Par jlmushimpaku
A Kinshasa, la situation semble assez bouillante depuis le weekend dernier. Les membres hardis de la plateforme de l’opposition dénommée « Sauvons le Congo » avaient tenté d’organiser un meeting public place Triomphale, en face du mythique stade des Martyres. La Police nationale congolaise (P.N.C.) a réussi à les disperser à la suite d’une sorte d’altercation qui a abouti à quelques arrestations et blessures d’origines diverses.
Un des organisateurs, Martin Fayulu, a affirmé dans les médias que la force publique a été utilisée pour dissuader plus de 50 mille personnes qui étaient attendues pour dire non à toute tentative de prolongation du mandat du Président Joseph Kabila et pour empêcher ce dernier de procéder à la modification de la Constitution en vue de briguer un 3ème mandat. Réagissant à cette version des faits, le Ministre de la Communication a, pour sa part, estimé que la Police n’a eu qu’à faire son travail. Lequel a consisté à établir de l’ordre dans l’utilisation, par les citoyens congolais, de la voie publique, car, selon lui, les organisateurs n’ont pas respecté le règlement en matière d’organisation des manifestations publiques.
Ce lundi matin encore, une autre frange de l’opposition, celle composée essentiellement des groupes parlementaires de l’opposition représentée au sein de l’Assemblée nationale, était déterminée, non seulement à boycotter les travaux en plénière sur la révision de la loi électorale, mais, aussi et surtout, à mêler la population kinoise à leur lutte pour empêcher carrément la tenue desdits travaux. Ce qui a obligé les services de l’ordre à se déployer pour contrer toute tentative de perturbation du fonctionnement normal du Parlement. C’est ainsi que, le matin, la circulation était quasiment fermée sur toutes les artères bordant le Palais du peuple, siège du Parlement, et les passages étaient minutieusement filtrés pour parer à toute éventualité.
Traditionnelle attitude offensive…
Le débat politique devient de plus en plus mouvementé en République Démocratique du Congo. La Majorité au pouvoir et l’opposition se tirent, à boulets rouges, chaque fois que l’une ou l’autre partie se trouve dans la ligne de mire de l’adversaire. Ce qui semble être une situation universellement reconnue dans l’exercice démocratique. Mais quand on l’observe, du point de vue de l’activité politique telle qu’elle sévit dans la capitale ces derniers jours, il y a lieu de s’interroger sur les vraies motivations des uns et des autres.
Il y a, d’une part, la traditionnelle attitude pédagogique dans laquelle se trouve les cadres et membres de la Majorité présidentielle (M.P.), qui s’obstinent à communiquer au maximum afin de démontrer à la face du monde que le Peuple a eu raison de faire confiance à leur famille politique. Une démarche foncièrement soutenue par Lambert Mende Omalanga, Ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, qui s’évertue sans cesse à défendre, à cor et à cris, les faits et gestes du Gouvernement.
Mende a réussi à inverser la tendance globale dans l’opinion nationale et internationale sur le bien fondé de chacune des démarches entreprises par l’administration Kabila. Ce qui, à un certain moment, a presque vidé le souffle de l’opposition qui s’est mise à faire de la boxe imaginaire, battant l'air sans détermination à pouvoir atteindre l’objectif.
Grands moyens, grand réveil…
Il s’observe, d’autre part, une sorte de grand réveil dans les rangs de l’opposition politique, qu’elle soit parlementaire ou non. Du coup, depuis le dernier mois de l’année qui venait de s’écouler, un phénomène nouveau vient de voir le jour sous les cieux politiques en RDC.Tous, alors tous les « opposants » qui, jusque-là, n’avaient que leurs yeux pour pleurer, observant indolents et nonchalants le jeu tel qu’il se menait sur la scène nationale, ont subitement repris du poil de la bête.
Sorties médiatiques, prises de position à travers des points de presse, organisations des manifestations publiques et voyages à l’intérieur et/ou à l’extérieur du pays au nom de l’on ne sait quel activisme, caractérisent leurs démarches. Des géants aux moindres parmi eux, voire aux invertébrés, tous les animaux semblent s’être octroyé le culot de se prévaloir d’un certain poids politique au point de proférer de sérieuses menaces à l’endroit du régime en place avec, à la clef, la bravade de mobiliser la population pour un changement à la Burkina-Faso ou au printemps arabe en RDC.
Devant une telle effervescence des acteurs qui, naguère, n’étaient plus que les ombres d’eux-mêmes, toute analyse objective de la vie politique exige qu’on cherche à comprendre la vraie motivation d’un activisme aussi soudain. Mieux encore, la question qu’il conviendrait de se poser serait celle de savoir : « qu’est-ce que ou qui est-ce qui serait derrière eux ? ». Une démarche d’investigation menée dans les arcanes politiques au pays et un peu à l’extérieur révèle, en première phase des conclusions, que de gros moyens ont été mis à la disposition de certaines cellules d’études sur la vie politique en RDC pour cette fin.
Inscrites dans la logique de celle qu’on a toujours identifiée comme étant la Coalition internationale pour la déstabilisation du Congo (C.I.D.C.), lesdites cellules avaient d’abord reçu l’impérieuse mission d’identifier les acteurs politiques congolais susceptibles d’adhérer à la démarche. Ensuite, elles étaient chargées de les approcher et de leur proposer les moyens financiers pouvant servir à soutenir leurs remontrances politiques, en attendant la répartition des postes le moment venu.
A en croire nos sources, des sommes d’argent, dont l’origine est jusque là difficile à dénicher, ont été ainsi remis à ceux d’entre les acteurs politiques qui n’ont pas hésité à se lancer. Pour d’autres, des échéances ont été fixées pour leur laisser le temps de convaincre leurs partisans, tout en prenant soin de leur signifier que l’offre expirait à la fin du premier trimestre de l’année 2015.
S’il est vrai que le réveil de la plupart d’entre les acteurs politiques, dont l’expression n’était plus réduite qu’à leur survie, fait croire à la véracité de l’existence d’un grand réseau d’achat de conscience et d’engagement politique, le prix qu’auraient coûté ceux-ci restent encore un mystère. En attendant, les institutions de la République ne devraient pas se contenter du fait qu’elles sont encore en place à Kinshasa avec des ramifications en termes de contrôle sur toute l’étendue du pays.
Elles devraient faire du démantèlement de tels réseaux une priorité sur laquelle devaient être déployés les services d’intelligence pour tenter de remonter la filière en vue d’empêcher le pire. L’anticipation ayant déjà été dépassée comme tactique, l’efficacité de l’action devra être tributaire de la discrétion et de la capacité des agents commis à la tâche.
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