Les ressortissants de la République Démocratique du Congo sont nombreux à avoir choisi les autres pays du monde pour y séjourner. Certains pour raisons d’études, d’autres pour les affaires, sans oublier ceux qui s’y adonnent aux activités clandestines ou aux métiers auxquels ils n’auraient point osé vaquer au cas où ils seraient restés au pays.
Une autre spécialité des compatriotes de Patrice Emery Lumumba et M’zee Laurent-Désiré Kabila qui quittent délibérément leurs terres, c’est l’asile politique. Seul statut sous lequel ils peuvent vivre en profitant de la loi du moindre effort : sans se préoccuper ni de leur alimentation, ni de leur logement. On parlerait d’un eldorado pour les citoyens congolais.
Eldorado ! C’en est certainement un lors qu’on y parvient. Quand les demandeurs arrivent à obtenir le statut d’exilé politique. Statut qui, pour la plus part de ressortissants congolais, comme des Africains qui désirent vivre en Occident, n’a souvent aucun lien avec leur engagement politique ni, moins encore, leur idéologie.
Mais entre le moment où il faut être reconnu comme tel et celui où le requérant arrive dans le pays d’accueil, c’est souvent tout un parcours de combattant à effectuer. Certains vont jusqu’à emprunter des voies très peu recommandables pour, tout simplement, arriver à quitter leurs nations et se retrouver dans des pays d’outre mer. Du coup, ils s’y retrouvent en situation irrégulière et sont obligés de vivre dans la clandestinité. Sinon, dans le pire.
A la recherche d’un eldorado
C’est dans les entre-faits qu’on en arrive à des situations telles que celle à laquelle on vient d’assister le week-end dernier à partir de Bruxelles. En effet, trente-quatre ressortissants Congolais en séjour irrégulier sur le territoire européen en ont été expulsés dimanche dernier en début de soirée. Ces personnes venaient d’épuiser toutes les étapes de la procédure légale ainsi que les recours possibles pour régularisation de leur situation, a indiqué l'Office des étrangers à l'agence Belga.
Un appareil civil de type Beech 1900 a été affrété par l'agence européenne chargée de la surveillance des frontières, Frontex, pour l’opération de rapatriement forcé. Il a décollé de l'aéroport militaire de Melsbroek peu après 18h30 (TU). Outre les membres d’équipage, deux policiers et un psychiatre belges, l’appareil avait, à son bord, « vingt personnes séjournant illégalement en Belgique et des demandeurs d'asile déboutés, ainsi que dix personnes en provenance d'Irlande, trois de France et une d'Allemagne », a précisé Dominique Ernould, la porte-parole de l'Office. Arrivés à Kinshasa, ces hors-la-loi ont été pris en charge par les autorités congolaises.
Réagissant sur la Rtbf-radio les défenseurs des sans-papiers, ont dénoncé cette expulsion. Ils ont ensuite souligné qu’une femme enceinte et plusieurs « opposants politiques » au régime congolais étaient également rapatriés au pays. Certains militants des droits de l’homme aussi ont exprimé leur crainte sur le sort de ces citoyens. Une crainte que le porte-parole du Gouvernement de la Rdc a préférée banaliser.
« Nous ne connaissons pas d’abord tous ces gens-là, ni ce qu’ils font exactement pour être pris au sérieux comme des opposants. Ils n’ont pas de raison de craindre pour leur sécurité parce que nous ne voyons personne parmi eux qui soit plus opposant que Monsieur Tshisekedi, Martin Fayulu ou d’autres membres de l’opposition politique qui mènent leur lutte en formulant des critiques les plus acerbes et qui continuent de rester au pays sans être inquiétés », a-t-il indiqué.
Face à cette situation, qui n’est pas une première d’ailleurs, les réactions fusent de partout. Certains condamnent ou apportent leur soutien à de telles opérations. « Parce que, disent-ils, elles contribuent à décourager des aventuriers qui traversent clandestinement des continents entiers à la recherche d’un prétendu el dorado qui serait enfuit sous d’autres cieux ». Les Congolais les plus attentifs eux, ne cachent pas leur surprise. Celle-ci tient au fait qu’il n’est pas facile de trouver, sur la liste de ces compatriotes qui reviennent au pays, un seul nom qui aurait pu être identifié comme celui d’un opposant au régime en place ou d’un véritable défenseur des droits de l’homme.
Ils observent, par contre, qu’il y en a qui circulent dans les rues de la capitale, comme partout au pays, et qui mènent leurs activités sans être inquiétés. Plus encore, des opposants les plus farouches au pouvoir de Kinshasa défilent au fil des jours sur les médias locaux avec des critiques les plus acerbes sur la gestion de la chose publique sans aucune répression. « D’où viendrait alors que des « illustres » inconnus soient présentés comme étant des opposants au régime en exprimant une certaine crainte pour leur vie ? », s’interrogent des observateurs avertis. Cette préoccupation trouve sa réponse à travers le comportement on ne peut plus irresponsable des cadres de certains partis politiques de l’opposition exerçant en Rdc.
Udps : un réseau de fabricants des candidats à l’asile politique
C’est du coté de la plus radicale d’entre les formations politiques de l’opposition congolaise que s’est installé, depuis un certain nombre d’années, un réseau de fabrication des « opposants » congolais, candidats à l’asile politique principalement en Europe.
Selon nos sources, le deal serait plus rentable que d’autres affaires légales qui exigeraient d’énormes investissements. Il suffit d’être désigné chef de section ou placé à tout autre poste de responsabilité au sein du parti cher au Patriarche Etienne Tshisekedi wa Mulumba pour voir des dossiers tomber en quantité sur sa table. Lesquels dossiers concernent les Congolais, voir d’autres africains qui se trouvent déjà sur le sol européen par n’importe quelle magie.
Pour y rester, la voie la plus aisée reste la demande de l’asile politique. Et les éléments de preuve, on ne les trouve assez facilement qu’entre les mains des « serviteurs fidèles » de l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps). Il suffit d’être branché sur Kinshasa pour entrer en possession des documents et autres insignes du parti qui font du demandeur un opposant politique congolais, quelque soit sa nationalité, sa race, ses origines etc.
Moyennant entre 1300 à 650 Usd (soit 1000 à 500 Euro), selon les cas et les opportunités, on sait se trouver une fiche d’adhésion et une carte de membre de l’Udps dument signées et cachetées, append-t-on de sources sûres au sein du parti. En plus, on a droit à un pin’s, à un insigne, à un t-shirt, à une casquette et à un drapeau aux emblèmes du parti cher au leader maximo.
Les détenteurs de ces documents n’éprouvent pas beaucoup de difficultés à se faire octroyer des permis de séjour en tant qu’exilés politiques dans la plupart de pays européens. Et la parade est bien trouvée : « Si tu as nos signes distinctifs de l’Udps ainsi que notre carte de membre et notre fiche d’adhésion, tu n’a qu’à leur raconter l’histoire que nous-mêmes nous allons ficeler pour toi et ça va passer », a confié un des chefs de section de l’Udps rencontré à la Changu, dans l’est de la capitale Kinshasa.
« Surtout, il ne faut même pas avoir d’inquiétudes sur la suite par ce que notre réseau est très bien coordonné, c’est pourquoi nous avons besoin de beaucoup d’agents pour faire bouffer tout le monde. Et là, si les gens de l’ambassade viennent au parti pour vérifier l’authenticité, ils vont certainement tomber sur un des nos membres qui est branché et ça sera fini », a-t-il enchaîné. Tout en expliquant que la majorité de Congolais qui ont des séjours d’exilés ont procédé de la même manière, la source a reconnu qu’il suffit d’une petite distraction pour se faire prendre et tout rater.
C’est peut-être dans ce piège que l’ancien secrétaire général de l’Udps s’était fait prendre, lui qui n’avait pas beaucoup de maîtrise de rouages du parti. Par inexpérience ou simple ignorance, un des plus jeunes des porte-étendards de ce parti depuis sa création se serait fait victime des actes posés par de vieux loups. La trentaine de ressortissants congolais en situation irrégulière dans quatre pays européens s’est fait aussi prendre. Par inadvertance ou pour n’être pas tombé sur la bonne personne, on risque gros. Et tous les cris au non respect des droits humains et libertés fondamentales ne seront que subterfuges pour ne pas éveiller le moindre soupçon sur les demandeurs d’asile.