Opposition Congolaise
LES PLATEFORMES POLITIQUES A l’HEURE DES CANDIDATURES UNIQUES
Le processus électoral est en passe d’aborder ses derniers virages en République Démocratique du Congo. L’une d’entre leurs étapes demeure la mobilisation des moyens tant matériels, financiers qu’humains. Partis et regroupements politiques, personnalités indépendantes, voir les structures publiques et institutions d’appui à la démocratie intervenant dans la chaîne sont de cet avis. Nul ne s’avoue, pour tant pas, incapable d’affronter l’échéance couplée (présidentielle et législatives nationales) du 28 novembre prochain faute de cet impératif. La plus grande inconnue serait, de l’avis des observateurs avertis, le choix de la personne capable de porter la vision. Un joker qui, face aux candidats présentés par le camp adverse, devra mériter la confiance des citoyens.
Les états major des partis et regroupements politiques s’y activent depuis un certain temps. Le dernier en date est la Majorité présidentielle (Mp), plateforme regroupant près de 173 partis politiques de la mouvance politique au pouvoir actuel. Elle a désigné et investi Joseph Kabila Kabange, comme son candidat unique pour la présidentielle prévue fin novembre 2011 en RDC. Ce choix est, selon Aubin Minaku, secrétaire général de cette famille politique, motivé par le profil auquel répond l’actuel chef de l’Etat congolais. « Exceptionnel, ce profil l’est tant sur le plan moral, humain, professionnel, politique que physique de l’autorité morale de la Mp », soutient-il. Avant d’insister sur la nécessité que celle-ci représente pour le bien-être intégral du peuple congolais, la consolidation de la paix, la réconciliation nationale, la stabilité et l’unité de la République Démocratique du Congo.
Un message qui serait lacé à tous les autres partenaires de la famille politique de Joseph Kabila. Une façon simple d’inviter le Parti lumumbiste unifié (Palu), par exemple, de clarifier sa position vis-à-vis de la candidature à la présidence de la République. L’opinion se souviendra que, lors d’une matinée politique, le Secrétaire général de ce parti n’y était pas allé par quatre chemins. Sous un ton clair, le Patriarche Antoine Gizenga avait tracé le portrait robot de celui qui serait candidat de son parti, sans en être membre, à la présidence de la Rdc. Ce nationaliste, progressiste de gauche qu’aurait souhaité soutenir le Palu serait, selon les insinuations d’Aubin Minaku, joseph Kabila Kabange. Reste au parti qui, depuis près de cinq ans gère les affaires publiques avec Joseph Kabila de clarifier sa position.
Les opposants politiques au régime de Kinshasa, quant à eux, ont jusque là du mal à se trouver un oiseau rare qui soit capable de faire face au candidat de la majorité. Parmi eux, le consensus est loin, certains diraient même impossible, de se dégager autour d’une candidature unique. Chacun, comme tous les prétendants au fauteuil présidentiel en Rdc, estime qu’il vaut autant que les autres pour porter l’étendard de la vision alternative à la mouvance en place. Les structures qui portent en triomphe les leaders politiques et leurs partis sont, peut-être, les tombes dans lesquelles ils s’enferment pour s’éloigner des multiples réalités qui régentent la vie politique en Rdc. Cette mosaïque dont la diversité culturelle et identitaire est sans pareille.
Le nœud de divergences
C’est le cas du geste posé par la Dynamique Tshisekedi président (Dtp). Cette plate forme entend porter le président national de l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) à la tête de la Rdc avec ou sans les autres forces politiques du pays. Forte de près de 80 partis et personnalités politiques qui la composent et encouragée par des foules collectives drainées lors du récent retour au pays de son candidat de prédilection, la Dtp est passée à la vitesse supérieure. Elle se réunit et proclame Etienne Tshisekedi wa Mulumba candidat unique de l’opposition. Quid aux autres partis et personnalités de l’opposition de choisir : cautionner ce choix, se rallier à la vision et de se ranger derrière le sphinx de Limete ou refuser et rester chacun dans son coin.
De l’avis des observateurs de la scène politique congolaise, le vieux Tshikas serait pris en otage par une petite caste d’aigris. Ces gens sans popularité ni assise politique qui se rangent derrière l’honorable Lisanga Bonganga semblent ne pas voir devant eux la mesure des enjeux électoraux. Tout ce qui les intéresse, c’est la place qu’ils pensent se tailler au soleil. Question de réclamer, dans un avenir proche, le statut de combattants de la première heure. Quand bien-même, le poids politique de la plupart d’entre eux ne rassure personne. Peut-être que les foules collectives associées aux curieux que leur candidat avait drainées lors de son récent retour au pays serait l’unique indicateur de leur rêve de succès. Sans compter avec l’absence, parmi eux, des poids lourds représentant chacun des grands espaces culturels autres que celui d’acquis à Etienne Tshisekedi.
En répondre à ce que d’aucun qualifierait d’imposture politique, plusieurs plates-formes politiques ont vu le jour au sein de l’opposition politique congolaise. Le Mouvement de libération du Congo (Mlc) de Jean-Pierre Bemba, l’Union pour la nation congolaise (Unc) de Vital Kamereh, l’Union des forces pour le changement (Ufc) de Léon Lubicz Kengo wa Dondo, l’Union pour la construction du Congo (Urec) et autres partis et personnalités politiques ont, à cette effet, crée une troisième voix. Le Cadre de concertation de l’opposition (Cco) réunie, en son sein, certaines de locomotives de presque toutes les communautés culturelles de la Rdc. Chacun, en ce qui le concerne, ambitionne créer une surprise vis-à-vis de la machine électorale que devra dérouler la majorité au pouvoir. Même si, de toute évidence, toutes les personnalités qui constituent cette plate forme ne sont que, dans la plupart de cas, de pièces de rechange ou équivalentes à d’autres qui roulent pour le Président joseph Kabila. Ainsi, comptent-elles, au cas où Joseph Kabila l’emporterait à la magistrature suprême, imposer une cohabitation avec leur trop plein d’élus au parlement. Ce qui expliquerait la non-précipitation au choix du candidat présidentiable. Calcul qui semble s’avérer plausible, au regard de la carte telle qu’elle se dessine actuellement sur l’espace politique congolais.
La mobilisation autours du sénateur Florentin Mokonda Bonza qui préside l’initiative pour un Congo Nouveau (Icn) et de l’honorable François Mwamba Tshishimbi au sein de l’Alliance pour le développement et la République (Adr) est également non négligeable. Ces deux plateformes regorgent, en leurs seins, des acteurs politiques de taille. Leurs assises politiques et carnets d’adresses à l’échelle internationale portent à croire qu’ils peuvent faire mouche lors des échéances prochaines. Reste à savoir si, au bout du compte, ils devront se positionner par rapport à la présidentielle en désignant leurs propres candidats ou en se ralliant aux autres. Seulement, en ayant à l’esprit, l’idée qu’il ne sera pas facile pour quiconque de faire face au Président Kabila, si les divergences continuaient à faire parler d’elles parmi les opposant congolais.
Jean-Luc MUSHI-MPAKU
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