Il ne fait plus l’ombre d’un moindre doute que ce concept est au cœur de toutes les élucubrations qui animent l’espace public vis-à-vis du processus électoral qui pointe à l’horizon. Jusque-là utilisé au cœur de la stratégie politique de l’opposition, le « glissement » ne savait mieux faire que de réveiller le gourou de la majorité au pouvoir qui dénonçait, sans cesse, le procès d’intention. Comme l’oiseau qui fait peu à peu son nid, l’idée du « glissement » est en train de prendre corps.
On discuterait à s’épuiser en cherchant à savoir qui dit quoi, qui veut quoi, qui est à la base de quoi ? Et pourtant, tout le monde, autant que cela puisse être à la hauteur de son niveau de compréhension, sait que le jeu politique en RDC est aussi subtil que celui de « cache-cache » auquel se livrent les enfants, en pleine lune, dans les villages africains.
Une certaine opinion pouvait bien prétendre qu’en criant au « glissement », les opposants se seraient positionnés en sonneur d’alarme pour dénoncer un manège de la majorité au pouvoir. La quelle majorité serait, à en croire l’opposition, en train de planifier le dépassement des délais constitutionnels, dont l’échéance est fixée au mois de décembre 2016, pour accorder au Président Joseph Kabila un temps supplémentaire à la tête du pays. Et pourtant, à y regarder de plus près, l’opposition n’aurait, pour seul mérite, que d’avoir projeté son regard un peu plus loin que ne pouvait s’y attendre le commun des mortels.
Qui plus est, cette frange de la classe politique aurait, pour ses intérêts inavoués, été la première à lancer un appel à son « cher glissement » tout en prenant le soin de monter une stratégie du type dénonciatrice en amont, espérant y tirer le gros du bénéfice en aval. Si tel n’aurait pas été le cas, personne ou rien ne pourrait expliquer, avec précision, la série de jeux de réclamation-renonciation auxquels les acteurs politiques de l’opposition s’adonnaient depuis belle lurette.
Cette attitude porte à croire que l’opposition congolaise a toujours voulu une chose et son contraire ou n’a jamais su ce qu’elle cherche réellement. Loin de là ! Car, pour ceux qui ne l’ignorent pas, ce camp-là a toujours été truffé de personnalités qui, même si leur loyauté et leur moralité resteraient sujettes à caution, n’ont jamais tari d’imagination ni, moins encore, de ruse.
L’opinion est sans ignorer que, de ce côté-là, la tunique de faiseur d’opinion est fièrement enfilée par des personnalités qui, pas plus tard qu’hier, ne pouvaient pas manquer des mots pour faire des éloges à l’Autorité de la majorité au pouvoir actuellement. Eux, qui lui reconnaissaient tous les attributs de puissance propre à un Chef digne de ce nom, en termes de capacité de faire, de savoir-faire, d’apprendre à faire, de laisser faire, d’ordonner de faire et d’empêcher de faire, n’ont eu besoin que d’un simple clin d’œil pour changer de cap.
Et même alors, tout en faisant preuve de manque criant de courage d’homme à pouvoir lancer des attaques frontales, ils choisissaient plutôt d’aller se réfugier dans des considérations du genre « gouvernement parallèle », « manque de leadership », etc.
Les mêmes et/ou, du moins, leurs compagnons de lutte, lorsqu’il s’est agi de faire montre de grandeur pour offrir à la Nation une « alternance crédible » dont elle avait toujours rêvé, n’ont jamais eu le courage de se départir de leur petit homme ego pour le bien de tous. Or l’opinion, étant restée seule maîtresse à bord capable de juger et de rétribuer chacun selon ses mérites, ne les avait jamais ménagés de sa sanction. Ses verdicts aux élections législative et présidentielle passées en disent long.
Infatigables, ils n’ont pas voulu manquer une seule occasion de trouver le moyen de torpiller le processus électoral en cours, quand bien-même les échecs cuisants, récoltés à chaque initiative dans le passé, n’avaient pas vraiment réussi à leur servir de leçon. Ce qui, aux yeux de l’opinion, est présenté comme étant des revendications pour sortir de la crise pré-électorale qui couverait dans le pays avec le processus électoral en cours.
Du recensement général de la population au respect du délai constitutionnel du 27 novembre 2016 pour les élections présidentielle et législatives, l’opposition n’a laissé aucun prétexte inexploité. En chœur comme en solo, les acteurs politiques avares du pouvoir à tout prix ont commencé, d’abord, par préconiser la révision du fichier électoral avec, à la clé, l’organisation d’une nouvelle opération d’enrôlement afin d’inclure les personnes majeures depuis 2011.
Ensuite, il a été question, pour eux, de sasser le calendrier électoral global pour se rassurer de l’effectivité du déroulement normal du processus électoral. Ce qui était fait avant de les voir se raviser pour, cette fois-ci, proposer, notamment, le report des élections locales, municipales et urbaines après la présidentielle de 2016 et, enfin, préconiser la tenue des élections provinciales et le respect des délais.
C’est dans cette sorte de cacophonie que l’idée du dialogue initiée par le Président Joseph Kabila est venue, à son tour, bouleverser tous les calculs. Les prétendus pourvoyeurs de l’alternance crédible ont presque fait fi de leurs anciennes revendications pour se ruer sur le débat de la participation ou pas au dialogue. Lequel débat n’est venu que diviser les adversaires du régime en place. Visiblement, tout semble se focaliser autour des modalités de l’idée même du dialogue.
Ceux qui, au départ, l’avaient tout simplement rejeté ont trouvé, au fil du temps, des choses à redire en rapport avec leur position. Ce qui réunit, autant qu’il divise, les uns et les autres dans la bergerie. Alors que certains avancent sans hésitation, d’autres tentent de se rétracter sur base du refus de tout partage du pouvoir au finish. Les mêmes pensent aussi que la garantie à cela serait la présence d’un médiateur étranger qui viendrait empêcher que la majorité ne se serve de ce dialogue pour retarder les élections et obtenir le prétendu « glissement » qui maintiendrait Joseph Kabila au pouvoir au-delà du délai constitutionnel.
Autant de spéculations qui, justifiées ou pas selon le bord où l’on se trouve, contribuent, d’une manière ou d’une autre, à faire appel au « glissement » en question plus qu’on ne pense pouvoir l’éviter. On dirait que les fervents défenseurs des échéances légalement établies sont, eux-mêmes, les grands calculateurs qui seraient en train d’appeler, de tous leurs vœux, ce « glissement » qu’ils ne semblent combattre que pour, au fond, en tirer le meilleur profit. Surtout parce que la Cour constitutionnelle, elle aussi, est venue leur ajouter de l’eau au moulin.
En effet, dans un arrêt rendu public lors d’une audience tenue mardi 8 septembre dernier, la Cour a ordonné que la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) organise, en priorité, les élections des gouverneurs des provinces nouvellement créées avant les provinciales. La centrale électorale doit également, selon la décision de la Cour, revoir son calendrier en y intégrant cette nouvelle donne. Cette décision qui aurait comme conséquence logique de repousser les échéances, réconforte davantage, dans leur position, les tenants du « glissement » ; quand bien-même l’opinion reste divisée sur le sujet.
Finalement, le « glissement », puisque ce n’est que sur ça que les vues semblent ne pas bien s’éclaircir, devait être considéré comme un impératif politique au regard de la situation actuelle du pays. Peut-être qu’il parait beaucoup plus dérangeant que lorsqu’il ne semble de mise que pour le seul siège du Chef de l’Etat sur lorsque celui-ci s’appelle Joseph Kabila Kabange.
Mais qu’en dirait-on lorsque d’autres institutions à mandats électifs telles que le Sénat et les assemblées provinciaux s’y étaient déjà installées depuis presqu’un bon quinquennat ? Encore que personne ne se préoccupe vraiment de ce à quoi ça devrait ressembler quand ça sera le tour des honorables Députés d’emboiter le pas. A ceci, on peut ajouter d’autres violations flagrantes de la Constitution dans lesquelles a persisté à se complaire la classe politique congolaise depuis l’entrée dans cette troisième République. Certainement que les heures qui vont suivre, même si les tendances se sont déjà dessinées, devront faire tomber les masques de ceux qui affectent encore l’hypocrisie face à la question ou qui s’en servent pour monter les enchères.
C’est ici qu’il convient de prendre suffisamment du recul pour comprendre que la nécessité pour la République d’assurer son décollage sur de bonnes bases doit prévaloir sur toute autre considération. Et pourtant, autant que certains plaident pour le sursis ou le décalage de l’application de l’un ou l’autre prescrit de la Constitution, d’autres ne jurent que par la strict observance de la Loi fondamentale. Mais, au-delà des visées des uns et des autres, il va de soi que le réalisme politique soit de mise.