La problématique de la paix et de la sécurité dans l’est de la République Démocratique du Congo se révèle une fois de plus comme une situation délicate qu’il faudrait ne jamais avoir à évoquer sur l’espace public. La coïncidence entre le vœu formulé par les autorités congolaises de voir la Mission de maintien de la paix des Nations-Unies (Monusco) quitter son sol et la multiplication de cas d’incursion des soldats étrangers sur celui-ci en serait la parfaite illustration.
Pas plus loin qu’hier, mercredi 22 avril, Kinshasa a confirmé l'incursion de militaires rwandais en RDC. L’information qui a été relayée ce matin sur les ondes des médias, aussi bien nationaux qu’étrangers. Elle fait état de la présence d’une centaine d’éléments de la RDF (Rwanda defence force) sur la colline Musangoti, à environ 1000 mètres à l’intérieur du territoire congolais, dans les encablures de Chanzu et Runyonyi, dans le parc des Virunga, au Nord-est de la ville Goma. Surpris par une patrouille de reconnaissance de l’armée congolaise accompagnée de gardes du parc, ces militaires rwandais ont répliqué aux tirs de sommation, blessant un élément des FARDC avant de se retirer.
Le Gouverneur du Nord-Kivu a saisi, à ce sujet, le Mécanisme conjoint de vérification qui est déjà à pied d’œuvre pour vérifier les faits et établir les responsabilités et, au besoin, agir dans le sens d’en empêcher la répétition. Et même alors, à en croire le jeuneafrique.com, ces faits interviennent tandis que des habitants font état, depuis plusieurs jours, d’autres incursions plus au sud, vers Goma, au niveau de la colline d’Ehu notamment. Et, en juin dernier, un accrochage avait eu lieu entre les deux armées sur les collines de Kanyesheza.
En venir à bout …
De l’avis de plus d’un observateur, cette nième incursion de l’armée rwandaise sur le sol congolais n’est certainement pas le fait d’un hasard car « le hasard n’existe pas, tout est conjonction des facteurs déterminants », dit-on. Tout porte à croire que ceci serait en rapport avec cette sorte d’arrogance qu’ont affichée les autorités congolaises depuis que les FARDC, avec leur montée en puissance, ont pris l’habitude d’écraser toutes les forces négatives qui tentent le lever la tête dans la région. Il faut compter avec l’ambitieuse décision prise par le Président de la République, Joseph Kabila Kabange, de refuser tout appui des casques bleus de la Monusco dans les opérations contre les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda).
Ce sont, sans doute, ces arguments de taille, parmi tant d’autres, dont s’est targué le Gouvernement de la RDC pour formuler sa demande du retrait pur et simple de cette Mission des Nations-Unies pour la stabilisation au Congo. Une démarche qui a vraiment du mal à rencontrer du répondant dans les milieux de ceux qui se sont arrogé le droit de vivre au dépend de la déliquescence de la situation sécuritaire au pays de Lumumba. Les maîtres du « Congo-Bashing », tant décrié, semblent ne pas être prêts à lâcher chacun le morceau du « Bifteck » qu’ils tiennent de milliers d’affaires juteuses qui s’exercent à partir de l’insécurité dans l’est de l’Est de la RDC et, partant, dans toute la région des Grands-Lacs.
Il découle donc de toute analyse plausible que l’épineuse question posée par les autorités congolaise et les derniers cas d’incursion des militaires rwandais sur le sol congolais ne sont vraiment pas le fait d’une simple coïncidence. Quoi de plus normal que des acteurs qui se sont déjà habitués à vivre d’une situation, comme celle de l’insécurité et de la présence permanentes des effectifs débordants des soldats onusiens déploient toute leur énergie pour tenter de faire pourrir la situation en l’état.
Quitte au Gouvernement congolais, s’il veut réellement que cela arrive à s’arrêter définitivement un jour, de se mettre à la hauteur à la fois des enjeux que cela représente, du jeu qui y est déployé et des acteurs qui s’y adonnent. Ce n’est qu’à cette condition et à celle-ci seulement qu’on pourrait en venir à bout.
Jean-Luc MUSHIMPAKO