Overblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Frondes, exclusions, désaveux, révocations, démissions… RDC : ET SI TOUT ÇA N’ETAIT QU’UN LEURRE ?

LES MEMBRES DU G7 AUTOUR DE MOÏSE KATUMBI
LES MEMBRES DU G7 AUTOUR DE MOÏSE KATUMBI

L’espace public de la République Démocratique du Congo a réussi à offrir à l’opinion des événements politiques aussi riches que diversifiés, à l’instar de la nature de ce territoire aux dimensions continentales. Ce qui montre clairement que l’on tend petit à petit vers l’aboutissement d’un schéma prédéfini. Et ceux des analystes dont le flair aiguisé a détecté une certaine éventualité d’un leurre autour de l’agitation politique qui sévit sur la scène politique en RDC, en cette période, ne se sont pas du tout trompés. Et les faits sont loin de prouver le contraire.

Même si beaucoup n’en parlent presque plus à ce jour, tout a commencé avec l’arrêt rendu par la Cour Constitutionnelle le 8 septembre dernier. Arrêt qui faisait suite à la requête introduite par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) sur son impossibilité à organiser l’élection des Gouverneurs de nouvelles provinces. Pensant bien faire, en évitant d’énerver les dispositions constitutionnelles relatives à la mise en place des exécutifs provinciaux, la Cour a enjoint au Gouvernement de donner à la centrale électorale les moyens d’organiser les élections et d’assurer son existence fonctionnelle.

Tout en réitérant le caractère irréversible de l’élection comme seule mode de désignation des Gouverneurs et Vice-Gouverneurs des Provinces, elle a, par ailleurs, demandé au pouvoir exécutif de prendre, sans tarder, des mesures exceptionnelles transitoires afin d’assurer la régularité ainsi que la continuité des services publics dans les provinces concernées. Ce qu’une certaine opinion a interprété comme un appel de la Cour à la nomination des Gouverneurs par le Gouvernement.

La richesse en rebondissement des situations sur la scène politique congolaise s’est ensuite caractérisée par la fronde d’un groupe de sept des partis de la Majorité présidentielle (MP). Ce qui a conduit à leur exclusion ou auto-exclusion, c’est selon, de la famille politique. Des déclarations de soutien et/ou de désaveux vont s’en suivre de la part des castes – pour ou contre l’initiative – de leurs différents partis. Sans oublier la série de révocations et/ou démissions des personnalités déléguées par les membres du groupe de sept (G7) au sein des institutions de l’Etat.

La boucle de tout ceci a été très révélatrice avec la démission de son parti, le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), et, par conséquent, de son poste de gouverneur du désormais très controversé ex-chef de l’exécutif de la riche province du Katanga. Autant d’événements qui ont animé la scène politique nationale en l’espace de moins d’un mois. Et, peut-être, continueront-ils de l’animer d’avantage d’ici la fin de la mandature en cours.

Chacune de ces situations aura été suivie d’une série d’actions et des coups de gueule de la part de toutes les franges de la vie sociopolitique nationale ou internationale. Acteurs de la société civile et politiques de la majorité ou de l’opposition, sans oublier des personnalités de notoriété publique locales ou étrangères, se sont exprimés là-dessus en particulier ou au nom des institutions dont ils sont porteurs des labels. Condamnations et encouragements des faits et gestes posés par les uns et les autres ont rivalisé d’espaces à travers les médias.

« Et si tout ça n’était qu’un leurre ? »

Il sera difficile de dire avec exactitude de quel côté aurait penché l’aiguille de la balance, tant que le coup de sifflet final n’aura pas retenti. En attendant, les points de vue des uns et des autres vont continuer à s’affronter, par médias interposés. Question d’occuper les indolents compagnons des événements politiques qui, à défaut de les influencer, seront obligés de les subir jusqu’à leur aboutissement.

Au même moment, les parties concernées, celles composées de personnes qui, non seulement ont à la fois la maîtrise des enjeux de l’heure, mais aussi et surtout, celles des acteurs en présence et du jeu en cours, s’en moquent. Le temps pour eux de bouger les pions et de redistribuer les cartes pour faire en sorte qu’ils soient désignés vainqueurs au finish.

Face à une telle configuration de la situation, les parties tierces concernées se refusent toute conclusion hâtive, de peur de tomber dans le panneau. Se tenant face aux faits, tels que construits dans le temps et dans l’espace, il n’y a qu’une question qui peut hanter les esprits avertis, à savoir : « Et si tout ça n’était qu’un leurre ? ». Question à laquelle personne ne s’hasarderait à apporter une réponse à la foulée. Toutefois, seule une manipulation minutieusement appliquée, par les mains expertes, à la fois à la succession des faits et à la lecture des événements sur et/ou entre les lignes, pourrait conduire à une conclusion plus ou moins plausible.

A y regarder de très près, les révolutions, les frondes, les débauchages, les désaveux, les claquements des portes, les exclusions, etc., il y en a eu dans les vies politiques d’ici et/ou d’ailleurs. Mais ce qui est en train de survenir cette fois-ci sur l’espace publique de la RDC appelle à cette pensée intrigante qui stipule que « le hasard n’existe pas, tout est conjonction des facteurs déterminants ». Le hasard, s’en aurait, peut-être, été un si le contexte politique ne s’y était pas aussi prêté que ça.

C’est ainsi que l’analyse voudrait que soient pris en compte les éléments de la fixation du sujet d’actualité, que sont les élections, ainsi que ceux de la période de fin de la mandature qui aboutirait à la disposition psychologique de tout un peuple de voir se réaliser, pour la première fois dans son pays, ce qu’un haut cadre de la mouvance présidentielle avait annoncé autrefois : « une passation civilisée du pouvoir entre un président sortant et un président démocratiquement élu ».

C’est certainement ce contexte qui aurait favorisé la construction du jeu politique auquel l’opinion assiste depuis une certaine période en RDC. Lequel est qualifié, par les observateurs avertis, d’une simple mascarade, minutieusement planifiée et subtilement en cours d’exécution.

Pour son efficacité, a-t-on appris, ce jeu politique n’impliquerait qu’une poignée d’acteurs qui siègent dans la prunelle de l’œil du pouvoir actuel de Kinshasa. Il y serait également associé quelques vieux membres du congrès américains qui, par leur notoriété, ont pignon sur la politique étrangère des USA, ainsi que certains membres du lobby Juif américains et israéliens intéressé par les potentialités de la RDC.

A en croire les analyses qui se nourrissent à ce râtelier, la manœuvre aurait pour but de favoriser une conjugaison d’efforts en vue d’aboutir, au finish, à une passation du pouvoir entre le Président Joseph Kabila Kabange et le désormais ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe. Une réalité que d’aucuns tentent de percevoir à l’issue d’un processus électoral chaudement disputé entre deux frères-ennemis. Elle ne serait, en effet, que l’aboutissement d’une entente entre deux katangais déterminés à conserver, eux aussi, le pouvoir de leur côté le plus longtemps que cela pourrait être possible.

L’exemple malheureux du Marechal Mobutu qui, au bout de 32 ans de pouvoir, n’a laissé à son Equateur natal que des ruines de ses somptueux palais aux côtés des huttes à travers des forêts arpentées par des sentiers doit leur avoir servi de source d’inspiration. Raison pour laquelle Kabila et Katumbi, ayant compris l’enjeu, auraient opté pour une alliance tacite au nom de « l’intérêt de tous ». Sinon, il ne leur aurait pas été aussi aisé que ça d’obtenir, de ces caciques truffés des diplômes et d’expérience politique de la MP, la désignation en douce d’un simple mécène de Moïse Katumbi comme dauphin de Joseph Kabila.

Au nom d’une certaine logique, il irait de soi que le débat soit rude au sein de la famille politique du Chef de l’Etat autour de la désignation d’un dauphin. Avec le respect de l’expression libre qui lui était reconnu jusque-là, Joseph Kabila ne se serait, peut-être, pas hasardé à désigner, sans tenir compte des avis des uns et des autres ainsi que des analyses des experts à ses services, son katangais de frère pour lui succéder.

Le simple fait que Moïse ait été originaire de la même province que le président sortant l’aurait disqualifié, quand bien même d’autres facteurs comme sa capacité managériale, son introduction dans les milieux des décideurs internationaux, sa fortune et sa popularité pouvaient jouer en sa faveur.

Devant une telle difficulté, un plan « B » s’imposait. Celui de mettre en place une situation de fait, qui imposerait l’homme sans pour autant que personne n’ait à se déplumer. Et alors que les autres, au sein de la Majorité, continuent encore d’attendre que le Chef se prononce sur la fin de son second mandat et que soient organisées des assises pour discuter de la question de son remplaçant, le Président du Tout Puissant Mazembe a déjà réussi à prendre de l’avance.

Les faits sont loin de prouver le contraire

Selon la compréhension des analyses qu’offrent certains faits, les choses auraient été bien calculées en sorte qu’il n’y ait aucun soupçon. D’abord, l’homme quitte le pays pour une longue durée, prétextant de sérieux soucis de santé dus à un prétendu empoisonnement. Lequel n’a pas laissé le temps au temps pour être mis sur le dos de Kinshasa qui en voudrait à Moïse Katumbi pour des raisons jusque-là inconnues. Question de se victimiser l’homme et lui attirer le maximum de sympathie de part de l’opinion congolaise accroc au sport et convaincue par le coup d’éclat des œuvres philanthropiques de celui-ci.

C’est donc à son retour, événement qui va faire office d’un véritable test de popularité dans la capitale cuprifère, que la phase d’exécution proprement dite du plan va entrer en œuvre. Devant une foule nombreuse, venue l’accueillir sur la Place Moïse Tshombe, en plein centre-ville de Lubumbashi, il jette le pavé dans la marre avec cette anecdote, devenue populaire, de deux faux penaltys. Occasion par laquelle ce président de l’interfédéral du PPRD Katanga annonce ses couleurs vis-à-vis de sa famille politique.

Et ce jour-là, une certaine complicité va se révéler entre celui-ci et un autre poids lourd de la MP et de la scène politique katangaise. Gabriel Kyungu wa Kumwaza, Président de l’Unafec (Union nationale des fédéralistes du Congo), qui introduisait Monsieur le Gouverneur va lâcher : « depuis que je suis en politique, je n’ai jamais vu un homme politique mobiliser une telle foule dans cette province ».

C’est donc, avec celui qui était, jusqu’avant la décentralisation territoriale, Président de l’Assemblée provinciale du Katanga que Moïse va construire la dernière phase de la mise en œuvre de la stratégie de son imposition, comme remplaçant de Joseph Kabila. Mais le cercle ne va pas tarder à s’élargir à six autres partis de la MP. Le Mouvement social pour le renouveau (MSR), sous l'autorité de Pierre Lumbi ; l’ARC (l'Alliance pour le renouveau du Congo) d'Olivier Kamitatu Etsu ; l'Avenir du Congo (Aco) de Dany Banza Maloba ; le PDC (Parti démocrate-chrétien) de José Endundo Bononge ; l'Union nationale des démocrates fédéralistes (Unadef) de Charles Mwando Nsimba et l’ADP (Alliance des démocrates pour le progrès) de Christophe Lutundula Apala Pene Apala vont se joindre à la manœuvre pour faire aboutir le projet.

Sous le label du groupe de sept (G7) – partis de la Majorité au pouvoir que –, va se construire cette sorte d’idée avant-gardiste. Ce groupe va échapper, à dessein, à la discipline légendaire reconnue à la famille politique du Chef de l’Etat depuis sa création pour s’adonner à des remontrances, critiquant ouvertement les positions prises par celle-ci. Et la troisième et dernière fois sera celle où les propos ne vont pas du tout enchanter le reste du groupe. La MP va décider d’en finir avec eux, alors qu’eux-mêmes avaient déjà réussi à préparer leur départ en se faisant passer pour des victimes de leurs propres turpitudes.

Et à l’instant, selon les informations qui circulent, les experts de ce groupe sont sur le point de sortir de leur laboratoire avec un acte constitutif d’un mouvement du centre. Lequel mouvement rassemblerait toutes les forces vives de la République et qui, au bout du compte, porterait la candidature de Moïse Katumbi Chapwe à la présidence de la République en 2016. L’opinion n’a aucun mal à réaliser que le chemin du groupe de sept partis frondeurs de la MP et celui du désormais enfant prodigue du parti présidentiel se rencontrent quelque part.

Depuis l’annonce de sa démission du PPRD et de ses fonctions de Gouverneur, ce dernier ne cesse de reprendre les mêmes revendications que le G7. En plus, il a récemment annoncé, dans une interview accordée aux confrères de la RFI, qu’il ne créerait pas un parti politique. Mais, en lieu et place, il préférait lancer un appel à toutes les forces vives de la RDC pour lutter ensemble pour la sauvegarde et le renforcement de la jeune démocratie qui s’installe au pays.

« Et je serai avec tout le monde, que ce soit la majorité présidentielle, l’opposition, le G7 et la société civile. Je serai à leur côté pour que nous puissions reprendre la liberté d’expression, les droits de l’homme, et renforcer cette jeune démocratie. Je fais un appel à toutes les forces vives », a-t-il indiqué.

Ce qui montre clairement que l’on tend petit à petit vers l’aboutissement du schéma prédéfini. Ceux des analystes dont le flair aiguisé a détecté une certaine éventualité d’un leurre autour de l’agitation politique qui sévit sur la scène politique en RDC, en cette période, ne se seraient pas du tout trompés. Et les faits sont loin de prouver le contraire.

Jean Luc MUSHIMPAKO

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article