Un « non man’s land », en tout cas c’est cette impression que semble donner la République Démocratique du Congo ou, du moins, sa partie Est. Et la succession des événements sur terrain et des déclarations de certains acteurs majeurs de la scène politique mondiale n’en font l’ombre d’aucun doute. Il va donc de soi que l’orientation de l’opinion publique soit dictée à la fois par la volonté réellement exprimée des uns et des autres d’imposer leur règle de jeu sur cet espace qu’ils tiennent à faire passer pour un bien sans maître. Les Congolais de tous bords ont l’obligation de lire au bout de toute démarche de ce genre, la signature bien défendue de la CIDC (Coalition internationale pour la déstabilisation du Congo).
L’opinion se souvient qu’il y a un temps, le Gouvernement de la RDC avait décrété une campagne pour le départ de la Monusco. Du Premier Ministre au Ministre des affaires étrangères, en passant le porte-parole de l’exécutif national et autres cadres communicateurs, tous ont repris en chœur la position du premier d’entre les Congolais.
Joseph Kabila Kabange, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a été le premier à demander clairement et cela à plusieurs reprises, voir du haut de la tribune de l’ONU, qu’il était temps de réexaminer la situation de sa mission de maintien de la paix. Une position qu’on attribue aux résultats engrangés à la suite de la montée en puissance des Forces armées de la RDC et à la réussite de sa stratégie trilogique : « guerre-politique-diplomatie », dans la lutte contre les forces négatives dans l’Est du pays.
La question a été au centre des discussions houleuses lors de la dernière session extraordinaire du Conseil de sécurité. A terme, Kinshasa n’a pu obtenir que la réduction de 10 % (soit de 2.000 hommes) des effectifs de cette nébuleuse. Une nouvelle que les autorités Congolaises ont accueillie avec beaucoup de consternation, dans l’espoir d’obtenir mieux à la prochaine occasion.
En même temps, cependant, le bonheur des Congolais faisant le malheur des coalisés de la lutte pour la prédation de ses richesses, ces derniers ont plusieurs tours dans leurs manches. Lesquelles, si ces acteurs véreux de la scène internationale se mettaient à les dérouler, feraient très mal. C’est peut-être à cette éventualité qu’on assiste depuis peu dans l’Est du pays.
Pas plus tard que ce jeudi 23 avril vers la tombée de la nuit, une source onusienne a fait état de l’enlèvement de trois agents de la Monusco, dont deux Congolais et un Zimbabwéen, qui étaient allés déminer un site à environ 30 Km de Goma, dans le Nord-Kivu. Ce qui semble surprenant dans cette affaire, c’est que, comme l’a indiqué Rfi, cet enlèvement de personnel onusien est une première dans cette région où les assaillants qui n’avaient pas été identifiés sont toujours en fuite. La veille, le Gouverneur de province confirmait l’incursion d’un contingent, estimé à une centaine des soldats de la Rwanda défense force (RDF), sur le sol congolais, plus précisément dans la localité de Kasizi, en territoire de Nyiragongo, dans la même province.
Julien Paluku Kahongya confirmait ainsi la multiplication des signaux, dont faisaient état les habitants de la zone, de l’insécurité causée par des mouvements de troupes accusés de venir du Rwanda et de se diriger vers le parc de Virunga, à en croire le média public français. Ce n’est pas tout. Dans une interview accordée le même jour à Radio Okapi, il a dit avoir appris depuis près d’une semaine qu’il y avait des réunions secrètes qui étaient en train de se tenir en Ouganda et au Rwanda pour déstabiliser la RDC.
Le Gouverneur du Nord-Kivu a, ensuite, déclaré que l’ex-M23 se serait mué en Mouvement chrétien pour la reconstruction du Congo (MCRC). Ce, avant de s’interroger si la présence de l’armée rwandaise sur le sol congolais ne constituait pas une simple diversion pour permettre à ce mouvement de les infiltrer lorsqu’ils auront toute l’attention focalisée sur cette incursion.
L’inquiétude de Julien Paluku trouve certainement son sens dans l’évolution de la situation sur le terrain. Comme si cela ne suffisait pas, la société civile de Beni a signalé hier vendredi l’incursion, depuis trois jours, des hommes armés habillés en tenue de l’armée ougandaise (UPDF) dans plusieurs villages du secteur de Ruwenzori. Selon cette structure citoyenne citée par la Radio onusienne en RDC, ces hommes armés sont installés dans les villages de Kalehaleha, Kalindera et Mumbiri. Et l’administrateur du territoire de Beni estime parle, toujours selon notre source, d’environ deux cents hommes présents dans la zone.
A l’œil nu…
Vues à l’œil nu, ces cas reflètent, à eux seuls, les ingrédients nécessaires pour conclure à l’insécurité au vrai sens du mot. De quoi susciter de sérieuses inquiétudes pouvant pousser à des positions radicales du genre : « le moment n’est pas encore venu… ». Ajouter à ceci, les angles choisis par les médias internationaux chaque fois qu’il s’agit de traiter des informations relatives à la RDC. Encore que, lorsque les faits s’y prêtent même si les conditions de leurs survenances sont tout aussi sujettes à caution, les maîtres-chantres de la pérennisation de cette nébuleuse de toutes les missions onusiennes de l’histoire ne ratent aucune raison d’en faire l’apologie.
D’où, ce semblant de prudence qu’a exprimé le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, sur les ondes de la Rfi : « Les inquiétudes sont toujours là, mais la présence d’une force armée officielle n’est pas avérée ». Monsieur Hervé Ladsous pense, par ailleurs, qu’il y a eu réellement des mouvements y compris d’ailleurs un mouvement de troupes des Nations unies dans ce secteur dont les forces continuent à enquêter, mais rien n’est démontré.
Ce qui le conduit à affirmer haut et fort que : « Je crois que cela démontre surtout la persistance dans toute cette région de l’est du Congo de menaces sécuritaires qui sont bien réelles. Elles sont le fait de groupes armés congolais mais aussi le fait de groupes armés non congolais. C’est la raison pour laquelle cela a été une priorité pour les Nations unies ces dernières années que d’essayer de prévenir l’expansion des groupes armés, les neutraliser et les désarmer. »
De l’avis de plus d’un analyste, ce propos d’un acteur aussi important que celui-ci n’est rien d’autre qu’une bonne manière de dire au monde que le moment n’est pas encore venu pour moi et les miens (Monusco) de quitter le sol nourricier de la RDC. Ce, pourquoi d’autres comme lui se fourvoient à travers la CIDC à créer des conditions d’une telle précarité au plan sécuritaire dans l’Est du pays que le monde se convient de les laisser faire. Il revient donc au Gouvernement congolais de déployer, plus qu’il ne l’a toujours fait, une intelligence stratégique à même de déjouer certains calculs de l’ennemi qui, lui, n’a jamais lésiné sur les moyens pour arriver à ses fins.
Jean-Luc MUSHIMPAKO