Qui aurait parié sur Matata Ponyo dans ce microcosme politique post-élections ? Personne ou presque. C'est pourtant sur ce technocrate pur sucre que Joseph Kabila frais émoulu de son second suffrage jette son dévolu. Et cela fait un an que ce Premier ministre, façon surprise du chef, est installé avenue Roi Baudouin. En y imprimant sa marque et en imposant son style.
Il y a un an, les faiseurs des rois en kabilie et les hiérarques de la Majorité en avaient eu pour leur pari. Aucun des principaux « primaturables » annoncés n'avaient trouvé grâce aux yeux du Raïs. De son chapeau, Joseph Kabila tirera un certain Matata Ponyo. Lequel, bien qu'étiqueté Pprd (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), était surtout connu pour sa réputation de gestionnaire rigoureux très en harmonie avec l'orthodoxie prêchée par les institutions de Bretton Woods.
Un pedigree qui permettait d'accréditer la thèse qu'au sortir de la longue bronca postélectorale, le Président réélu avait hâte de rassurer notamment les capitales occidentales. Ce, en privilégiant un casting plus technocratique que politique. Le profil tout aussi technique du numéro 2 du gouvernement achevait de convaincre les analystes et autres observateurs de l'option présidentielle. En effet, si l'économiste Mukoko Samba est estampillé Palu (Parti lumumbiste unifié), il est pourtant sociologiquement et idéologiquement loin d'être représentatif du tréfonds du parti « gizengiste ».
Casting économique

Alors coaching gagnant pour le chef de l'Etat ? Vaste question. Toujours est-il que Matata Ponyo a su imprimer son tempo au gouvernement et à la marche des affaires de l'Etat. Ce premier ministre lève-tôt a réconcilié nombre de gouvernants congolais avec la notion du temps. Faute d'avoir du charisme version politique, ce chef du gouvernement a su s'imposer par la rigueur qu'il respire. C'est sans doute cela la marque Matata.
Très bien coté par les partenaires bi et multilatéraux, Matata Ponyo ne négocie ni ses tournées en Occident, ni ses audiences auprès de hauts dirigeants occidentaux. Cet ancien de la Banque centrale et du Bceco, est un peu comme un enfant maison. Ces entrées dans les capitales occidentales constituent un atout et surtout une espèce de valeur ajoutée pour l'actuel locataire de l'Hôtel du gouvernement.
En plus, les résultats économiques, côté chiffres, ne sont pas le moindre des atouts du Premier ministre. C'est en somme un ensemble de pré requis, d'acquis et de hauts faits qui fondent la marque Matata. Car, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, ce Premier ministre au départ atypique peut se targuer d'avoir consolidé les fondamentaux du cadre macroéconomique.
Même s'il est vrai que ce travail d'assainissement tire sa substance du gouvernement précédent dont… Matata a été ministre des Finances. Même si du Premier ministre de la rigueur voire de l'austérité, il n'est toujours pas devenu le Premier ministre du pouvoir d'achat. Même si chez ce Premier ministre, le côté homme de dossiers économico-financiers l'emporte encore sur le nécessaire versant politique qui sied à un chef de gouvernement en régime semi présidentiel. Et surtout dans un quinquennat hypersensible pour le Président.
En ce 9 mai 2013, lorsque Matata Ponyo est entrain de souffler sa première bougie, il ne boude sans doute pas son plaisir. Lui que d'aucuns ne voyaient que comme un Premier ministre de transition. Cela fait un an que ça dure.