait déjà transmis, début octobre, une liste de 78 chefs du M23 qu’il ne veut pas réintégrer dans l’armée.
Toutefois, le gouvernement a souligné qu'il restait « ouvert au dialogue et déterminé à son aboutissement heureux ». Mais il a aussi affiché sa fermeté, réaffirmant « sa détermination à poursuivre ses efforts jusqu'à la pacification totale du Nord-Kivu et du Sud-Kivu qui doivent, d'une façon ou d'une autre, être définitivement et irréversiblement débarrassés des groupes armés et de toutes les forces négatives ».
Les nations unies ainsi que les envoyés spéciaux de la communauté internationale (États-Unis, Union Européenne et Union africaine) ont de leur côté exhorté les deux parties « à faire preuve d'une retenue maximale sur le terrain pour permettre la conclusion de leur dialogue », on indiqué certains confrères.
S'inquiétant de « l'instabilité de la région », ils espèrent néanmoins « des progrès supplémentaires [...] dans les jours qui viennent sur les questions importantes en suspens » et exhortent une nouvelle fois « fermement le M23 à [...] se dissoudre immédiatement ».