Tryphon Kin-Kiey Mulumba : Après des années de conflits armés, la RDC est un État post-conflit mais dont les richesses du sous-sol sont encore très convoitées par l’extérieur. Le risque pour le pays de basculer de nouveau dans une situation d’insécurité doit donc être pris très au sérieux. Quand l’on voit ce qui se passe en Libye ou en Tunisie, nous nous devons de penser d’abord Congo, c’est-à-dire suivre notamment l’exemple de l’Algérie qui a fait le choix de la stabilité. D’autant que chez nous, il n’existe pas d’hommes compétents acceptés par l’ensemble du pays. Et ce n’est pas du jour au lendemain que n’importe qui peut prétendre être en mesure de diriger un pays comme la RDC.
Au Congo, le problème n’est pas d’avoir une compétence, mais celle-ci doit être acceptée par les forces sociales et politiques en présence dans le pays : les 400 tribus, l’armée, la police, etc. D’où la nécessité de rechercher un consensus dans la désignation des dirigeants.
C’est pourquoi nous devons nous mettre autour d’une table. Malheureusement, des opposants qui demandaient le dialogue se rétractent. Ils exigeaient le calendrier global des élections. Mais quand la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) leur donne, ils le rejettent. Il est temps de nous regarder les yeux dans les yeux pour parler de l’avenir : est-ce que des lois en vigueur aujourd’hui sont celles qui nous permettront de reconstruire notre pays ? N’ont-elles pas été inspirées par des modèles qui ne nous correspondent pas ?
Concrètement, je plaide pour l’instauration du scrutin indirect pour l’élection du président de la République. Dans le contexte congolais, ce mode de scrutin aura le mérite de réduire sensiblement la contestation à l’issue de la publication des résultats des élections. Un corps électoral de 500 ou 600 grands électeurs élus au niveau local permettrait au pays de faire d’une part l’économie des moyens et de l’autre celle de la contestation. Ce ne sera pas une exception congolaise puisque sur le continent – Afrique du Sud, Angola – ou dans le monde – États-Unis par exemple -, plusieurs pays élisent déjà leur président de la République de cette manière.Ce n’est plus une question taboue et il faut que ce débat puisse avoir lieu. Tenez, lorsque l’opposition réclame aujourd’hui que les nouveaux mineurs puissent avoir le droit de voter lors des prochaines élections, c’est, de fait, exiger l’organisation d’un recensement. Forcément, cela implique le « glissement » [l’organisation des élections au-delà des délais constitutionnels prévus, ndrl]. Que faire ? Sachant que ces scrutins vont coûter très cher – on prévoit 1,2 milliards de dollars pour les locales, provinciales, législatives et présidentielle de 2015 et 2016 -, je préconise de repenser le système électoral en RDC.
Au contraire. Elle est appelée à être débattue autour d’une table. C’est l’esprit même du consensus que je défends. Nous, les Congolais, nous devons nous asseoir et discuter de ce qui est bon pour notre pays. En sachant que tout se fera avec Kabila parce que c’est lui le président de la République. Tout se fera donc par lui et rien ne sera sans lui ni contre lui. Car aujourd’hui, en RDC, on ne peut pas exclure de la solution celui qui détient le pouvoir. À moins d’envisager un coup d’État.